Italie

La lutte est ouverte entre extrĂȘme droite et populistes

  • PubliĂ© le 6 mars 2018 Ă  10:58
  • ActualisĂ© le 6 mars 2018 Ă  11:09
Le chef du Mouvement 5 Ă©toiles Luigi di Maio a revendiquĂ© le 5 mars 2018 le droit de former le gouvernement aprĂšs ĂȘtre arrivĂ© en tĂȘte aux Ă©lections.

La lutte est engagĂ©e entre le Mouvement 5 Ă©toiles (M5S, populiste) et la Ligue (extrĂȘme droite), devenus majoritaires depuis les lĂ©gislatives de dimanche en Italie et qui revendiquent chacun le pouvoir, tout en excluant une alliance "eurosceptique" entre eux.


Aucun des trois blocs n'ayant obtenu une majorité absolue au Parlement, ce choc électoral pour l'Italie comme pour l'Europe ouvre une phase d'incertitude politique qui pourrait durer des mois dans la troisiÚme économie de la zone euro.
Il appartiendra au président italien, Sergio Mattarella, de trouver une issue. Mais ses consultations politiques officielles ne s'ouvriront qu'aprÚs l'élection des présidents des deux Chambres, en principe le 23 mars.
Avec un vote marquĂ© Ă  la fois par le rejet des partis traditionnels, l'exaspĂ©ration face au marasme Ă©conomique et les tensions autour des migrants et de l'Union europĂ©enne, l'Italie s'inscrit dans la lignĂ©e du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la poussĂ©e de l'extrĂȘme droite ailleurs en Europe.
"Pour la premiÚre fois en Europe, les forces antisystÚme l'emportent", a résumé l'éditorialiste du quotidien La Stampa.
Un vote anti-élite qui a éjecté quelques ténors dont la présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini (gauche), le ministre de l'Intérieur Marco Minniti ou celle de la Défense Roberta Pinotti.
La coalition de droite est arrivĂ©e en tĂȘte avec 37% des voix, selon des rĂ©sultats portant sur la quasi-totalitĂ© des bureaux de vote. Mais en son sein, c'est la Ligue, formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui a largement devancĂ© le parti de Silvio Berlusconi (17,4% contre 14%) et revendique dĂ©sormais la direction du gouvernement.

- 'Droit et devoir de gouverner' -

"L'engagement a été pris au sein de la coalition: qui l'emporte peut gouverner", a lancé M. Salvini, avant de se rendre dans l'aprÚs-midi chez le magnat des médias de 81 ans. La coalition "est le vainqueur politique de ces élections. AprÚs cinq ans, elle représente la premiÚre force politique du pays" et doit pouvoir appliquer son programme, des baisses d'impÎts à la lutte contre l'immigration, a ensuite fait valoir M. Berlusconi dans un communiqué.
Mais le milliardaire ne s'est pas explicitement rangé derriÚre M. Salvini, appelant seulement à "renforcer la coalition qui devra obtenir le mandat de gouverner l'Italie".
Cette perspective est cependant mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S), qui devient le premier parti du pays avec un score de 32,6%, aprÚs une campagne dirigée contre la corruption et la "caste" politique italienne. "Nous avons la responsabilité de donner un gouvernement" à l'Italie, a assuré à la presse son chef de file, Luigi Di Maio, 31 ans. "Nous sommes une force politique qui représente toute la nation, du Val d'Aoste à la Sicile".
Alors que le M5S a toujours refusĂ© toute alliance, il s'est dit prĂȘt "Ă  discuter avec toutes les forces politiques" sur les thĂšmes de son programme: pauvretĂ© et gaspillage, immigration et sĂ©curitĂ©, emploi et dĂ©veloppement.
M. Salvini a lui aussi assuré qu'il parlerait "avec tout le monde" mais exclu toute "majorité étrange" avec le M5S.
A l'étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé ses "chaleureuses félicitations" à M. Salvini, tandis que le porte-drapeau du Brexit Nigel Farage a félicité ses "collÚgues" du M5S.
Le président français Emmanuel Macron a pour sa part expliqué ce résultat par la "forte pression migratoire" pesant sur l'Italie, qui s'est sentie seule face aux prÚs de 700.000 migrants débarqués depuis 2013.
La chanceliĂšre allemande Angela Merkel, elle-mĂȘme fragilisĂ©e en partie par cette pression, a appelĂ© Ă  la formation rapide d'une Ă©quipe dirigeante "pour le bien de l'Italie mais aussi de notre Europe commune".
A Bruxelles, la Commission européenne s'est dite "confiante" dans la possibilité de former un gouvernement stable.
Mais la possibilité d'une éventuelle grande coalition à l'allemande, sur laquelle misaient les responsables européens, s'éloigne avec la déroute du Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi, qui recueille juste 18,7% des voix, trÚs loin des 40% obtenus aux élections européennes de 2014. C'est d'ailleurs l'ensemble de la gauche qui boit la tasse: les frondeurs de Liberi e uguali (libres et égaux) sont à peine au-dessus de 3%.
Lundi soir, M. Renzi a annoncĂ© qu'il quittait la direction du PD aprĂšs cette dĂ©faite "claire et Ă©vidente" et a convoquĂ© un congrĂšs dans les prochaines semaines pour Ă©lire une nouvelle direction. Il a promis que le PD ne s'allierait avec "aucune forme d'extrĂ©misme" et ne serait pas "la bĂ©quille d'un gouvernement antisystĂšme". Lui-mĂȘme prĂ©fĂšre ĂȘtre dans l'opposition et promet de se contenter de son nouveau rĂŽle de sĂ©nateur de Florence.
A la Bourse de Milan, les investisseurs ont gardĂ© lundi une relative sĂ©rĂ©nitĂ© et la place financiĂšre a fini sur un lĂ©ger recul de 0,4%, mĂȘme si les valeurs bancaires et surtout Mediaset, l'empire mĂ©diatique de M. Berlusconi, ont Ă©tĂ© dĂ©laissĂ©es.

2018 AFP

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