Au cours d'un exercice présenté par l'Elysée comme une "mise en perspective" de son action, François Hollande aura fort à faire jeudi sur France 2 pour clarifier sa ligne politique, à 13 mois de la présidentielle, entre irruption d'un courant libéral emmené par Emmanuel Macron et défiance de l'électorat de gauche.
Le chef de l?Ătat est au creux de la vague: selon un sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche ce week-end, huit Français sur dix ne souhaitent pas qu'il se reprĂ©sente en 2017. Facteur aggravant: plus de la moitiĂ© (53%) des sympathisants du PS sont de cet avis.
"Ă la mĂȘme pĂ©riode de son quinquennat, Nicolas Sarkozy bĂ©nĂ©ficiait encore du soutien de trois quarts des sympathisants de l'UMP", relĂšve JĂ©rĂŽme Fourquet (Ifop), "l'usure du pouvoir est beaucoup plus abrasive avec François Hollande".
"Les sondages sont catastrophiques; les Français ne veulent pas nous battre, ils veulent nous chasser", s'alarme un proche du président.
Pour tenter d'amorcer une inversion de la courbe de l?opinion, François Hollande fait donc le pari risqué d'un face-à -face télévisé avec un panel de Français, en direct du Musée de l'Homme, de 20H15 à 21H45.
Cette émission spéciale, baptisée "Dialogues citoyens", sera conduite en trois temps par David Pujadas, Léa Salamé et Karim Rissouli.
Premier temps: un quart d'heure pour répondre aux journalistes sur l'actualité et le bilan des quatre premiÚres années du quinquennat. DeuxiÚme temps: une heure de dialogue avec des citoyens autour d'une table et des internautes. TroisiÚme temps: un quart d'heure de conclusion, de nouveau avec les journalistes, pour évoquer la derniÚre année de son mandat.
Point d'annonce majeure Ă attendre mais "de la mise en perspective, du dialogue et de l'explication", dit-on Ă l?ĂlysĂ©e, oĂč l'on explique que le prĂ©sident a "estimĂ© qu'il s'agissait du bon moment" pour se livrer Ă cet exercice.
- 'Convaincre l'opinion publique' -
De fait, l'émission interviendra une dizaine de jours aprÚs la décision de François Hollande de renoncer à introduire la déchéance de nationalité dans la Constitution. Et, mercredi, le Conseil des ministres examinera la loi Sapin II anti-corruption, l'un des deux derniers textes économiques du quinquennat avec la loi travail de Myriam El Khomri.
Le président, ajoute son entourage, fera valoir aussi les "premiers résultats économiques et sociaux que sa politique commence à produire", avec un déficit public ramené à 3,5% l'an dernier contre 3,8% attendus, et une croissance qui a repris quelques couleurs à 1,2%.
"La seule façon de convaincre l'opinion publique, c'est d'avoir des rĂ©sultats dans la lutte contre le chĂŽmage, l'augmentation du pouvoir d'achat et la sĂ©curitĂ© de nos concitoyens", observe-t-on Ă l?ĂlysĂ©e.
Nul doute que le chef de l?Ătat sera rattrapĂ© aussi par l'actualitĂ©: "Nuit debout", Macron, les primaires (Ă gauche ou citoyennes), sa candidature en 2017, Notre-Dame-des-Landes, le Brexit, la crise des rĂ©fugiĂ©s...
Et, tĂŽt ou tard, d'ici Ă 2017, il devra clarifier sa ligne politique, Ă©cartelĂ© entre le ni droite ni gauche Ă haute teneur libĂ©rale de son ministre de l?Ăconomie Emmanuel Macron et la nĂ©cessitĂ© impĂ©rieuse de se rabibocher avec sa base Ă©lectorale.
"Le trouble, le doute et la colÚre se sont emparé du camp socialiste. Il doit renouer le lien avec les Français, ce qui suppose d'abord de renouer le lien avec son propre électorat", souligne JérÎme Fourquet.
Pour se préparer à son grand oral, François Hollande multiplie les entretiens avec les membres du gouvernement, qui se succéderont dans son bureau jusqu'à mercredi, tandis que ses collaborateurs l'abreuvent de notes et de mémos.
Il reprendra le cours habituel de ses activitĂ©s dĂšs vendredi, avec une visite sur le thĂšme de l'industrie, avant de s'envoler samedi pour un pĂ©riple qui le mĂšnera au Liban, en Ăgypte et en Jordanie.
Par Franck IOVENE - © 2016 AFP


