Des recherches sur un futur vaccin

Futurs remĂšdes contre le coronavirus: qui, quand, comment?

  • PubliĂ© le 17 mars 2020 Ă  00:17
  • ActualisĂ© le 17 mars 2020 Ă  00:30
La pointe du nouveau coronavirus covid-2019

La course mondiale pour trouver vaccins et traitements contre le coronavirus est lancée, alors qu'un premier essai clinique est en cours aux Etats-Unis.

"Cela va ĂȘtre beaucoup d'essais, beaucoup d'erreurs, mais nous avons beaucoup d'options Ă  explorer", juge Benjamin Neuman, virologue Ă  la Texas A&M University-Texarkana. Jamais un vaccin trĂšs efficace contre un membre de la famille des coronavirus n'a Ă©tĂ© conçu pour les humains.

Le président américain Donald Trump a exhorté les scientifiques et l'industrie pharmaceutique à accélérer le processus, mais les experts craignent qu'il y ait peu de marge de manoeuvre. Voici un tour d'horizon des acteurs du secteur pharmaceutique --petits ou grands-- qui prennent part à cette compétition vitale:

- Moderna -

Objectif: un vaccin. Disponibilité potentielle: d'ici 12 à 18 mois.

Le premier essai clinique pour tester un vaccin candidat contre le nouveau coronavirus a débuté lundi à Seattle, ont indiqué les autorités sanitaires américaines. Le vaccin se nomme mRNA-1273 et a été développé par des scientifiques des Instituts nationaux de santé américains (NIH) et de l'entreprise de biotechnologies Moderna, basée à Cambridge dans l'Etat du Massachusetts.

Les participants devront encore passer par différentes phases afin de déterminer si le vaccin est efficace et sécurisé. Il fonctionne avec l'information génétique de la partie du virus qui s'attache aux cellules et les infecte, des pointes appelées protéines de spicule. Cette information est stockée dans une substance appelée "ARN messager" qui transporte le code génétique de l'ADN aux cellules.

Si tout se dĂ©roule comme prĂ©vu, il pourrait alors ĂȘtre commercialisĂ© d'ici un an et demi, dans l'hypothĂšse oĂč l'Ă©pidĂ©mie se prolongerait jusqu'Ă  la prochaine saison grippale, selon M. Fauci.

- Gilead Sciences -

Objectif: un traitement. Disponibilité potentielle: plus tard dans l'année

De tous les mĂ©dicaments en lice pour combattre le Covid-19, le remdesivir de l'AmĂ©ricain Gilead pourrait ĂȘtre le premier Ă  arriver sur le marchĂ©. L'antiviral a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© contre d'autres virus comme Ebola (sans ĂȘtre efficace) et n'a encore Ă©tĂ© approuvĂ© nulle part. Mais il a Ă©tĂ© prometteur dans le traitement de patients atteints du coronavirus en Chine, selon des mĂ©decins, et a Ă©tĂ© utilisĂ© pour aider Ă  soigner deux patients aux Etats-Unis et en France.

Gilead lance la derniÚre phase des essais cliniques en Asie, connue sous le nom de "Phase 3". "Il n'y a pour l'instant qu'un seul médicament dont nous pensons qu'il pourrait avoir une réelle efficacité. Et c'est le remdesivir", a indiqué lors d'une conférence de presse Bruce Aylward, un responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon le directeur de l'Institut national amĂ©ricain des maladies infectieuses Anthony Fauci, expert de Donald Trump sur le coronavirus, cet antiviral pourrait ĂȘtre disponible "dans les prochains mois". Le remdesivir se modifie Ă  l'intĂ©rieur du corps humain pour ressembler Ă  l'un des quatre Ă©lĂ©ments constitutifs de l'ADN, les nuclĂ©otides.

Lorsque les virus se rĂ©pliquent, ils le font "rapidement et un peu nĂ©gligemment", selon le virologue Benjamin Neuman. Le remdesivir pourrait ĂȘtre incorporĂ© dans le virus lors d'une de ces rĂ©plications. L'antiviral ajouterait au virus des mutations non dĂ©sirĂ©es qui pourraient le dĂ©truire.

- Regeneron -

Objectif: traitement et vaccin. Disponibilité potentielle: à déterminer

Regeneron a développé l'année derniÚre un médicament, administré par voie intraveineuse, connu sous le nom "d'anticorps monoclonaux", qui a permis d'améliorer de maniÚre significative le taux de survie de patients touchés par le virus Ebola.

L'entreprise a génétiquement modifié des souris afin qu'elles aient un systÚme immunitaire semblable à celui de l'homme. Les souris ont été exposées à des virus, des formes atténuées de virus, ou des protéines virales, pour qu'elles produisent des anticorps humains, a expliqué à l'AFP Christos Kyratsous, vice-président de la recherche chez Regeneron.

