Présidentielle

La campagne "sans magie" de Macron interroge

  • PubliĂ© le 24 mars 2022 Ă  16:53
  • ActualisĂ© le 24 mars 2022 Ă  17:09
Joe Biden, Emmanuel Macron et Boris Johnson devant l'Otan Ă  Bruxelles le 24 mars 2022

Le prĂ©sident-candidat Emmanuel Macron est encore jeudi aux prises avec le dossier russo-ukrainien, mais certains dans son camp s'interrogent sur les consĂ©quences de son absence sur le terrain dans la campagne prĂ©sidentielle, mĂȘme si ses concurrents peinent Ă  faire entendre leur voix.

AprÚs un mois de guerre en Ukraine, l'agenda du chef de l'Etat sortant, qui préside aussi l'Union européenne jusqu'à l'été, est de nouveau accaparé par l'international avec deux jours à Bruxelles pour un Conseil européen et des sommets du G7 et de l'Otan.

Balayant les accusations disant qu'il veuille enjamber le rendez-vous de la présidentielle, la majorité n'a de cesse de répéter qu'il sera président jusqu'au dernier quart d'heure et explique sa présence réduite dans la campagne par un contexte international hors norme.

Pas de dĂ©placements, pas de bains de foule, pas de dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ©, des interventions mĂ©diatiques passant largement sous les radars: cela ressemble Ă  du service minimum pour le prĂ©sident-candidat, largement en tĂȘte dans les sondages, Ă  quelque 30% des intentions de vote au premier tour, mĂȘme si une lĂ©gĂšre Ă©rosion, logique selon ses soutiens, est constatĂ©e suite Ă  sa confĂ©rence de presse de prĂ©sentation de son programme mi-mars. AprĂšs avoir attendu la date limite pour se dĂ©clarer, le chef de l'Etat a seulement rencontrĂ© des Français lors de deux "dĂ©bats" trĂšs cadrĂ©s Ă  Poissy et Ă  Pau.

- Castex en VRP -

Un seul grand meeting est prĂ©vu, le 2 avril Ă  La DĂ©fense (Hauts-de-Seine). Les autres rĂ©unions publiques se font sans lui, comme mercredi soir Ă  Nice oĂč se sont rassemblĂ©s des poids lourds de la macronie, tandis que les ministres sillonnent le terrain.

Jeudi matin, le Premier ministre Jean Castex a arpenté les rues de Saint-Saint-Denis pendant trois heures, tracts à la main, pour défendre son candidat.
Cette ligne est-elle tenable jusqu'au premier tour du 10 avril ?
Interrogé par la presse, Jean Castex a joué l'humilité, réaffirmant qu'"une élection n'est jamais gagnée" et que "dans le monde troublé qui est le nÎtre l'excÚs de confiance en rien ne se justifie". "Le premier message à faire passer, c'est voter d'abord", a-t-il ajouté, alors que le manque de rythme de la campagne fait craindre aux sondeurs une abstention record.

Le maire ex-LR de Nice Christian Estrosi, soutien du prĂ©sident, dit Ă  l'AFP "craindre une dĂ©mobilisation des Ă©lecteurs macronistes", notant que "les gens n'aiment pas l'arrogance, ni les rĂ©sultats jouĂ©s d'avance". "Il y a peu d'intĂ©rĂȘt pour la campagne, qui manque de magie (...). Il faut qu'Emmanuel Macron fasse un grand discours. Et montre que LREM n'est pas un vaisseau fantĂŽme", abonde un responsable de la majoritĂ©.

- "Crimes de guerre" -

Mais dans une campagne d'abord Ă©touffĂ©e par la pandĂ©mie, puis Ă©crasĂ©e par la guerre en Ukraine, les concurrents d'Emmanuel Macron, dont certains participent Ă  un nouveau numĂ©ro de l'Ă©mission "ÉlysĂ©e 2022" jeudi soir sur France 2, peinent Ă  faire entendre leur voix. Et Ă  un peu plus de deux semaines du premier tour, des dynamiques semblent se confirmer et des positions se cristalliser dĂ©sormais.

La candidate du RN Marine Le Pen est bien installée à la deuxiÚme place des intentions de vote, certains sondages la plaçant jusqu'à 20%, confirmant une dynamique ascendante.

Le candidat de LFI Jean-Luc MĂ©lenchon, qui sollicite la "responsabilitĂ© morale" des Ă©lecteurs pour se hisser au second tour avant un gros meeting dimanche Ă  Marseille, est aussi sur une pente favorable: certaines Ă©tudes d'opinion le placent Ă  la troisiĂšme, autour de 12-15%. Tandis que la candidate LR ValĂ©rie PĂ©cresse (LR), qui a prĂ©sentĂ© jeudi son projet de loi constitutionnelle sur l'ordre, et celui d'extrĂȘme droite Eric Zemmour (ReconquĂȘte!) s'Ă©rodent, autour de 10%.

Le conflit en Ukraine a toutefois poussé les candidats à se positionner, remettant sur le devant de la scÚne les positions prorusses de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon.

L'écologiste Yannick Jadot, aux alentours de 6%, s'est, lui, fait entendre en accusant TotalEnergies de "complicité de crimes de guerre" par son maintien en Russie, ce qui vaut au candidat le lancement par le groupe d'une procédure pour diffamation.

Mais pour le député LFI Alexis CorbiÚre, "la formule est trop brutale" et il ne faut pas "en rajouter": "le complice, c'est M. Poutine, c'est l'armée russe, pas les entreprises françaises", a-t-il défendu sur BFMTV jeudi.

AFP

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