Cachés dans un caisson pour éviter les contrÎles à l'aéroport

Japon : prison ferme pour deux complices amĂ©ricains de la fuite de Ghosn

  • PubliĂ© le 19 juillet 2021 Ă  11:16
  • ActualisĂ© le 19 juillet 2021 Ă  13:08
Un bus supposé transporter Michael Taylor et son fils Peter arrive au tribunal de Tokyo, le 19 juillet 2021

Un tribunal de Tokyo a condamné lundi deux Américains à de la prison ferme pour avoir aidé Carlos Ghosn à fuir le Japon fin 2019, caché dans un gros caisson de matériel audio pour esquiver les contrÎles à l'aéroport. Michael Taylor, 60 ans, ancien membre des forces spéciales américaines, a été condamné à deux ans de prison et son fils Peter Taylor, 28 ans, à un an et huit mois de réclusion. Durant leur procÚs qui s'était ouvert mi-juin, les deux hommes avaient reconnu les accusations pesant contre eux et s'étaient excusés en disant regretter leurs actes. Ils avaient aussi assuré n'avoir pas agi par appùt du gain.

DĂ©but juillet, le parquet avait requis deux ans et dix mois de prison contre Michael Taylor et deux ans et demi pour son fils. Leurs avocats avaient plaidĂ© pour des peines avec sursis, en arguant notamment que Carlos Ghosn Ă©tait le principal instigateur de toute l'opĂ©ration, et que les Taylor avaient dĂ©jĂ  passĂ© dix mois en dĂ©tention provisoire aux Etats-Unis avant d'ĂȘtre extradĂ©s au Japon en mars de cette annĂ©e.

Mais le juge principal, Hideo Nirei, a souligné lundi qu'il s'agissait d'un "crime grave" car la perspective de voir un jour M. Ghosn jugé au Japon s'est évaporée. "Les deux accusés ont mené à bien une fuite à l'étranger sans précédent" et ont joué un rÎle proactif dans cette opération, a poursuivi le juge.

- AppĂąt du gain? -

M. Nirei a aussi estimĂ© que les complices avaient Ă©tĂ© motivĂ©s par de l'argent, et non parce que Michael Taylor a via son Ă©pouse de lointaines relations de parentĂ© avec la famille de M. Ghosn au Liban. Les Taylor avaient reçu de l'entourage de M. Ghosn plus de 860.000 dollars pour prĂ©parer et financer l'opĂ©ration, la moitiĂ© environ ayant servi Ă  louer les jets privĂ©s. Ils avaient ensuite touchĂ© l'Ă©quivalent de 500.000 dollars en bitcoin pour payer leurs frais d'avocats, selon les enquĂȘteurs.

En résidant en permanence au Liban depuis sa fuite, M. Ghosn reste, lui, hors de portée de la justice japonaise car le pays du CÚdre n'extrade par ses ressortissants. Un autre complice présumé, un homme d'origine libanaise du nom de George-Antoine Zayek, est toujours recherché.

Fin 2019, l'ancien grand patron de Renault et Nissan Ă©tait en libertĂ© sous caution Ă  Tokyo, avec l'interdiction de quitter le Japon dans l'attente d'un procĂšs pour malversations financiĂšres prĂ©sumĂ©es quand il Ă©tait Ă  la tĂȘte de Nissan. M. Ghosn a toujours clamĂ© son innocence. Le 29 dĂ©cembre 2019, aprĂšs avoir voyagĂ© incognito de Tokyo Ă  Osaka en shinkansen, le train Ă  grande vitesse japonais, il s'Ă©tait cachĂ© dans un gros caisson de matĂ©riel audio percĂ© de petits trous discrets pour lui permettre de respirer.M. Ghosn avait ainsi Ă©chappĂ© aux contrĂŽles Ă  l'aĂ©roport international du Kansai. Les contrĂŽles de bagages n'Ă©taient Ă  l'Ă©poque pas obligatoires pour des passagers embarquant Ă  bord d'un jet privĂ©.

- Autre procĂšs en cours -

Dans la foulée, le Franco-libano-brésilien avait rejoint Beyrouth via Istanbul à bord de jets privés loués pour l'occasion. Sa fuite avait profondément humilié les autorités japonaises. En février, trois personnes avaient été condamnés à plus de quatre ans de prison chacune par un tribunal d'Istanbul dans cette affaire: un responsable d'une société turque de locations de jets, ainsi que deux pilotes.

La fuite de M. Ghosn n'a cependant pas empĂȘchĂ© l'ouverture en septembre 2020 d'un procĂšs pĂ©nal Ă  Tokyo au sujet de rĂ©munĂ©rations diffĂ©rĂ©es totalisant plusieurs dizaines de millions de dollars qu'il Ă©tait censĂ© toucher ultĂ©rieurement, mais sans que cela soit mentionnĂ© dans les rapports boursiers du groupe.
Un ancien responsable juridique de Nissan, Greg Kelly, qui avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© au Japon le mĂȘme jour que M. Ghosn en novembre 2018, est toujours jugĂ© actuellement dans cette affaire et encourt dix ans de prison, voire davantage.

Cet Américain de 64 ans clame son innocence depuis le début, tandis que Nissan, jugé en tant que personne morale, a plaidé coupable.
Les réquisitions dans ce procÚs sont programmées pour le 29 septembre, puis les plaidoiries de la défense le 27 octobre.

AFP

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