Liban

La Banque mondiale exhorte Ă  la formation "urgente" d'un nouveau gouvernement

  • PubliĂ© le 6 novembre 2019 Ă  17:55
  • ActualisĂ© le 6 novembre 2019 Ă  19:37
Des étudiants libanais agitent des drapeaux libanais lors d'une manifestation antigouvernementale à Saïda, dans le sud du Liban, le 6 novembre 2019

La Banque mondiale a appelé mercredi le Liban à former un nouveau gouvernement dans les plus brefs délais, au 21e jour d'un mouvement de contestation inédit contre la classe politique.

Depuis le 17 octobre, le Liban connaßt une contestation populaire sans précédent contre sa classe dirigeante, jugée corrompue, incompétente et sectaire, sur fond de vives difficultés économiques. Le mouvement, qui a mobilisé des centaines de milliers de Libanais, toutes communautés confondues, a entraßné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri, mais la formation d'un nouveau gouvernement se fait attendre.

"La formation rapide d'un gouvernement correspondant aux attentes de tous les Libanais est désormais l'étape la plus urgente", a souligné la Banque mondiale (BM) à l'issue d'une réunion d'une délégation avec le président Michel Aoun.

Dans son communiqué, la BM a mis en garde contre une "récession plus grave" encore, "en raison des pressions économiques et financiÚres croissantes" --l'institution prévoit déjà une croissance négative de 0,2% pour l'année en cours.

En cas d'impasse, la moitiĂ© de la population pourrait sombrer dans la pauvretĂ© et le chĂŽmage "augmenter fortement", a averti la BM. Selon elle, environ un tiers des Libanais vit dĂ©jĂ  sous le seuil de pauvretĂ©. De son cĂŽtĂ©, le chef de l'Etat a assurĂ© que le prochain gouvernement inclurait des "ministres compĂ©tents et Ă  l'abri de tout soupçon de corruption", selon le compte Twitter de la prĂ©sidence. Michel Aoun a ajoutĂ© que 17 dossiers de corruption faisaient dĂ©sormais l'objet d'enquĂȘtes judiciaires, d'aprĂšs la prĂ©sidence.

- Décision "hùtive" -

Mercredi, le procureur financier Ali Ibrahim a engagé des poursuites pour blanchiment d'argent et échange de pots-de-vin contre un responsable à l'Aéroport de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (ANI). D'autres poursuites ont récemment été engagées contre l'ancien Premier ministre Najib Mikati et la Banque Audi pour enrichissement illicite, et visé l'ancien ministre Fayez Chokr pour "négligence dans l'exercice de ses fonctions".

La mise en garde de la BM intervient aprÚs l'abaissement mardi par l'agence Moody's de la note du Liban de "Caa1" à "Caa2", un niveau associé à une forte probabilité de rééchelonnement de la dette. Le pays croule sous une dette de 86 milliards de dollars, soit 150% du PIB, l'un des ratios les plus élevés au monde.

"Le vaste mouvement de contestation sociale, la démission du gouvernement et la perte de confiance des investisseurs ont de nouveau affaibli le modÚle de financement du Liban", a averti Moody's, qui avait déjà abaissé la note de la dette libanaise de "B3" à "Caa1" en janvier. Pour l'économiste Nassib Ghobril, "Moody's a pris cette décision de maniÚre hùtive". "Il y a aujourd'hui une opportunité de voir émerger un changement réel au Liban, et les demandes des manifestants rejoignent celles de la communauté internationale, qu'il s'agisse de la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance ou encore l'assainissement financier", a-t-il argué.

- "Régime non confessionnel" -

Ce mouvement de contestation ne se tarit pas aprÚs trois semaines de manifestations. Mercredi, des centaines d'élÚves et d'étudiants ont battu le pavé, tandis que des manifestants ont organisé des sit-in devant des institutions publiques.
A Tyr (sud), les élÚves ont bloqué l'accÚs à une école tandis qu'à Beyrouth un sit-in a été organisé devant le siÚge du ministÚre de l'Education, d'aprÚs ANI.

A Jounieh, au nord de la capitale, des élÚves se sont rassemblés dans la cour de la principale école publique, rejoints par d'autres manifestants, aprÚs avoir été interdits par leur direction de quitter l'établissement, selon des médias locaux.
A Saïda et Nabatiyeh (sud), les étudiants de l'Université libanaise ont campé sur place, appelant les autorités à consolider un enseignement public fragilisé.

"Nous voulons un régime non confessionnel", a lancé un étudiant au micro, devant une banniÚre "Révolution du 17 octobre".
"Nous sommes prĂȘts Ă  perdre des heures d'Ă©tudes mais pas une patrie", ont Ă©crit sur d'autres pancartes des Ă©tudiants de l'UniversitĂ© de Balamand, Ă  Koura (nord).

A Beyrouth, d'autres manifestants se sont réunis devant le ministÚre des Finances et devant l'Electricité du Liban (EDL), considérée comme l'ultime symbole de la décrépitude des services de base.

Le Liban est classé 138e sur 180 en matiÚre de corruption par l'ONG Transparency.
AFP

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