Indonésie

Jakarta élit son gouverneur sur fond de tensions religieuses

  • PubliĂ© le 19 avril 2017 Ă  07:25
Basuki Tjahaja Purnama, le 19 avril, Ă  Jakarta

Le gouverneur chrétien de Jakarta tente mercredi de décrocher un nouveau mandat dans la capitale indonésienne, malgré un procÚs pour insulte à l'islam, lors d'un scrutin test pour la tolérance religieuse dans le pays musulman le plus peuplé au monde.

Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, est opposé à l'ancien ministre de l'Education, Anies Baswedan, de confession musulmane. Le résultat du second tour de cette élection s'annonce serré à l'issue d'une campagne marquée par des tensions religieuses exacerbées par la comparution en justice depuis fin 2016 du gouverneur sortant jugé pour blasphÚme.

Le scrutin est aussi un terrain d'affrontement entre grands acteurs politiques du pays qui considÚrent l'influent poste de gouverneur de la capitale de 10 millions d'habitants comme un tremplin pour l'élection présidentielle de 2019. Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (00H00 GMT). Quelque 7,2 millions d'électeurs essentiellement musulmans ont jusqu'à 13H00 (06H00 GMT) pour se rendre aux urnes. Plus de 60.000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés pour assurer la sécurité.

Ahok, le premier gouverneur non musulman depuis un demi-siÚcle et le premier issue de la minorité chinoise, va-t-il pouvoir se maintenir à son poste en étant élu? Des estimations provisoires seront publiées peu aprÚs la fermeture des bureaux de vote. Il avait accédé automatiquement à cette fonction en 2014, aprÚs l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo, dont il était alors l'adjoint déjà trÚs populaire.

Connu pour son franc-parler, Ahok avait déclaré en septembre que l'interprétation par certains oulémas (théologiens musulmans) d'un verset du Coran, selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman, était erronée, provoquant une vague de contestation dans ce pays qui compte prÚs de 90% de musulmans.

Cette déclaration a été instrumentalisée par des islamistes partisans de la ligne dure et des musulmans conservateurs qui ont organisé des manifestations géantes fin 2016 dans la capitale. Le gouverneur a ensuite été inculpé de blasphÚme, délit pour lequel il risque jusqu'à cinq ans de prison.

- Pluralisme face Ă  islam politique -

MalgrĂ© de vives protestations contre lui, Ahok, 50 ans, est arrivĂ© en tĂȘte au premier tour le 15 fĂ©vrier, avec 43% des voix. Son rival, Anies, 47 ans, avait obtenu 40% des suffrages. Le troisiĂšme candidat, Agus Yudhoyono, fils d'un ancien prĂ©sident et lui aussi musulman, avait recueilli 17%. Il n'a donnĂ© aucune consigne de vote.

Pendant la campagne de l'entre-deux tours, le rival d'Ahok a été critiqué pour avoir rencontré des dirigeants islamistes partisans d'une ligne dure, en vue d'accroßtre ses chances de succÚs. Car, pour nombre d'électeurs, la question se pose en ces termes: peut-on élire un gouverneur non musulman?
Pour l'analyste Tobias Basuki, cette élection, "c'est le pluralisme en Indonésie opposé à un nouveau type d'islam politique attisé par des islamistes partisans d'une ligne dure".

Les accusations visant Ahok sont un exemple trÚs en vue de l'intolérance religieuse qui s'est accrue ces derniÚres années en Indonésie, avec une forte hausse des attaques visant les minorités et une influence croissante des islamistes radicaux.

Des observateurs redoutent aussi une discrimination à l'égard de la minorité chinoise dont est issu Ahok, qui représente moins de 10% de la population. En 1998, des émeutes et pillages visant des Indonésiens d'origine chinoise avaient fait plus d'un millier de morts. Cependant, l'immense majorité des Indonésiens musulmans pratiquent une forme modérée de l'islam et vivent harmonieusement aux cÎtés des représentants des minorités chrétienne, bouddhiste et hindoue.

Ahok est devenu un gouverneur populaire à la faveur de sa détermination pour lutter contre la corruption trÚs répandue dans la fonction publique et à entreprendre des réformes à Jakarta, métropole engorgée et désorganisée.
 

AFP

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