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JO-2016: Hajo Seppelt, le journaliste par qui le scandale russe est arrivé

  • PubliĂ© le 25 juillet 2016 Ă  15:22
Hajo Seppelt, journaliste de la chaßne allemande ARD, lors des championnats d'athlétisme de Leipzig, en Allemagne, le 27 février 2015

"Je me suis toujours intĂ©ressĂ© aux coulisses des performances sportives plus qu'au sport lui-mĂȘme", raconte Ă  l'AFP Hajo Seppelt, le journaliste de la chaĂźne allemande ARD, croisĂ© de la lutte antidopage, Ă  l'origine des rĂ©vĂ©lations sur le scandale russe.


NĂ© Ă  Berlin en 1963, Hans-Joachim "Hajo" Seppelt fait figure de rĂ©fĂ©rence dans ce domaine, en Allemagne, oĂč il est rĂ©guliĂšrement consultĂ©, mais aussi Ă  l'Ă©tranger.
Il démarre sa carriÚre à la fin des années 1970, comme journaliste de radio puis à partir de 1992 devient commentateur sportif pour la natation sur la chaßne de télévision publique allemande ARD.
Un média particuliÚrement sensible aux scandales de dopage puisque ARD avait suspendu la retransmission du Tour de France 2007 en pleine épreuve, avant de s'abstenir de le diffuser entre 2012 et 2015, à chaque fois en raison de la multiplication des contrÎles positifs. ParallÚlement, ARD a créé un véritable service d'investigation sur le sujet, doté de gros moyens et confié à Seppelt.
"J'ai commencĂ© Ă  m'intĂ©resser aux affaires de dopage en 1997. C'Ă©tait au moment des procĂšs autour du dopage d'Etat en RDA", raconte ce dernier Ă  l'AFP. Cette mĂȘme annĂ©e, il rĂ©alise un documentaire baptisĂ© "Secrets d'Etat sur le dopage des enfants", la premiĂšre d'une longue sĂ©rie d'enquĂȘtes sur la triche dans le sport.
Depuis, le journaliste, cheveux courts et petite barbe sombre, a fait du dopage le combat de sa vie, s'attaquant entre autres à plusieurs fédérations sportives allemandes, à l'athlétisme kényan et plus récemment à l'athlétisme russe.
- La Russie en ligne de mire -
En dĂ©cembre 2014, l'ARD diffuse son documentaire "Dopage confidentiel: comment la Russie fabrique ses vainqueurs", Ă©voquant, tĂ©moignages Ă  l'appui, un systĂšme de dopage gĂ©nĂ©ralisĂ© dans l'athlĂ©tisme qui conduira Ă  la mise en place d'une premiĂšre commission d'enquĂȘte par l'Agence mondiale antidopage (AMA).
Ce document est suivi de plusieurs autres reportages, entre août 2015 et juin 2016, qui accusent la Russie de continuer à enfreindre les rÚgles.
Hajo Seppelt, qui n'hésite pas à se mettre en scÚne dans ses reportages et à se présenter comme un redresseur de torts, a depuis gagné le surnom de "chasseur de dopage de l'ARD" dans les médias allemands.
"Les journalistes sportifs traditionnels, je l'ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© avant, ont contribuĂ© par le passĂ© Ă  dĂ©tourner le regard et Ă  Ă©loigner les gens de la vĂ©ritĂ©, car beaucoup d'entre eux se considĂšrent comme des amis du sport", juge M. Seppelt, qui enquĂȘte dĂ©sormais Ă  plein temps sur le dopage.
Avec plusieurs collÚgues, il vient de lancer un plateforme internet baptisée SportsLeaks destinée à permettre à des lanceurs d'alerte de signaler des faits de corruption ou de tricherie.
- Pressions et menaces -
Son travail ne lui vaut pas que des amis: "Naturellement il y a des attaques, j'y suis habitué depuis vingt ans. J'ai récemment reçu des menaces personnelles, qui n'étaient pas trÚs agréables", explique Hajo Seppelt.
Il est en outre devenu la cible privilégiée de médias ou de blogs russes l'accusant de manipulation et d'accusations sans fondements.
Une altercation l'a récemment opposé à une équipe de télévision russe venue l'interroger à son domicile. Les images diffusées par la chaßne Rossiya-24 montrent Seppelt perdre son sang-froid et finir par jeter hors de son appartement la journaliste russe et son équipe de télévision.
Plusieurs actions judiciaires ont par ailleurs été engagées contre lui ou l'ARD, comme en 2008 par la Fédération allemande de ski (DSV) et en 2012 par la patineuse de vitesse allemande Claudia Pechstein, pour contester ses dires ou exiger des réparations.
Mais "jusqu'à présent, nous n'avons pas perdu une seule grande procédure judiciaire", se réjouit le journaliste qui a plongé les instances sportives internationales dans une crise inédite.

Par Colette LARRABURU - © 2016 AFP
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