Italie

Giuseppe Conte présente sa politique "populiste" au parlement

  • PubliĂ© le 5 juin 2018 Ă  16:37
  • ActualisĂ© le 5 juin 2018 Ă  16:48
Le nouveau chef du gouvernement italien Giuseppe Conte le 5 juin 2018 au Sénat

Le nouveau chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a défendu mardi avec ardeur devant le parlement la politique "populiste" qu'il entend désormais mener: lutte contre le "business" de l'immigration, relance de la croissance et ouverture avec la Russie.


"Si populisme signifie ĂȘtre capable d'Ă©couter les besoins des personnes, alors nous le revendiquons", a affirmĂ© M. Conte, qui a pris la tĂȘte vendredi du premier gouvernement populiste dans un pays fondateur de l'Union europĂ©enne. Novice en politique, inconnu des Italiens il y a encore deux semaines, cet avocat de 53 ans a affrontĂ© avec conviction l'hĂ©micycle du SĂ©nat, oĂč il est venu prĂ©senter son premier discours de politique gĂ©nĂ©rale avant de demander la confiance du parlement.

FlanquĂ© de ses deux puissants vice-Premiers ministres, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystĂšme), et Matteo Salvini, le patron de la Ligue (extrĂȘme droite), M. Conte a d'emblĂ©e annoncĂ© qu'il serait le "garant" du "contrat de gouvernement" signĂ© entre ces deux "actionnaires majoritaires" de la coalition.
"Je suis un citoyen qui s'est dĂ©clarĂ© disponible Ă  assumer cette responsabilitĂ© de prĂ©sident du Conseil et Ă  ĂȘtre garant du contrat du changement", a-t-il dĂ©clarĂ©, alors que nombre d'observateurs en Italie s'interrogent sur son autonomie.

"Je suis conscient de la responsabilité que j'ai assumée, et bien conscient des prérogatives que la Constitution attribue au président du Conseil", a-t-il cependant assuré.
M. Conte a sans surprise confirmé les objectifs contenus dans le "contrat" de son gouvernement: réduction de la fiscalité, lutte contre l'immigration clandestine, revenu de citoyenneté (revenu d'insertion pour les plus pauvres) et renégociation de certaines rÚgles européennes, à commencer par celles concernant le droit d'asile prévues dans l'accord de Dublin, qui fait peser l'essentiel de la charge de l'accueil des migrants aux pays en premiÚre ligne, comme l'Italie.

- 'Crise migratoire' -

L'Italie a été laissée seule face à la crise migratoire, a-t-il ainsi déploré, réclamant un systÚme "automatique" et "obligatoire" de répartition des demandeurs d'asile.
"Nous mettrons fin au +business+ de l'immigration, qui a augmenté de maniÚre démesurée à l'ombre d'une fausse solidarité", a-t-il ajouté, reprenant ainsi à son compte les thÚses de Matteo Salvini, vice-Premier ministre détenant aussi le portefeuille stratégique de l'Intérieur.

TrĂšs attendu sur les dossiers europĂ©ens, M. Conte a affirmĂ© que la dette colossale de l'Italie devait ĂȘtre rĂ©duite, mais par des politiques favorisant la croissance et l'emploi, et non par des mesures d'austĂ©ritĂ©, lĂ  encore conformĂ©ment aux engagements du M5S, dont il est proche, et de la Ligue. Il n'a en revanche pas donnĂ© de dĂ©tail sur le financement des mesures prĂ©vues dans le "contrat de gouvernement", qui pourraient reprĂ©senter plusieurs dizaines de milliards. Et s'il a confirmĂ© la volontĂ© de son gouvernement d'instaurer une "flat tax", un impĂŽt sur le revenu Ă  15% et 20%, il n'a donnĂ© aucune date. Idem pour le revenu de citoyennetĂ©.

"L'Europe est notre maison", a-t-il aussi déclaré, revendiquant également l'appartenance de l'Italie à l'Alliance atlantique. Sur le plan diplomatique, M. Conte a également confirmé l'"ouverture" envers la Russie, que les deux forces politiques de la majorité ont toujours défendue. "Nous serons les promoteurs d'une révision du systÚme de sanctions", a-t-il dit devant les sénateurs, 24 heures aprÚs des déclarations du président russe Vladimir Poutine démentant toute volonté de "déstabiliser" ou de "diviser" l'Union européenne.

- G7 au Canada -

Le vote de confiance doit intervenir en soirĂ©e au SĂ©nat, et mercredi Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s. Le nouveau chef du gouvernement italien doit se rendre au Canada, oĂč il est attendu en fin de semaine pour participer Ă  son premier G7 et rencontrer ses collĂšgues occidentaux. Au SĂ©nat, la coalition M5S-Ligue a une majoritĂ© de seulement six siĂšges (167 sur 320), mais elle pourra vraisemblablement compter sur l'abstention des 18 sĂ©nateurs de Fratelli d'Italia (FDI, extrĂȘme droite), ce qui abaissera d'autant le quorum, permettant au gouvernement de surmonter l'Ă©preuve sans problĂšme. Le vote devrait avoir lieu aprĂšs 20H00 (18H00 GMT).

A la Chambre des députés, qui discutera mercredi en journée du programme de M. Conte et votera dans la soirée la confiance au gouvernement, la situation est encore plus confortable pour la coalition M5S-Ligue, qui dispose d'une majorité de 30 siÚges.

AFP

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