Une histoire vraie et fascinante

Giuseppe Dosi, un Sherlock Holmes italien aux multiples visages

  • PubliĂ© le 19 janvier 2017 Ă  07:58
Des photos du policier italien Giuseppe Dosi (1891-1991), passé maßtre dans l'art du déguisement, le 3 décembre 2016

Pour rĂ©soudre ses enquĂȘtes, il a Ă©tĂ© tour Ă  tour prĂȘtre, banquier, Turc, mĂ©decin allemand, officier tchĂ©coslovaque ou... femme fatale. Giuseppe Dosi, un policier italien façon Sherlock Holmes, dĂ©voile quelques-uns de ses secrets 36 ans aprĂšs sa mort.

Une partie des archives de cet enquĂȘteur passĂ© maĂźtre dans l'art du dĂ©guisement a rĂ©cemment Ă©tĂ© mise en ligne, et une biographie et un documentaire sont parus, ravivant l'intĂ©rĂȘt pour cet esprit fort nĂ© en 1891 Ă  Rome et qui avait commencĂ© sa carriĂšre sur les planches, avec une expĂ©rience de deux ans de théùtre.

"Il avait fait imprimer pour ses amis et collĂšgues une sorte de carte postale oĂč il figure avec 17 dĂ©guisements correspondant Ă  17 identitĂ©s et 17 enquĂȘtes", raconte Ă  l'AFP Alessia Glielmi, responsable des archives du MusĂ©e historique de la libĂ©ration de Rome et experte du personnage.
Ce musée abrite le Fond Giuseppe Dosi contenant les photos et de nombreuses archives du policier.

"Il s'était créé en outre quatre fausses identités complÚtes, avec tous les documents et les CV nécessaires", ajoute Mme Glielmi.
A l'Ă©poque, grĂące Ă  ce talent, les autoritĂ©s lui confient de nombreuses missions en Italie et Ă  l'Ă©tranger. Giuseppe Dosi infiltre ainsi un mouvement anarchiste italien basĂ© en Suisse pour enquĂȘter sur sa volontĂ© prĂ©sumĂ©e de commettre un attentat contre le roi Victor Emmanuel III.

En 1922, quand le poĂšte, romancier et homme politique italien Gabriele D'Annunzio chute de son balcon, Giuseppe Dosi est chargĂ© d'enquĂȘter discrĂštement et se prĂ©sente "avec l'un de ses meilleurs dĂ©guisements", raconte Mme Glielmi: "Il est alors un exilĂ© tchĂ©coslovaque, Karel Kradokwill", qui s'invite chez le poĂšte. "Il parle italien avec un fort accent allemand et marche en traĂźnant une jambe Ă  moitiĂ© paralysĂ©e, consĂ©quence, selon ses dires, d'une blessure de guerre", poursuit l'experte.

Giuseppe Dosi découvre que D'Annunzio - qui a survécu à la chute du balcon - a été victime d'une scÚne de jalousie de sa maßtresse et non d'un complot politique et classe l'histoire... en s'excusant par la suite auprÚs du poÚte qui le traite, une fois la supercherie connue, de "sale flic".

- Dans la prison en flammes -

Et encore, l'écrivain ne savait pas que le policier avait profité de son séjour chez lui pour recopier des lettres privées qu'il jugeait "obscÚnes" et dont il a religieusement gardé les copies.
En 1927, Giuseppe Dosi enquĂȘte sur une sĂ©rie d'agressions et de meurtres de fillettes Ă  Rome, cette fois-ci contre l'avis de sa hiĂ©rarchie, qui a jetĂ© un jeune suspect, Gino Girolimoni, en pĂąture Ă  la presse. Dosi obtient qu'il soit innocentĂ© et rĂ©unit de nombreux Ă©lĂ©ments contre un pasteur britannique, qui parvient cependant Ă  quitter le pays.

Dans l'Italie fasciste, cet esprit remuant et indĂ©pendant indispose sa hiĂ©rarchie, mĂȘme s'il n'a rien d'un rĂ©sistant.
A la fin des annĂ©es 1930, il envisage de quitter la police et Ă©crit des mĂ©moires dans lesquels il dĂ©voile de nombreux dĂ©tails d'enquĂȘtes et critique ses supĂ©rieurs.

C'est le dĂ©but d'une longue traversĂ©e du dĂ©sert: suspendu, il est incarcĂ©rĂ© en 1939 Ă  Rome. AprĂšs trois mois de prison, il est envoyĂ© pendant 17 mois dans un asile psychiatrique avant d'ĂȘtre libĂ©rĂ© en janvier 1941.
AprÚs trois ans à un poste administratif, un nouvel exploit le remet en selle lorsqu'en juin 1944, à l'entrée des alliés dans la capitale italienne, une foule de Romains met le feu à une ancienne prison allemande aprÚs avoir libéré les détenus.
Giuseppe Dosi se précipite dans le bùtiment en flammes et, aidé par un jeune soldat allemand qu'il avait sauvé, récupÚre une grande quantité de documents essentiels pour juger ensuite de nombreux collaborateurs italiens.

Il porte ces documents au commandement alliĂ©, qui l'embauche comme enquĂȘteur spĂ©cial pendant deux ans. En 1946, il retrouve les rangs de la police italienne, oĂč il finira sa carriĂšre au rang de prĂ©fet dix ans plus tard.
Il est mort en 1981, Ă  l'Ăąge de 89 ans, Ă  Sabaudia, sur le littoral au sud de la capitale italienne.

AFP

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