La Normandie est le berceau de plusieurs figures du jihadisme français, comme Maxime Hauchard ou Fabien Clain, mĂȘme si aucun lien n'a Ă©tĂ© mis en Ă©vidence Ă ce jour avec Adel Kermiche, l'un des auteurs de l'assassinat du pĂšre Jacques Hamel dans son Ă©glise de Saint-Etienne-du-Rouvray.
"Il existe une filiÚre normande mais ce n'est pas une spécificité normande. Il en existe une en Corse, comme dans le Nord, en région parisienne ou à Strasbourg", explique Mathieu GuidÚre, professeur d'islamologie à l'Université Toulouse-Jean JaurÚs.
"La Normandie n'est pas plus touchée que les autres régions", affirme-t-il.
Elle n'en est pas moins sous le feu des projecteurs depuis l'assassinat mardi du pĂšre Hamel, revendiquĂ© par le groupe Etat islamique. Les enquĂȘteurs ont identifiĂ© un des deux meurtriers comme Ă©tant Adel Kermiche, un habitant de la ville nĂ© en 1997 Ă Mont-Saint-Aignan, autre commune proche de Rouen. Le jeune homme, abattu par la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), avait par deux fois, Ă moins de deux mois d'intervalle, tentĂ© de rallier la Syrie en 2015.
D'autres Normands sont dans le collimateur des autoritĂ©s judiciaires. Parmi eux figurent Maxime Hauchard, un converti Ă l'islam qui a Ă©tĂ© identifiĂ© fin 2014 comme l'un des bourreaux du groupe EI, vu sur une vidĂ©o en train de dĂ©capiter un soldat syrien. Il a grandi Ă Bosc-Roger-en-Roumois (Eure), une commune de 3.200 habitants prĂšs de Rouen et frĂ©quentait la mosquĂ©e de Saint-Pierre-lĂšs-Elbeuf, non loin de Saint-Ătienne-du-Rouvray.
Le jihadiste Fabien Clain, dont la voix a Ă©tĂ© identifiĂ©e par les enquĂȘteurs sur une revendication audio des attentats du 13 novembre par l'EI, pilier de la mouvance toulousaine de la famille Merah, possĂšde des attaches en Normandie. Il y rĂ©sidait encore en 2015, Ă Alençon. Il y a passĂ© une partie de sa jeunesse et y a rencontrĂ© sa femme MylĂšne, 35 ans, Ă©galement convertie, avec laquelle il a eu trois enfants.
Pour autant, "si on se rapporte au nombre de personnes signalĂ©es comme Ă©tant en voie de radicalisation jihadiste, la Normandie est loin d'ĂȘtre particuliĂšrement la plus touchĂ©e", tempĂšre M. GuidĂšre.
- 'Imam google' -
Dans l'ordre, "Paris, Lille, Strasbourg, Toulouse et Marseille" sont en tĂȘte du classement, selon lui.
Un classement corroboré par la carte de France publiée par le Centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR), qui dénombrait en mai environ 120 signalements de radicalisation jihadiste pour la Normandie.
"On a l'impression qu'il y a une concentration de jihadistes potentiels en Normandie mais on n'obéit pas à des rÚgles statistiques. Chaque cas est particulier. C'est une problématique plus globale, nationale", affirment des sources judiciaires normandes.
Et d'ajouter que les autorités locales n'ont jamais nié qu'une filiÚre normande pouvait exister, tout en soulignant qu'il n'y avait pas plus de fichés "S" que dans les autres régions de taille comparable.
Mais la polémique monte du cÎté des politiques, le président du MoDem François Bayrou assurant qu'il y aurait, à Saint-Etienne-de-Rouvray, une "mosquée salafiste" et une "communauté fanatisée, à l?intérieur de laquelle figuraient des personnes parties en Syrie, dont l?assassin".
Des propos contestés par le président du Conseil régional du culte musulman, en charge de "l'unique mosquée de la ville".
"Si ces gamins venaient faire la priĂšre cinq fois par jour et Ă©couter le prĂȘche ici, ils comprendraient ce qu'est l'islam et on n'en arriverait pas Ă ces tragĂ©dies", assure Mohammed Karabila.
"C'est gens-là sont des délinquants, sans éducation et qui se forment avec des imams +google+. "Je ne l'ai jamais vu (Adel Kermiche) fréquenter la mosquée", assure M. Karabila.
"Si on se focalise sur les mosquĂ©es de Normandie, on risque de se tromper de cible. Elles sont pour la plupart surveillĂ©es et pour le moment, ce n'est pas le lieu oĂč nous les avons dĂ©busquĂ©s", abonde une source proche de la prĂ©fecture.
Par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT - © 2016 AFP
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