Economie

La guerre en Ukraine fait bondir l'inflation aux États-Unis

  • PubliĂ© le 10 mars 2022 Ă  23:51
  • ActualisĂ© le 11 mars 2022 Ă  07:22
Une station-service de Washington le 8 mars 2022

L'inflation a continuĂ© son ascension en fĂ©vrier aux États-Unis, et est dĂ©sormais au plus haut depuis 40 ans, la flambĂ©e du prix de l'essence Ă  cause de la guerre en Ukraine s'ajoutant aux problĂšmes persistants d'approvisionnement, un casse-tĂȘte supplĂ©mentaire pour la Maison Blanche.

L'inflation s'est élevée en février à 7,9% sur un an, selon l'indice des prix à la consommation (CPI) publié jeudi par le département du Travail. Il s'agit de la plus forte hausse des prix annuelle depuis janvier 1982.

Joe Biden a mis en avant l'impact des conséquences de la guerre en Ukraine, soulignant que "les familles (américaines) commencent à ressentir les effets de la hausse des prix de Poutine".

"L'augmentation des prix du gaz et de l'énergie a largement contribué à l'inflation ce mois-ci, les marchés ayant réagi aux actions agressives de Poutine", a déclaré le président américain dans un communiqué.

En effet, l'inflation s'est Ă©galement accĂ©lĂ©rĂ©e au cours du fĂ©vrier, les prix augmentant de 0,8% contre 0,6% le mois prĂ©cĂ©dent. Et prĂšs d'un tiers de cette hausse est due au bond des prix de l'essenceñ€¯, qui grimpent de 6,6% par rapport Ă  janvier.

Les États-Unis sont le premier producteur de pĂ©trole, devant la Russieñ€¯: "mĂȘme si nous ne leur en achetons pas beaucoup, les prix du pĂ©trole sont fixĂ©s en fonction de l'offre et de la demande mondiales", rappelle Diane Swonk, cheffe Ă©conomiste pour Grant Thornton. Et les prix de l'essence devraient continuer Ă  grimper en mars, avec un prix du baril proche de son record de 2008.

Joe Biden a annoncĂ© mardi un embargo sur les importations amĂ©ricaines de pĂ©trole et de gaz russes, et la ministre amĂ©ricaine de l'Énergie, Jennifer Granholm, a demandĂ© mercredi aux compagnies pĂ©troliĂšres du pays de produire davantage de pĂ©trole pour soulager le marchĂ©, et donc les prix.

– Essence et alimentation –

"La guerre russo-ukrainienne alimente encore le taux d'inflation fulgurant via une augmentation des prix de l'énergie, de la nourriture et des matiÚres premiÚres de base", analyse Kathy Bostjancic, cheffe économiste pour Oxford Economics.

Les ménages américains ont également dû vider leurs portes-monnaie pour acheter à manger, puisque les prix des produits alimentaires ont connu sur un an leur plus forte augmentation depuis 1981 (+7,9%), avec un bond de 1% pour le seul mois de février.

Une consĂ©quence, lĂ  aussi, du conflitñ€¯: "Le pĂ©trole augmente le coĂ»t de l'Ă©nergie, des aliments pour animaux et des engrais, tandis que l'Ukraine est l'un des plus grands producteurs de cĂ©rĂ©ales au monde", souligne l'Ă©conomiste.

Et la hausse ne fait que commencer, avertit-elle, puisqu'à cause de la guerre, "bon nombre de ces cultures ne seront pas semées cette année".
Le président russe Vladimir Poutine a d'ailleurs prévenu jeudi que les sanctions occidentales allaient aggraver la crise énergétique et l'inflation des prix alimentaires à l'échelle mondiale.

– "l'inflation est un problùme" –

Hors prix volatils de l'alimentation et de l'énergie, l'inflation dite sous-jacente a ralenti en février par rapport à janvier (0,5% contre 0,6%).
Le prix des logements est "de loin le facteur le plus important de l'augmentation", précise le département du Travail. Sur un an cependant, elle s'accélÚre à 6,4%, au plus haut depuis août 1982.

"L'inflation est un problÚme", a commenté la secrétaire au Trésor Janet Yellen, dans une interview vidéo du Washington Post.
Elle évoque un phénomÚne mondial, dont les racines sont à trouver dans la pandémie, et le fait que les gens ont transféré leurs dépenses vers les achats de biens plutÎt que vers les dépenses de divertissement tels que les concerts.

La Maison Blanche a fait de la lutte contre l'inflation l'une de ses priorités mais l'opposition républicaine a une nouvelle fois incriminé la politique économique du président démocrate.

"Comme on pouvait s'y attendre, la frénésie des dépenses imprudentes à Washington a suralimenté l'inflation à un nouveau sommet depuis 40 ans", a ainsi twitté le chef de file des conservateurs à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy.

Les yeux se tournent désormais vers la banque centrale américaine, la Fed, qui tiendra mardi et mercredi prochain sa réunion de politique monétaire, au cours de laquelle elle devrait décider de commencer à relever les taux directeurs abaissés il y a deux ans. Cela doit renchérir le coût du crédit, et ralentir la demande, et donc la pression sur les prix.

AFP

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