Confiance perdue

Israël: le gouvernement limoge le chef du Shin Bet

  • PubliĂ© le 21 mars 2025 Ă  04:54
  • ActualisĂ© le 21 mars 2025 Ă  05:07
Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, le 11 octobre 2021 en Israël

Le gouvernement israélien a acté vendredi le limogeage de Ronen Bar, le chef de l'agence de sécurité intérieure Shin Bet, en qui Benjamin Netanyahu a dit ne plus avoir confiance.

"Le gouvernement a approuvé à l'unanimité la proposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu de mettre fin au mandat" de Ronen Bar, qui quittera ses fonctions lorsque son successeur sera nommé ou au plus tard le 10 avril, a annoncé le bureau du Premier ministre dans un communiqué.

Une lettre du Premier ministre aux membres du gouvernement a Ă©voquĂ© "une perte de confiance professionnelle et personnelle persistante entre le Premier ministre et le directeur du service", qui empĂȘche "le gouvernement et le Premier ministre d'exercer efficacement leurs pouvoirs, ce qui porte atteinte aux capacitĂ©s opĂ©rationnelles du service et Ă  la gouvernance de l'Etat".

Cette "perte de confiance (...) s'est consolidée au cours de la guerre, au-delà de l'échec opérationnel du 7-Octobre, et en particulier ces derniers mois", ajoute la lettre, en référence à l'attaque sanglante du Hamas sur le sud d'Israël le 7 octobre 2023 qui avait déclenché la guerre à Gaza.

Ronen Bar, nommé en octobre 2021 pour un mandat de cinq ans, avait dÚs avant la décision assuré qu'il se défendrait devant les "instances appropriées".

Dans une lettre rendue publique jeudi soir, il a affirmĂ© que les motivations de son limogeage, annoncĂ© dĂšs dimanche par M. Netanyahu, sont basĂ©es sur "l'interĂȘt personnel" et ont pour but d'"empĂȘcher les enquĂȘtes sur les Ă©vĂ©nements qui ont conduit au 7-Octobre et sur d'autres graves affaires examinĂ©es actuellement par le Shin Bet".

L'annonce dimanche de sa future révocation avait provoqué la colÚre de l'opposition et entraßné des manifestations qui ont dénoncé une "menace contre la démocratie" et accusé M. Netanyahu de vouloir concentrer le pouvoir.

Jeudi soir, plusieurs milliers de personnes ont bravĂ© la pluie et le vent pour manifester devant la rĂ©sidence privĂ©e de M. Netanyahu Ă  Jerusalem, puis devant la Knesset, le Parlement israĂ©lien, oĂč les ministres Ă©taient rĂ©unis.

- Motivations secrĂštes -

M. Bar avait déjà laissé entendre qu'il démissionnerait avant la fin de son mandat, mais selon ses termes et en assumant la responsabilité de l'échec de son agence à prévenir l'attaque.

Une enquĂȘte interne du Shin Bet, rendue publique le 4 mars, a reconnu des failles dans la collecte de renseignements qui auraient pu alerter les autoritĂ©s. Elle a aussi critiquĂ© l'exĂ©cutif, et M. Netanyahu indirectement, jugeant que la politique d'apaisement face au mouvement islamiste palestinien ces derniĂšres annĂ©es avait "permis au Hamas de bĂątir un impressionnant arsenal militaire".

Dans sa lettre rendue publique jeudi soir, M. Bar a affirmé que les arguments du Premier ministre étaient "des accusations générales, non circonstanciées (...) qui semblent cacher les motivations derriÚre la décision de mettre fin à (ses) fonctions".

Il fait notamment rĂ©fĂ©rence Ă  l'"enquĂȘte complexe, Ă©largie et trĂšs sensible" impliquant des proches de M. Netanyahu qui auraient reçu des sommes d'argent du Qatar, une affaire baptisĂ©e "Qatargate" par les mĂ©dias.

La rĂ©vocation de M. Bar intervient aprĂšs le lancement mardi par l'armĂ©e israĂ©lienne d'une sĂ©rie de bombardements massifs et meurtriers aprĂšs deux mois de trĂȘve et d'opĂ©rations terrestres "ciblĂ©es" sur la bande de Gaza.

M. Netanyahu a pris la responsabilité de ces opérations militaires, destinées selon lui à faire pression sur le Hamas afin qu'il libÚre les 58 otages encore détenus dans le territoire.

Dans une rare critique envers le Premier ministre, le président israélien Isaac Herzog s'est dit jeudi inquiet de la reprise des frappes alors que la pays traverse une crise qui pourrait mettre à mal la "résilience nationale".

AFP

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