Le dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong-Un a Ă©tĂ© nommĂ© lundi prĂ©sident du Parti des travailleurs de CorĂ©e, lors du premier congrĂšs en prĂšs de 40 ans du parti unique au pouvoir qui visait Ă asseoir sa stature de leader suprĂȘme.
Des milliers de délégués, dont beaucoup étaient en uniforme, ont applaudi à l'annonce de cette nomination par le chef de l'Etat de la Corée du Nord, Kim Yong-Nam, dont la fonction est largement honorifique.
C'était la premiÚre fois depuis l'ouverture du congrÚs vendredi que des journalistes étrangers ont été autorisés à rentrer dans la salle du congrÚs, décorée de banniÚres rouge et or frappées du logo du parti.
Cette réunion exceptionnelle est largement considérée comme l'occasion de consacrer le pouvoir de Kim Jong-Un, et confirmer sa stratégie du "byungjin", qui consiste à mener de front développements économique et nucléaire.
Ainsi, des milliers de délégués ont adopté dimanche une motion proposée la veille par Kim Jong-Un, sur les avancées économiques couplées au développement d'une "force nucléaire d'autodéfense à la fois en termes de qualité et de quantité".
Le congrÚs a également entériné le principe selon lequel la Corée du Nord ne fera usage de ses armes nucléaires que si sa souveraineté est menacée par une autre puissance nucléaire, et la nécessité de travailler à la réunification éventuelle de la péninsule divisée.
"Mais si les autorités sud-coréennes optent pour la guerre (...), nous mÚnerons une guerre juste afin d'éradiquer sans merci les forces antiréunification", selon un document publié par l'agence officielle nord-coréenne KCNA.
La guerre de Corée (1950-1953) s'est achevée sur un armistice jamais suivi d'un traité de paix, ce qui signifie que Séoul et Pyongyang sont, techniquement, toujours en guerre.
Le congrÚs a également répété l'argument développé de longue date par le Nord selon lequel l'hostilité américaine l'a contraint à développer une force de dissuasion nucléaire. Ce programme se poursuivra "tant que les impérialistes persistent dans leurs menaces nucléaires".
Dans un discours fleuve samedi, Kim Jong-Un a dit souhaiter améliorer les relations avec des nations jadis "hostiles", proposant d'ouvrir un dialogue militaire avec la Corée du Sud afin d'apaiser les tensions frontaliÚres.
- CinquiÚme essai nucléaire? -
Proposition que le gouvernement sud-coréen a balayée comme étant de la propagande, en particulier la promesse nord-coréenne de "remplir fidÚlement" ses engagements de non-prolifération.
"Il n'y a absolument aucune sincérité, lorsqu'on parle du besoin de discussions militaires (...) tout en se qualifiant d'Etat doté de l'arme nucléaire et en se livrant à des provocations nucléaires et balistiques", a déclaré le porte-parole du ministÚre de la Défense, Moon Sang-Gyun.
A ses yeux, le congrÚs du PTC n'a fait que réaffirmer l'intention de la Corée du Nord de continuer à développer son arsenal nucléaire. Séoul va continuer à lutte contre cet objectif à coups de pressions et de sanctions, a-t-il dit.
La Corée du Nord a mené quatre essais nucléaires, dont deux sous le rÚgne de Kim Jong-Un.
Le Nord a affirmé que son dernier essai, le 6 janvier, concernait une bombe à hydrogÚne, bien plus puissante que la bombe atomique ordinaire, mais les spécialistes ont mis en doute cette affirmation en raison de la faiblesse de l'énergie dégagée.
L'inquiétude plane sur les risques d'un cinquiÚme essai nucléaire.
Kim Jong-Un n'était pas né lors du dernier congrÚs en 1980. Celui-ci avait été organisé pour désigner Kim Jong-Il, son pÚre, comme successeur de son propre pÚre, Kim Il-Sung, fondateur d'un rÚgne dynastique qui dure depuis prÚs de 70 ans.
A son arrivée au pouvoir en décembre 2011, le jeune dirigeant a rapidement voulu marquer le pouvoir de son empreinte.
Une de ses premiÚres décisions fut de tourner la page de la stratégie "songun" (l'armée d'abord) de son pÚre, au profit du "byungjin".
Le volet nucléaire de cette stratégie a largement dominé dans les mois qui ont précédé le congrÚs, entre quatriÚme essai nucléaire, tir de fusée et lancements de missiles divers.
Certains analystes avaient prĂ©dit que le congrĂšs pourrait ĂȘtre l'occasion de mettre l'accent sur le volet Ă©conomique. De fait, M. Kim a annoncĂ© un plan quinquennal. Mais il n'a donnĂ© que peu de prĂ©cisions sur la façon d'y parvenir.
ParallĂšlement, un journaliste de la BBC en mission Ă Pyongyang a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et interrogĂ© pendant huit heures vendredi en raison de son travail en amont du congrĂšs, avant d'ĂȘtre expulsĂ©, selon le media britannique.
Par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT - © 2016 AFP
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