L'Equateur expulse des centaines de détenus colombiens

  • PubliĂ© le 27 juillet 2025 Ă  04:05
  • ActualisĂ© le 27 juillet 2025 Ă  06:53
Des prisonniers colombiens attendent leur expulsion prĂšs du pont international de Rumichacha, en Equateur, le 26 juillet 2025

Des centaines de détenus colombiens expulsés par l'Equateur pour désengorger ses prisons sont rentrés samedi dans leur pays en traversant à pied un pont international, déclenchant les protestations de Bogota qui a dénoncé une opération "unilatérale" l'ayant pris au dépourvu.

Surveillés par des dizaines de policiers et militaires équatoriens, les prisonniers colombiens en uniforme orange ont traversé en rang le pont de Rumichacha, la principale voie de communication entre les deux pays, a constaté un journaliste de l'AFP.

"On nous a expulsĂ© vers la Colombie et nous voilĂ ", a racontĂ© Ă  l'AFP Juan Ramirez, qui a dit avoir passĂ© 15 mois dans la prison Ă©quatorienne de Latacunga oĂč la nourriture faisait dĂ©faut. "Une odyssĂ©e trĂšs dure lĂ -dedans, plus d'un de mes compagnons est mort de faim", a-t-il affirmĂ©.

"Au moins maintenant ils nous ont amenĂ©s ici", a-t-il poursuivi. "MĂȘme l'immigration colombienne ne savait pas que nous arrivions, ça s'est fait d'un instant Ă  l'autre, sans prĂ©avis".

Le gouvernement Ă©quatorien a dit avoir ordonnĂ© cette expulsion massive, qui a dĂ©butĂ© vendredi, pour dĂ©sengorger ses prisons, oĂč les affrontements rĂ©currents entre gangs rivaux ont fait prĂšs de 500 morts depuis 2021.

Depuis son arrivée au pouvoir en novembre 2023, le président Daniel Noboa s'efforce de réduire la surpopulation carcérale chronique. Le nombre de détenus en Equateur est ainsi passé de 39.000 lors de sa prise de fonctions à 31.000 en janvier dernier, pour une capacité totale de 30.000 places.

Avant ces expulsions, environ 1.500 Colombiens étaient détenus dans les prisons équatoriennes, selon les services pénitentiaires du pays, mais les différentes autorités ont donné des chiffres divergents du nombre de personnes reconduites à la frontiÚre.

DĂ©pĂȘchĂ©e dans la ville-frontiĂšre d'Ipiales, la ministre colombienne des Affaires Ă©trangĂšres Rosa Yolanda Villavicencio a fait Ă©tat de 603 expulsĂ©s (543 hommes et 60 femmes) Ă  travers le pont de Rumichacha.

La gouverneure de la province équatorienne de Carchi, de l'autre cÎté du pont, Diana Pozo, avait auparavant affirmé à la presse que plus de 800 Colombiens avaient été expulsés. Les services pénitentiaires équatoriens (SNAI) ont pour leur part indiqué que le processus d'expulsion concernait 700 personnes.

Et une source de la province de Carchi a déclaré à l'AFP que l'opération de reconduite à la frontiÚre concerne environ 870 personnes.

- Pas de plan d'urgence -

"Nous avons réalisé un travail inter-institutionnel entre le Service colombien d'immigration et l'Equateur pour que ce processus d'expulsion soit agile et qu'il n'y ait pas d'embouteillage sur le pont", a assuré à la presse Mme Pozo.

Mais les autorités colombiennes ont affirmé avoir été prises au dépourvu.

"Nous n'avions pas de plan d'urgence" pour accueillir les détenus, a déclaré Juan Morales, un responsable de la municipalité frontaliÚre colombienne d'Ipiales. "Nous avons dû en élaborer un à la derniÚre minute afin de pouvoir apporter notre soutien et fournir une aide humanitaire", a-t-il ajouté.

"La Colombie, par le biais de canaux diplomatiques, a exprimé sa plus vive protestation auprÚs du gouvernement de l'Equateur pour ce geste inamical envers notre pays", a déclaré vendredi dans un communiqué le ministÚre colombien des Affaires étrangÚres, dénonçant une violation du droit international.

Selon le maire d'Ipiales, Amilcar Pantoja, les personnes expulsées seront laissées en liberté, sauf si elles sont recherchées en Colombie.

Le ministÚre équatorien des Affaires étrangÚres a affirmé samedi dans un communiqué que les expulsions avaient été annoncées à Bogota dÚs le 8 juillet, qu'elles étaient menées dans le "respect des droits humains" et aprÚs examen individuel du cas de chaque détenu".

Le prĂ©sident Noboa avait annoncĂ© en 2024 son intention d'expulser des dĂ©tenus colombiens pour rĂ©duire la surpopulation carcĂ©rale. En avril, de petits groupes ont commencĂ© Ă  ĂȘtre transfĂ©rĂ©s vers la frontiĂšre.

Les gangs de trafiquants de drogue opĂ©rant en Equateur — certains impliquant des criminels colombiens — ont transformĂ© le pays en l'un des plus violents d'AmĂ©rique latine. Le taux d'homicides est passĂ© de six pour 100.000 habitants en 2018 Ă  38 en 2024, l'un des plus Ă©levĂ©s de la rĂ©gion.

AFP

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