Manuel Valls vit-il ses derniÚres heures de Premier ministre de François Hollande? Son départ attendu de Matignon pour l'arÚne de la primaire présidentielle à gauche sera au coeur lundi à l'Elysée du, sans doute ultime, déjeuner du couple exécutif.
Une semaine aprÚs un déjeuner à haute tension et quatre jours aprÚs le renoncement présidentiel, François Hollande et Manuel Valls se retrouveront pour discuter de la date du trÚs probable départ du Premier ministre, nommé à Matignon en mars 2014.
Pour l'entourage de Manuel Valls, cette démission ne fait guÚre de doute: "J'imagine mal, connaissant le Premier ministre, qu'il puisse considérer que, quand on a des responsabilités de trÚs haut niveau, on puisse cumuler la casquette de candidat à l'élection présidentielle et celle de Premier ministre".
Samedi, la rumeur de l'annonce d'une candidature de Manuel Valls sur le plateau d'une télévision dimanche à 20H00 a couru dans la presse. Il n'en a finalement rien été, mais selon le JDD, cette candidature devrait intervenir lundi, au plus tard mardi matin, avant une démission du Premier ministre dans la foulée. Matignon n'a pas confirmé.
Le service de presse du Premier ministre s'est néanmoins gardé de diffuser son agenda, comme habituellement. Sur celui de l'Elysée, diffusé dimanche soir, est inscrit pour mercredi à 8H45 un entretien du président avec "M. Manuel Valls, Premier ministre".
Les deux tĂȘtes de l'exĂ©cutif auront en tout cas Ă coeur de ne pas donner une image de prĂ©cipitation, notamment dans un contexte de menace terroriste Ă©levĂ©e. "Tout sera pris en compte, la question d'un changement de Premier ministre aussi", dit-on Ă Matignon.
"Quelle que soit la décision prise par le Premier ministre, il s'agit de rebùtir rapidement un dispositif gouvernemental opérationnel", indiquait dimanche soir un proche du président.
- Une primaire pas jouée -
Le prĂ©sident de la RĂ©publique "va s'engager vraisemblablement dans un remaniement, faisons en sorte que la France ne dĂ©sarme pas pendant cette pĂ©riode, qu'elle reste mobilisĂ©e, unie", a averti l'ex-Premier ministre de Jacques Chirac Dominique de Villepin, espĂ©rant que François Hollande "restera au-dessus de la mĂȘlĂ©e" d'ici la fin du quinquennat.
Parmi les noms circulant pour succéder à Manuel Valls, ceux des ministres Bernard Cazeneuve (Intérieur), Jean-Yves Le Drian (Défense), Stéphane Le Foll (Agriculture),Marisol Touraine (Santé), Najat Vallaud-Belkacem (Education).
Un conseiller d'un poids lourd gouvernemental tablait dimanche sur M. Cazeneuve, ne voyant "pas d'alternative". Une autre source gouvernementale ne voyait "que Cazeneuve ou Le Drian", avec un avantage au second qui pourrait plus facilement "cumuler" sa casquette actuelle avec Matignon.
Sa liberté retrouvée, Manuel Valls s'attellera à entrer dans ses habits de candidat, avec le souci sans doute de continuer d'atténuer les aspects les plus clivants de son discours, et d'obtenir de nouveaux ralliements -il a engrangé dimanche celui du député aubryste Olivier Dussopt.
"Il faut que Manuel Valls mute sur un certain nombre de choses", a convenu samedi un de ses soutiens, le député Philippe Doucet.
"Je lui conseille amicalement d'ĂȘtre sur une position nouvelle de rassemblement (...) Il faut ĂȘtre soi-mĂȘme mais offrir une nouvelle perspective", a dĂ©clarĂ© dimanche le Premier secrĂ©taire du PS Jean-Christophe CambadĂ©lis, assurant par ailleurs qu'il ne prendrait pas parti entre les candidats.
Pour le Premier ministre, dont les prises de position hostiles aux 35 heures ou Ă l'ISF ne ne manqueront pas d'ĂȘtre exhumĂ©es, la partie n'est pas jouĂ©e -elle sera mĂȘme "difficile", pronostique Gilles Finchelstein, directeur gĂ©nĂ©ral de la fondation Jean-JaurĂšs (proche du PS).
"François Hollande et Manuel Valls, c'est la mĂȘme politique (?) on ne sait pas qui, de François Hollande ou de Manuel Valls, est la lame ou le manche du couteau qui a dĂ©chirĂ© la gauche", a attaquĂ© dimanche sur France Inter Arnaud Montebourg, premier et unique candidat Ă avoir dĂ©posĂ© ses parrainages pour la primaire des 22 et 29 janvier.
AprĂšs le "tout sauf Hollande", le "tout sauf Valls"?
Par Dominique CHABROL - © 2016 AFP
0 Commentaires

