Le décompte macabre des victimes de l'incendie d'une tour de logement sociaux à Londres n'est pas terminé, ont averti les secours et la police, alors que des dizaines de personnes étaient encore portées disparues vendredi et que la colÚre gronde chez les survivants.
Dix-sept corps ont pour l'instant Ă©tĂ© retrouvĂ©s, dont onze Ă l'intĂ©rieur de l'immeuble, qui n'ont pas pu encore ĂȘtre identifiĂ©s, a expliquĂ© le chef de la police mĂ©tropolitaine, Stuart Cundy.
Incapable de donner le nombre de personnes disparues, il a dit espérer que cela n'atteigne pas "un nombre à trois chiffres". PrÚs de 600 personnes habitaient dans cet immeuble de 120 appartements
Selon les mĂ©dias britanniques, 70 manqueraient Ă l'appel. "Ce serait un miracle de retrouver des survivants", a dĂ©clarĂ© la cheffe des pompiers Dany Cotton. Quant Ă leur identification, elle risque d'ĂȘtre longue et difficile, avec un risque qu'elle ne soit jamais possible, a dit M. Cundy en raison de la chaleur dĂ©gagĂ©e par le brasier.
Trois jours aprÚs le déclenchement de l'incendie, dans la nuit de mardi à mercredi, l'immeuble de 24 étages continuait de dégager de la fumée, et ses niveaux les plus élevés restaient inaccessibles aux pompiers en raison de l'instabilité des sols.
Autour de la tour, des dizaines de personnes angoissĂ©es Ă©taient Ă la recherche de leurs proches disparus. La colĂšre aussi Ă©tait palpable, alors que les mises en garde des habitants contre le danger d'un incendie ont Ă©tĂ© ignorĂ©es pendant des annĂ©es. Mis en cause aussi, le revĂȘtement rĂ©cemment installĂ© l'an dernier sur la façade, qui aurait favorisĂ© la propagation de l'incendie.
Selon le quotidien The Times, le recours Ă ce revĂȘtement est proscrit aux Ătats-Unis pour les immeubles dĂ©passant 12 mĂštres de haut. Le gouvernent a ordonnĂ© l'ouverture d'une enquĂȘte publique pour faire la lumiĂšre sur les raisons de la catastrophe. "Il y a eu un gros problĂšme ici, un problĂšme dramatique", a dĂ©clarĂ© vendredi le ministre des CommunautĂ©s Sajid Javid, ajoutant que des inspections de bĂątiments similaires allaient avoir lieu et qu'une attention particuliĂšre allait ĂȘtre portĂ©e aux revĂȘtements.
"Nous devons faire tout ce qu'il faut pour mettre les personnes qui vivaient ici en sĂ©curitĂ©", a-t-il encore dit, affirmant que les habitants de l'immeuble incendiĂ© allait ĂȘtre relogĂ©s Ă Londres, alors que les rescapĂ©s ont passĂ© leur deuxiĂšme nuit dans des structures temporaires mises en place par les associations locales.
La PremiÚre ministre Theresa May a été vivement critiquée pour ne pas avoir rencontré les habitants du quartier lors de sa visite la veille. La reine Elizabeth II s'est rendue sur place vendredi matin, saluant les secouristes et les résidents.
Jeudi, le maire de Londres Sadiq Khan avait été pris à partie. "Combien d'enfants sont morts? Qu'est-ce que vous allez faire", lui a lancé un enfant hissé sur les épaules de sa mÚre. "C'est une colÚre justifiée", a estimé M. Khan.
- PremiÚre victime nommée -
Alors que la raison de l'incendie demeurait inconnue, le Times a relaté que c'est l'explosion d'un réfrigérateur dans un appartement du 4e étage qui pourrait l'avoir déclenché. Le résident aurait alerté les pompiers et prévenu ses voisins, avec qui il serait sorti de l'immeuble.
Pour le moment, seule une victime a été nommée. Il s'agit de Mohammed Alhajali, un réfugié syrien de 23 ans qui vivait au 14e étage et étudiait l'ingénierie civile à la West London University. Son frÚre aßné, qui était avec lui, a survécu et est hospitalisé.
"Mohammed avait entrepris un voyage dangereux pour fuir la guerre et la mort en Syrie, avant d'y ĂȘtre confrontĂ© ici, au Royaume-Uni, dans son propre foyer. Mohammed est venu dans ce pays pour sa sĂ©curitĂ© et le Royaume-Uni a Ă©chouĂ© Ă le protĂ©ger", a dĂ©clarĂ© l'association Campagne pour la solidaritĂ© avec la Syrie.
Le sinistre, qui vient frapper un pays dĂ©jĂ endeuillĂ© par plusieurs attentats, a entraĂźnĂ© un vaste Ă©lan de solidaritĂ© : plus de 2,5 millions de livres ont Ă©tĂ© rĂ©coltĂ©es en faveur des victimes, tandis que les dons de vĂȘtements et de nourriture affluaient. Le gouvernement a lui annoncĂ© le dĂ©blocage du fonds d'urgence pour les catastrophes. "Ăa fait 23 ans que j'habite dans cette tour et je ne me suis jamais senti en sĂ©curitĂ©", a confiĂ© Soran Karimi, 31 ans, en recevant l'AFP dans un immeuble en face du Grenfell. "Les alarmes incendie ne fonctionnaient pas", a-t-il affirmĂ©, se disant "trĂšs en colĂšre". "Ici vit la classe ouvriĂšre, des gens d'origines diffĂ©rentes, auxquels on ne prĂȘte pas attention".
AFP