Ces anticorps sont ensuite isolĂ©s et examinĂ©s afin de sĂ©lectionner les plus efficaces, qui sont cultivĂ©s dans des laboratoires, purifiĂ©s puis administrĂ©s Ă  des humains par intraveineuse. "Si tout se passe bien et ça devrait ĂȘtre le cas, nous devrions savoir quels sont les meilleurs anticorps dans les prochaines semaines", et les essais cliniques devraient commencer cet Ă©tĂ©, selon le responsable.

Le mĂ©dicament pourrait fonctionner Ă  la fois comme un traitement et un vaccin, en l'administrant Ă  des personnes avant qu'elles soient exposĂ©es, mĂȘme si les effets ne seraient que temporaires car les anticorps ne feront pas partie de la mĂ©moire du systĂšme immunitaire des individus.

Regeneron tente aussi de lutter contre l'inflammation des poumons qui se dĂ©veloppe lors des formes sĂ©vĂšres du nouveau coronavirus en utilisant un autre de ses mĂ©dicaments, Kevzara, destinĂ© Ă  l'origine Ă  traiter les inflammations dues Ă  l'arthrite. Ce dernier traite ainsi un symptĂŽme et non le virus en lui-mĂȘme.

- Sanofi -

Objectif: un vaccin. Disponibilité: à déterminer

Le groupe pharmaceutique français Sanofi s'est associĂ© au ministĂšre amĂ©ricain de la SantĂ© pour dĂ©velopper un candidat vaccin, en utilisant une "technologie de recombinaison de l'ADN". Elle consiste Ă  combiner l'ADN du virus avec l'ADN d'un virus inoffensif afin de crĂ©er une nouvelle entitĂ© cellulaire Ă  mĂȘme de provoquer une rĂ©ponse immunitaire.

Les antigĂšnes créés par cette opĂ©ration peuvent ensuite ĂȘtre reproduits Ă  grande Ă©chelle. Cette technologie est dĂ©jĂ  Ă  la base du vaccin de Sanofi contre la grippe. GrĂące Ă  ses travaux de recherche sur le Sras, notamment son candidat vaccin qui a fait preuve d'une protection partielle sur des animaux, l'entreprise pense avoir "une longueur d'avance" dans la mise au point rapide d'un vaccin contre le Covid-19.

David Loew, vice-président exécutif et responsable de Sanofi Pasteur, a estimé pouvoir disposer d'un candidat vaccin "dans moins de six mois" et potentiellement entrer en essai clinique "dans environ un an à un an et demi".

- Inovio Pharmaceuticals -

Objectif: un vaccin. Disponibilité potentielle: livraisons d'urgence d'ici la fin de l'année?

Inovio, société américaine de biotechnologies, travaille depuis sa création en 1983 sur des vaccins ADN, qui fonctionnent comme les autres vaccins à base d'ARN évoqués plus haut, mais plus en amont de la chaßne.

L'ADN est comme un livre de rĂ©fĂ©rence dans une librairie, et l'ARN est similaire Ă  la photocopie d'une page de ce livre oĂč il y aurait les instructions pour effectuer une tĂąche. "Nous prĂ©voyons de commencer les essais cliniques aux Etats-Unis en avril et ensuite rapidement en Chine et en CorĂ©e du Sud, oĂč l'Ă©pidĂ©mie touche le plus de gens", a dĂ©clarĂ© dans un communiquĂ© J. Joseph Kim, prĂ©sident d'Innovio. "Nous avons l'intention de livrer un million de doses d'ici la fin de l'annĂ©e grĂące Ă  nos ressources et nos capacitĂ©s existantes".

Les autres recherches notables:

Comme Moderna, CureVac travaille avec l'université de Queensland sur un vaccin avec "ARN messager". Son PDG Daniel Menichella a rencontré des responsables de la Maison Blanche il y a quelques jours et prévoit un vaccin candidat d'ici quelques mois.

Le mastodonte britannique GlaxoSmithKline (GSK) collabore avec une biotech chinoise pour mettre à disposition sa technologie de fabrication d'adjuvants pour les vaccins contre les épidémies. Un adjuvant est ajouté à certains vaccins pour augmenter la réponse immunitaire, afin de créer une immunité plus forte et plus durable que le vaccin seul contre les infections.

Aux Etats-Unis, l'entreprise pharmaceutique Johnson & Johnson envisage d'utiliser certains de ses médicaments afin de voir s'ils peuvent aider à traiter les symptÎmes des patients déjà infectés par le virus. Elle travaille aussi sur le développement d'un vaccin avec une version désactivée du pathogÚne.

L'entreprise californienne de biotechnologies Vir a isolé des anticorps de survivants du Sras pour analyser s'ils pouvaient traiter le nouveau coronavirus. Son laboratoire a déjà développé des traitements contre Ebola et d'autres maladies. La chloroquine, la forme synthétique de la quinine, utilisée pour traiter la malaria, pourrait aussi permettre de lutter contre le virus et des scientifiques appellent à plus de travaux sur le sujet.

AFP

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