Equateur

Gouvernement et indigĂšnes dialoguent pour sortir de la crise

  • PubliĂ© le 14 octobre 2019 Ă  06:46
  • ActualisĂ© le 14 octobre 2019 Ă  07:09
Le président équatorien Lenin Moreno (micro en main) s'adresse aux leaders indigÚnes à Quito, le 13 octobre 2019

Le gouvernement équatorien et le mouvement indigÚne étaient réunis dimanche à Quito pour chercher une issue à la crise sociale provoquée par un accord avec le FMI, qui paralyse le pays depuis 12 jours et a fait sept morts et 1.300 blessés.

"FrÚres indigÚnes, je vous ai toujours traités avec respect et affection", a lancé le président Lenin Moreno en ouverture de cette réunion, organisée dans un centre religieux de la capitale et retransmise à la télévision. "Cela n'a jamais été mon intention d'affecter les secteurs les plus démunis (...), les plus pauvres", a insisté le chef de l'Etat, un libéral élu en 2017 sous l'étiquette socialiste.

La communautĂ© indigĂšne, qui reprĂ©sente un quart de la population, est le fer de lance de la contestation contre les rĂ©formes Ă©conomiques nĂ©gociĂ©es avec le Fonds monĂ©taire international (FMI) en Ă©change d'un prĂȘt de 4,2 milliards de dollars, dont la mesure la plus polĂ©mique est le dĂ©cret 883, qui supprime les subventions au carburant et multiplie par deux les prix Ă  la pompe.

Visage peint et tĂȘte coiffĂ©e d'une couronne de plumes, le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration des nationalitĂ©s indigĂšnes de l'Equateur (Conaie), Jaime Vargas, a fustigĂ© "l'improvisation de la politique Ă©conomique" du prĂ©sident, notant avec regret qu'"on sent que la droite et le FMI gĂšrent le pays". Il a rĂ©itĂ©rĂ© la principale revendication de sa communautĂ©: "Nous demandons l'abrogation du dĂ©cret 883".

- "Violence démesurée" -

Cette réunion de dialogue, sous l'égide de l'ONU et de l'Eglise catholique, survient alors que le pays andin est secoué par une vague de manifestations avec, depuis le 3 octobre, sept morts, 1.340 blessés et 1.152 arrestations, selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits. Quito, capitale située à 2.850 mÚtres d'altitude, a été le théùtre de débordements d'une violence inédite et de longs affrontements entre manifestants armés de pierres et fusées artisanales et forces de l'ordre tirant grenades lacrymogÚnes et balles en caoutchouc.

Dimanche, des heurts se poursuivaient aux abords du Parlement alors que la ville se remettait à peine de la journée mouvementée de samedi, avec des bùtiments incendiés, comme celui de l'Inspection générale des finances ou de la chaßne Teleamazonas, des barricades de pierres, des vitres brisées et des pneus brûlés sur la chaussée.

Débordé face à cette situation incontrÎlable, le président Moreno, qui avait déjà déplacé le siÚge du gouvernement à Guayaquil (sud), a décrété le couvre-feu et placé la ville sous contrÎle militaire jusqu'à nouvel ordre. "Il y a eu une convulsion sociale et un non-respect des droits humains, une violence démesurée contre le peuple et un terrorisme d'Etat", a dénoncé Jaime Vargas à propos de la répression des forces de l'ordre.

Donc, "comme geste de paix sociale pour le pays (...), nous demandons le départ immédiat (des) deux ministres" de l'Intérieur et de la Défense. "On n'avait jamais vu un niveau de violence brutale comme ces derniers jours", a renchéri Leonidas Iza, président du Mouvement indigÚne et paysan de Cotopaxi (centre). Il a mis en parallÚle la brutalité de la police avec le coup dur que représente le bond du prix de l'essence: "Si je dois faire le plein et que le prix augmente de 123%, c'est violent".

- 12 jours de paralysie -

La communauté indigÚne souffre de plein fouet des effets du décret sur les carburants: généralement pauvre et travaillant dans l'agriculture, elle voit ses coûts de transport s'envoler pour écouler ses produits. Puissante et organisée, elle a fait venir ces derniers des milliers de ses membres des Andes et d'Amazonie pour camper à Quito. Et par le passé, elle a déjà renversé trois présidents.

"L'objectif d'un Etat plurinational n'a pas été rempli", a déclaré lors de la réunion de dialogue Jaime Vargas, reflétant une rancoeur beaucoup plus large de cette communauté, notamment envers les classes aisées et les médias, dont elle se dit absente. "Si nous n'étions pas là, ceux de la campagne, les gens de la ville, les riches, ne pourraient pas vivre", clamait jeudi, furieuse, une manifestante indigÚne, Maria Escobar, 52 ans.

Mais pour Santiago Basabe, politologue de la FacultĂ© latinoamĂ©ricaine de Sciences sociales (Flacso), "une fois le dialogue ouvert, ce sera trĂšs difficile (pour eux) de revenir en arriĂšre" et reprendre la mobilisation. Le pays restait Ă  l'arrĂȘt dimanche, entre blocages de routes, transports publics quasi inexistants et puits pĂ©troliers d'Amazonie Ă  l'arrĂȘt, ce qui a dĂ©jĂ  forcĂ© l'Equateur Ă  suspendre la distribution de prĂšs de 70% de sa production de brut.

"Cela fait 12 jours que le pays est paralysé", a lancé à la table de dialogue, Eustaquio Toala, président de la Feine, organisation d'indigÚnes évangéliques, promettant au président Moreno que le retour à la normale pourrait avoir lieu "dÚs ce soir" si le décret est abrogé.

AFP

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