Drogues dans le sport

"Icarus": au coeur du scandale de dopage russe

  • PubliĂ© le 27 juillet 2017 Ă  18:16
Le président Vladimir Poutine avec des athlÚtes russes à Sotchi, le 11 novembre 2015

Quand le réalisateur de documentaires Bryan Fogel a commencé à s'intéresser aux drogues dans le sport, il a pensé mettre en place un stratagÚme pour montrer à quel point il est facile de tricher avec les tests antidopages. Il s'est alors trouvé happé par le plus grand scandale de l'histoire du sport.



"Icarus", documentaire aux allures de thriller géopolitique, sera diffusé sur Netflix à partir de vendredi prochain, et raconte comment la Russie a fraudé aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 et ceux d'hiver à Sochi en 2014. "On réalise que ça change toute l'histoire olympique", constate Bryan Fogel. Au début, il voulait simplement recréer le régime de dopage de Lance Armstrong et démontrer à quel point c'est facile de ne pas se faire détecter lors des tests.

"Ma théorie c'était, si ce type a pu le faire, qu'est-ce qui a changé au cours des quatre années depuis sa confession et, plus important, qu'est-ce que ça veut dire pour le sport en général", a expliqué le cinéaste à l'AFP. Il a fini par rencontrer le médecin russe Grigory Rodchenkov qui a supervisé tous les tests anti-dopage des Jeux Olympiques d'hiver de Sochi en 2014 au laboratoire moscovite de l'Agence mondiale anti-dopage (AMA). Ce charismatique laborantin lui a tout appris de l'hormone de croissance EPO.

Puis le 9 novembre 2015, l'AMA a accusĂ© le scientifique, sur la foi d'un rapport de 335 pages dĂ©coulant d'une enquĂȘte de 11 mois, d'ĂȘtre le cerveau derriĂšre l'entreprise massive de dopage sponsorisĂ©e par le gouvernement russe.

Un scandale mondial qui a forcé le président Vladimir Poutine à se confondre en dénis emphatiques sur la télévision nationale et à promettre des sanctions "personnalisées et absolues" pour les coupables. Dans les cinq jours qui ont suivi, M. Rodchenkov a été forcé de démissionner, a vu son laboratoire fermé et des agents des services secrets russes (FSB) débarquer chez lui. Des contacts lui ont dit que le renseignement russe préparait son "suicide".

- "Crise cardiaque" -

Affolé, il a fui au Etats-Unis avec un billet d'avion acheté par le cinéaste. Il est arrivé chez lui à Los Angeles équipé d'un disque dur prouvant que le programme de dopage sponsorisé par l'Etat durait depuis des décennies, non seulement en athlétisme mais à travers tout le spectre des sports russes.

Les documents prouvent que M. Rodchenkov a conçu des formules chimiques d'avant-garde et, à Sochi, supervisé une opération du FSB pour échanger des échantillons d'urine contaminés avec d'autres sans traces de produits dopants. Selon Grigory Rodchenkov, 30 des 73 médailles russes à Pékin en 2008 ont été obtenues grùce au dopage, et au moins la moitié des 81 médailles remportées à Londres en 2012.

En fĂ©vrier, un ami trĂšs proche de Grigory Rodchenkov, l'ex-chef de l'agence anti-dopage Nikita Kamaev, est mort subitement de ce que les autoritĂ©s russes ont qualifiĂ© de "crise cardiaque massive", au moment oĂč il s'apprĂȘtait Ă  Ă©crire un livre avec un journaliste du Sunday Times sur le dopage dans le sport. D'aprĂšs M. Rodchenkov, il n'avait jamais eu de problĂšmes cardiaques.

En mai 2016, Bryan Fogel a prĂ©sentĂ© un tableau lors d'une rĂ©union de responsables internationaux contre le dopage qui nommait chaque athlĂšte ayant participĂ© au programme russe et dĂ©taillant les substances qu'ils avaient prises aux Jeux de Londres. Il dit dĂ©tenir un document similaire pour les Jeux de PĂ©kin. "Grigory Ă©tait ce scientifique de gĂ©nie qui avait créé des tests qui dĂ©celaient les athlĂštes qui trichaient, et en mĂȘme temps, il dĂ©veloppait un 'contre-poison' pour que les athlĂštes russes ne soient pas inquiĂ©tĂ©s", souligne le rĂ©alisateur.

L'équipe russe d'athlétisme a été bannie des J.O. de 2016 mais le Comité international olympique a rejeté les recommandations de l'AMA qui préconisait que tous les sportifs russes soient disqualifiés.
MalgrĂ© toutes les preuves d'une fraude massive, 291 membres sur 389 que comptait l'Ă©quipe olympique russe se sont rendus Ă  Rio. L'Ă©quipe complĂšte devrait participer aux Jeux d'hiver de 2018 en CorĂ©e du sud et la mĂȘme annĂ©e la Russie doit organiser la Coupe du monde de football.

Grigory Rodchenkov, dont la femme et la fille sont encore en Russie, vit Ă  prĂ©sent sous protection fĂ©dĂ©rale et Bryan Fogel dit n'avoir aucune idĂ©e d'oĂč il se trouve. Des articles de presse suggĂšrent qu'il pourrait devenir le principal tĂ©moin dans les accusations qu'une dizaine d'instances gouvernementales mondiales envisagent de porter contre quelque 1.000 sportifs russes.
AFP

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