Il Ă©tait Ă  la tĂȘte d'un empire de la gastronomie française,

Joël Robuchon, "pape des cuisiniers"

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  02:19
  • ActualisĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  05:44
Le chef Joël Robuchon au Sommet mondial de la gastronomie à Tokyo au Japon, le 10 février 2009

DĂ©tenteur du record absolu d'Ă©toiles Michelin, le "pape des cuisiniers" JoĂ«l Robuchon, dĂ©cĂ©dĂ© lundi Ă  73 ans, Ă©tait Ă  la tĂȘte d'un empire de la gastronomie française, dont il Ă©tait le plus grand ambassadeur.

D'origine modeste - son pĂšre Ă©tait maçon -, il a collectionnĂ© les distinctions au fil des annĂ©es: "meilleur ouvrier de France" (1976), "chef de l'annĂ©e" (1987), "cuisinier du siĂšcle" (1990) et a mĂȘme Ă©tĂ© qualifiĂ© par la presse anglo-saxonne de "meilleur du monde". A la tĂȘte de 26 Ă©tablissements Ă  sa mort, c'est en 1981 que cet homme invariablement vĂȘtu de noir connaĂźt une ascension fulgurante, en ouvrant le restaurant Jamin Ă  Paris.

Il obtient sa premiÚre étoile l'année suivante et accÚde au cercle trÚs fermé des chefs triplement étoilés seulement deux ans plus tard - du jamais vu, alors, dans l'histoire de la gastronomie. Avec 32 étoiles Michelin au sommet de sa carriÚre et 24 à sa mort, il est le détenteur du record mondial.

Pourtant, le chef aux yeux clairs et Ă  la voix douce ne se destinait pas Ă  la cuisine mais plutĂŽt Ă  la prĂȘtrise: c'est en tant qu'Ă©lĂšve au Petit SĂ©minaire de MaulĂ©on-sur-SĂšvres, dans le centre-ouest de la France, qu'il y prend goĂ»t en aidant les religieuses Ă  prĂ©parer les repas. Apprenti de cuisine Ă  Poitiers (Ouest) oĂč il est nĂ©, il prend par la suite les commandes des cuisines de l'hĂŽtel Concorde Lafayette Ă  l'Ăąge de 29 ans: il y dirige 90 cuisiniers, servant plusieurs milliers de repas par jour.
Sa créativité et sa rigueur sont remarquées.

C'est dans son "Restaurant Joël Robuchon", avenue Poincaré, que le chef réhabilite la purée de pommes de terre, l'un de ses plats emblématiques, aux cÎtés de la gelée de caviar au chou ou du gratin de macaronis aux truffes, céleri et foie gras. Ce "trois étoiles", est sacré "Meilleur Restaurant du Monde" par l'International Herald Tribune.

- Amoureux du Japon -

En 1996, coup de tonnerre: Ă  51 ans, cet homme discret claque la porte de ce "trois Ă©toiles", expliquant qu'il ne veut pas mourir d'une crise cardiaque due au stress, comme certains de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Pendant plus de 10 ans, il passe Ă  la tĂ©lĂ©vision afin de rendre la cuisine plus accessible. Il participe Ă  l'Ă©mission "Bon appĂ©tit bien sĂ»r", oĂč il propose une vĂ©ritable leçon de cuisine en recevant un chef et en prĂ©sentant des recettes simples et Ă©conomiques.

Il faudra attendre 2003 pour qu'il retrouve le chemin des fourneaux en France, mais pas celui de la haute gastronomie. Ainsi, son célÚbre "Atelier de Joël Robuchon" n'a rien à voir avec le "trois étoiles" de l'avenue Poincaré. Le concept est simple mais révolutionnaire: les clients, assis autour d'un grand comptoir, avec vue sur les produits et la cuisine, dégustent une cuisine "simple mais avec des produits exceptionnels".

"L'Ă©poque a changĂ©, le consommateur recherche une cuisine qui soit moins sophistiquĂ©e, une adresse oĂč l'on mange bien et oĂč il y ait de l'ambiance", explique alors le chef. Son empire de restaurants gastronomiques s'Ă©tend de New York Ă  Macao, en passant par Londres, Monaco ou Tokyo, avec de nombreux restaurants Ă©toilĂ©s dans des pays asiatiques.

Son credo: "la maßtrise de l'alliance des saveurs des meilleurs produits". "C'est vraiment ce qu'il y a de plus beau dans la cuisine", selon ce cuisinier exigeant, qui confessait son admiration pour des chefs comme Jean Delaveyne et Alain Chapel. En 2009, dans un entretien avec le magazine Paris Match, il reconnaissait avoir "longtemps été intransigeant, avec (...) des excÚs et des colÚres noires". Mais pour le chef Marc Veyrat, "son visage racontait toute son histoire: plein d'humilité, plein de transmission, plein de créativité."

Familier du Japon depuis 1976, Joël Robuchon y avait ouvert plusieurs établissements. Il expliquait y avoir "été saisi par le virus de l'esthétique" : "Plus j'avance, plus je me dépouille". Il a formé de nombreux chefs, dont Gordon Ramsay, le chef britannique médiatisé multiétoilé.

AFP

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