Le drapeau russe flottera-t-il aux Jeux olympiques de Tokyo-2020 et de Pékin-2022? L'Agence mondiale antidopage (AMA) décide lundi si elle prononce les plus lourdes sanctions de son histoire, pour punir Moscou d'avoir récidivé dans la triche en falsifiant des données de contrÎles.
Des sportifs "neutres", pas de drapeau ou d'hymne aux JO et à tout championnat du monde, interdiction d'accueillir ces compétitions sur son sol: si le comité exécutif de l'AMA suit la recommandation de son comité de révision de la conformité (CRC) et assortit la suspension de l'agence antidopage Rusada de telles sanctions, la Russie en tant que nation serait mise au ban du sport international pendant quatre ans.
Mais il ne s'agirait probablement que d'une étape, car Moscou peut faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui aura le dernier mot.
L'AMA a prĂ©vu de communiquer sa dĂ©cision Ă 12h30 GMT (13h30 locales), lors d'une confĂ©rence de presse Ă Lausanne, oĂč la rĂ©union du comitĂ© exĂ©cutif a dĂ©marrĂ©, Ă huis clos vers 09H00 GMT, dans un grand hĂŽtel. "Nous sommes ici parce que les donnĂ©es ont Ă©tĂ© manipulĂ©es" et "nous espĂ©rons obtenir une dĂ©cision aujourd'hui", a dĂ©clarĂ© un porte-parole de l'AMA, James Fitzgerald, aux mĂ©dias prĂ©sents.
"Aujourd'hui, ça sera oui ou non", a-t-il ajouté. En effet, d'aprÚs ses rÚglements, l'AMA ne peut pas amender ou modifier la recommandation du CRC, mais seulement lui demander de revoir sa copie.
- Des centaines de résultats effacés -
Il ne s'agirait pas des premiĂšres sanctions dans cette affaire qui empoisonne le sport international depuis cinq ans et les premiĂšres rĂ©vĂ©lations sur un dopage institutionnalisĂ© en Russie entre 2011 et 2015, impliquant plusieurs rouages de l'Ătat, dont le ministĂšre des Sports et le service secret FSB.
Depuis fin 2015, les compétitions internationales en athlétisme n'acceptent plus que des sélections de sportifs russes "neutres", sans les couleurs du pays. Le drapeau blanc, bleu et rouge n'a pas non plus été hissé aux Jeux olympiques d'hiver 2018 de Pyeongchang.
Début 2019, la remise de milliers de données brutes de contrÎles antidopage, stockées dans les serveurs de l'ancien laboratoire de Moscou, aurait dû clore l'affaire.
Ce geste de transparence, exigé par l'AMA, devait lui permettre de lever le voile sur des contrÎles positifs camouflés au sein du laboratoire et monter des dossiers disciplinaires contre des sportifs russes. Mais les experts informatiques missionnés par l'AMA ont découvert que "des centaines" de résultats suspects avaient été effacés de ces données, pour certains entre décembre 2018 et janvier 2019, juste avant leur remise par les autorités russes au gendarme mondial antidopage.
Cette faute de plus, qui s'ajoute à un passif déjà lourd, suffira-t-elle à convaincre une majorité des douze membres du comité exécutif de l'AMA à suivre le CRC mot pour mot? Ou feront-ils assaut de prudence face au géant russe?
- Ăclaircissements -
Le comitĂ© exĂ©cutif de l'AMA est rĂ©parti Ă Ă©galitĂ© entre reprĂ©sentants des Ătats et du mouvement olympique. Peu avant les JO de Rio-2016, l'AMA avait rĂ©clamĂ© une exclusion des Russes, mais sa dĂ©cision n'Ă©tait pas contraignante et le CIO ne l'avait pas suivie. Cette fois, l'instance olympique a promis de soutenir les sanctions "Ă l'encontre de tous les responsables de cette manipulation". Mais le CIO estime que seule la "responsabilitĂ© des autoritĂ©s russes" est prouvĂ©e Ă ce stade, pas celle du "mouvement sportif", notamment du ComitĂ© olympique russe (ROC). Or, le ROC est visĂ© par les sanctions proposĂ©es.
En outre, le président du CIO, l'Allemand Thomas Bach, a dit attendre des éclaircissements et des justifications sur "les événements" sportifs visés par les sanctions.
D'autres voix, notamment celles du patron de l'antidopage américain, Travis Tygart, ou des membres du comité des sportifs de l'AMA, se sont élevées pour réclamer des sanctions plus sévÚres, comme une interdiction totale de participation des athlÚtes russes aux JO.
"Il est temps pour l'AMA et le CIO de prendre les sanctions les plus sévÚres possibles, face au plus gros scandale de l'histoire du sport", a tweeté dimanche soir la vice-présidente de l'AMA, la Norvégienne Linda Helleland, partisane de la fermeté.
AFP

