Remise en liberté

La justice italienne invalide l'arrestation de la capitaine du Sea-Watch 3

  • PubliĂ© le 3 juillet 2019 Ă  01:15
  • ActualisĂ© le 3 juillet 2019 Ă  05:40
Carola Rackete, la capitaine du navire humanitaire Sea-Watch, le 1er juillet Ă  Agrigente en Sicile

Une juge italienne a invalidĂ© mardi soir l'arrestation de Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3 arrĂȘtĂ©e samedi pour avoir accostĂ© de force Ă  Lampedusa pour faire dĂ©barquer 40 migrants, au grand dam du ministre de l'IntĂ©rieur Matteo Salvini.

L'Allemande de 31 ans est dĂ©sormais libre de ses mouvements, sous le coup d'aucune mesure judiciaire. Elle se trouvait mardi soir dans un appartement en pĂ©riphĂ©rie d'Agrigente, le chef-lieu sicilien dont dĂ©pend la petite Ăźle de Lampedusa, et n'a fait aucune dĂ©claration dans l'immĂ©diat. "Cette pauvre femme a seulement essayĂ© de tuer cinq militaires italiens. Je suis sans voix! Qu'est-ce qu'il faut faire pour aller en prison en Italie?" s'est insurgĂ© M. Salvini, patron de l'extrĂȘme droite italienne, dans une vidĂ©o sur Facebook, promettant d'expulser au plus vite ce "danger pour la sĂ©curitĂ© nationale".

Sa dĂ©cision d'expulsion devra cependant obtenir au prĂ©alable le feu vert de la justice. "Nous sommes soulagĂ©s que notre capitaine soit libre !" a rĂ©agi de son cĂŽtĂ© l'ONG Sea-Watch sur les rĂ©seaux sociaux. "Il n'y avait aucune raison de l'arrĂȘter, car elle Ă©tait engagĂ©e dans la dĂ©fense des droits de l'homme en MĂ©diterranĂ©e et prenait ses responsabilitĂ©s lĂ  oĂč aucun gouvernement europĂ©en ne le faisait".

Elle avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e pour "rĂ©sistance avec violence envers un navire de guerre" -- pour avoir obligĂ© une vedette de police Ă  s'Ă©loigner sous peine d'ĂȘtre Ă©crasĂ©e contre le quai -- et d'"obstruction Ă  la force publique" -- pour avoir pĂ©nĂ©trĂ© de force dans les eaux italiennes.

Selon les mĂ©dias italiens, la juge qui a entendu la jeune capitaine pendant trois heures lundi a invalidĂ© le premier chef en estimant que la vedette de police ne pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un "navire de guerre" et la seconde en faisant valoir qu'elle avait agi pour sauver des vies.

De plus, selon la dĂ©cision citĂ©e par les mĂ©dias, la juge a estimĂ© que l'interdiction de pĂ©nĂ©trer dans les eaux territoriales italiennes, imposĂ©e par M. Salvini sur la base d'un dĂ©cret-loi adoptĂ© dĂ©but juin, n'Ă©tait "pas applicable aux actions de sauvetage". Et elle a fait valoir que Carola Rackete Ă©tait "obligĂ©e" de dĂ©barquer les migrants Ă  Lampedusa dans la mesure oĂč les droits des migrants n'Ă©taient pas garantis dans les autres ports proches, en Tunisie et surtout en Libye.

- "Des criminels" -

Lundi, le procureur d'Agrigente Luigi Patronaggio -- celui qui avait ouvert une enquĂȘte contre M. Salvini pour sĂ©questration de migrants bloquĂ©s Ă  bord d'un navire des garde-cĂŽtes -- avait demandĂ© la validation des deux chefs d'arrestation. Pour lui, "l'Ă©tat de nĂ©cessitĂ©" invoquĂ© par la jeune femme n'Ă©tait pas constituĂ©: "Le Sea Watch avait reçu les jours prĂ©cĂ©dents une assistance mĂ©dicale et Ă©tait en contact continu avec les autoritĂ©s militaires et maritimes pour tout genre d'assistance".

Comme c'est souvent le cas dĂ©sormais quand un navire d'ONG dĂ©barque des migrants en Italie, Carola Rackete fait aussi l'objet d'une enquĂȘte pour aide Ă  l'immigration clandestine, traitĂ©e Ă  part.

Dans ce dossier, elle est convoquée par le parquet le 9 juillet. Selon ses avocats, il est peu probable qu'elle soit expulsée avant. Mardi matin, Sea-Watch s'est dite déterminée à poursuivre ses opérations de sauvetage en Méditerranée "si nécessaire avec un nouveau navire si notre navire (le Sea-Watch 3) reste sous séquestre".

L'ONG allemande en a les moyens: deux collectes de dons lancées sur internet ont permis de récolter prÚs de 1,4 million d'euros ces derniers jours. En attendant, deux navires humanitaires, l'Open Arms et l'Alan Kurdi, étaient actuellement en mer.

M. Salvini a expliquĂ© avoir tenu une nouvelle rĂ©union mardi Ă  son ministĂšre pour Ă©tudier comment les empĂȘcher d'amener des migrants en Italie. "On va continuer Ă  les stopper, un par un. On trouvera un juge, il y en aura bien un en Italie, qui aura finalement le courage de dire (...): ces gens ne sont pas des sauveteurs, ce sont des complices, des assassins potentiels, des criminels, et dans un pays normal les criminels vont en prison", a-t-il tonnĂ©.
AFP

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