"Je ne peux pas y croire, j'ai le c?ur qui bat à 100 à l'heure!", s'émeut Claudia Cardona quand est annoncée la victoire des partis indépendantistes catalans aux élections régionales sur un écran géant installé dans le centre de Barcelone.
Arborant un T-shirt orné du drapeau catalan, rouge et or frappé d'une étoile blanche sur un triangle bleu, cette jeune étudiante en traduction d'à peine 18 ans a voté pour la premiÚre fois.
Elle a donné sa voix à la coalition "Ensemble pour le oui", portée par le président sortant du gouvernement de cette riche région d'Espagne, Artur Mas. Il a transformé le renouvellement du Parlement régional en un plébiscite en faveur de la sécession.
"Avec ce rĂ©sultat, nous allons pouvoir lancer un processus (...) qui dĂ©bouche sur un Etat catalan en 2017", affirme-t-elle avec Ă©motion. C'Ă©tait la promesse d'Artur Mas au cas oĂč les listes indĂ©pendandistes remporteraient la majoritĂ© des siĂšges au parlement rĂ©gional, un pari rĂ©ussi.
"IndĂ©pendance, indĂ©pendance, indĂ©pendance!", crie la foule rĂ©unie sur la place du Commerce, face au marchĂ© del Born, oĂč la coalition "Ensemble pour le oui" a organisĂ© sa soirĂ©e Ă©lectorale.
"PrĂ©sident, prĂ©sident, prĂ©sident!", hurlent en ch?ur des milliers de personnes quand Artur Mas monte sur l'estrade Ă cĂŽtĂ© des autres tĂȘtes de liste pour cĂ©lĂ©brer ce qu'il a qualifiĂ© de "victoire du oui et victoire de la dĂ©mocratie".
Les personnes présentent dansent, en liesse, tandis que les haut-parleurs crachent à plein volume: "Invincibles, invincibles!"
- un moment historique -
"C'est génial, indescriptible, sublime": Arnau Font, étudiant en publicité de 18 ans, venu exprÚs pour l'occasion de Gérone, à 100 km au nord de Barcelone, ne trouve plus de mots pour décrire sa joie.
"C'est trÚs motivant, porteur d'espoir car ça montre clairement que le peuple de Catalogne veut l'indépendance", ajoute-t-il, aprÚs avoir repris ses esprits.
"Je veux que nous nous séparions de l'Espagne car depuis que je suis en ùge de penser, je vois que tout ce que nous recevons, ce sont des attaques, des menaces, comme les derniÚres sur une sortie (de la Catalogne) de l'euro ou sur la fuite des banques", explique-t-il.
Une marĂ©e de drapeaux catalans de toutes tailles flotte autour de lui. S'y mĂȘlent les banniĂšres d'autres rĂ©gions oĂč existent des aspirations indĂ©pendantistes aussi bien en Espagne, comme le pays basque et la Galice, qu'Ă l'Ă©tranger, avec le QuĂ©bec et la Bretagne.
D'un coup, un grand silence se fait et la foule, dont certaines personnes en larmes, entame l'hymne national catalan, "Les Moissonneurs". Parmi eux se trouvent des couples de personnes ùgées, des amis venus en groupes, des familles avec leurs enfants, portant tout l'attirail indépendantiste.
Boucles d'oreilles, collier, bracelet, montre, chapeau: Loli Dominguez dĂ©cline les couleurs catalanes sous toutes les formes, mĂȘme un parapluie pour faire face Ă une Ă©ventuelle averse qui ne viendra jamais.
"L'indépendance, ce sont les gens de Catalogne qui la feront, que Madrid le reconnaisse ou pas", assure cette femme de ménage de 52 ans. Elle est arrivée de son Estrémadure natale, dans l'ouest de l'Espagne, il y a plus de 30 ans.
"C'est un processus, un chemin et il n'y a pas de retour en arriÚre", certifie son mari, Albert Llorenç, un chauffeur de taxi de 51 ans, tout sourire sous sa coiffe traditionnelle catalane, un long bonnet rouge.
"In, indé, indépendance!", reprennent les manifestants. Ils ne cessent de se prendre en photo avec leurs téléphones portables pour les mettre immédiatement en ligne sur les réseaux sociaux, conscients de vivre un "moment historique".
Par Rim Taher - © 2015 AFP
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