Coalitions

L'union fait la force des femelles bonobos

  • PubliĂ© le 4 mai 2025 Ă  07:00
  • ActualisĂ© le 4 mai 2025 Ă  11:16
Une femelle bonobo et son petit, le 21 juillet 2015 dans un zoo Ă  Francfort, en Allemagne ( DPA / CHRISTOPH SCHMIDT )

Elles ont moins de force que les mùles et pourtant les femelles bonobos ont un statut social plus élevé dans ces communautés de primates, qu'une nouvelle étude explique par leur capacité à former des coalitions.

Avec les chimpanzés, les bonobos sont nos plus proches cousins dans l'ordre des primates. Mais ils se "distinguent de toutes les autres espÚces de grands singes par le fait que les femelles occupent un rang élevé dans leur communauté", rappelle l'étude parue jeudi dans Nature Communications Biology.

Pour preuve, ce sont les femelles "qui décident quand et avec qui s'accoupler", décrit un communiqué de l'Institut Max Planck sur le comportement animal, auquel est affilié une superviseure de l'étude, Barbara Fruth.

Ce sont elles aussi qui ont priorité d'accÚs aux nourritures les plus prisées, "pendant que les mùles traßnent dans les arbres en attendant leur tour".

Pourtant, un dimorphisme sexuel marqué fournit un avantage physique aux mùles, qui explique par exemple la domination incontestée de ces derniers chez les chimpanzés.

L'Ă©tude interroge le mĂ©canisme d'Ă©volution menant des femelles Ă  dominer largement un groupe, "un phĂ©nomĂšne rare chez les animaux sociaux", et propre Ă  certaines espĂšces. Comme les hyĂšnes tachetĂ©es, oĂč les femelles ont la mĂȘme dimension, et la mĂȘme force, que les mĂąles.

Plusieurs hypothÚses pouvaient expliquer le phénomÚne, mais "aucune n'avait été testée chez des bonobos sauvages vivant dans leur jungle", selon Barbara Fruth.

Une équipe internationale de chercheurs a fouillé, sous la direction de Martin Surbeck à l'Université d'Harvard, trente ans de données collectées sur six communautés de bonobos de la République démocratique du Congo, leur seul pays d'habitat sauvage.

Avec pour résultat qu'"autant que l'on sache, c'est la premiÚre preuve que la solidarité entre femelles peut inverser la structure de pouvoir favorisant les mùles, qui caractérise de nombreuses communautés de mammifÚres", selon Martin Surbeck, cité dans le communiqué.

- En quelques secondes -

En étudiant prÚs de 1.800 situations de conflit, dont plus de la moitié a été remportée par des femelles, ils ont écarté deux hypothÚses.

Celle de l'auto-organisation, oĂč une forte proportion de mĂąles dĂ©bouche sur un grand nombre de conflits entre eux, qui laisse un espace Ă  des femelles pour s'affirmer. Et celle du contrĂŽle sur la reproduction, oĂč l'absence de signes extĂ©rieurs de la pĂ©riode de fertilitĂ© d'une femelle incite les mĂąles Ă  en rabattre.

Restait celle de la coalition, dĂ©jĂ  dĂ©crite Ă©pisodiquement dans des communautĂ©s de bonobos, oĂč les femelles se liguent contre un mĂąle agressant une de leurs congĂ©nĂšres ou son petit.

Une situation "qui n'est pas la rÚgle", selon Barbara Fruth, mais qui fait que "les femelles bénéficient d'un statut élevé plutÎt que d'une domination incontestée".

Statut qu'elles peuvent dĂ©fendre fĂ©rocement, avec d'abord des concerts de hurlements si puissants qu'"on s'en bouche les oreilles", selon la chercheuse. Et au besoin une vĂ©ritable poursuite du mĂąle jugĂ© fautif, avec une correction dont les sĂ©quelles peuvent ĂȘtre fatales.

Cette coalition, qui se forme en quelques secondes, est suffisamment dissuasive pour que les mùles "n'essaient pas de dépasser les bornes", selon Barbara Fruth.

Elle est d’autant plus surprenante que chez les bonobos, ce sont les femelles qui migrent le plus souvent d'une communautĂ© vers une autre. Ce qui exclut l'explication de formation de bandes liĂ©es par une mĂȘme origine.

AFP

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