Au premier regard, la lycorma delicatula ressemble Ă un beau papillon tachetĂ© et zĂ©brĂ© de noir, blanc et rouge.Mais cet insecte originaire d'Asie s'attaque Ă la flore et aux cultures des Etats-Unis, oĂč les autoritĂ©s s'activent pour endiguer sa propagation.
"Une bonne lycorma est une lycorma morte", lance sans ambages à l'AFP Amy Korman, entomologiste de l'école des sciences agricoles de l'université d'Etat de Pennsylvanie.
La Lycorma delicatula (ou fulgore tacheté) a été repérée en 2014 aux Etats-Unis, dans le comté cÎtier de Berks en Pennsylvanie, arrivée deux ans plus tÎt à bord d'une cargaison de pierres provenant d'Asie, d'aprÚs les scientifiques ayant remonté sa trace.
Elle ne menace pas les humains ni les animaux mais elle a causé des centaines de millions de dollars de dégùts au secteur agricole, alors qu'elle ne s'est propagée à ce stade que dans une quinzaine d'Etats de l'est des Etats-Unis.
Une étude de l'université de Pennsylvanie estimait en 2020 un coût annuel de 554 millions de dollars et la perte de prÚs de 5.000 emplois par an pour ce seul Etat, qui n'a pas réussi à circonscrire l'insecte malgré quarantaines et moult mobilisations.
La "lycorma est une trÚs bonne auto-stoppeuse", souligne Mme Korman, au sujet de cet insecte qui bondit plus qu'il ne vole malgré ses ailes spectaculaires et qui s'agrippe facilement.
"C'est un insecte trÚs sournois. C'est grùce à nous qu'il se répand. C'est nous qui l'emmenons à travers le pays, notamment ses oeufs", explique-t-elle.
Les oeufs -- de 30 à 50 grains de riz brunùtre alignés -- sont pondus sur des surfaces planes (troncs, pierres, voitures) et ont "survécu à des hivers trÚs rigoureux".
A l'Ăąge adulte, la lycorma aspire Ă l'aide d'une trompe la sĂšve des vĂ©gĂ©taux qui se retrouvent ainsi privĂ©s de cette substance nutritive cruciale. Lorsque plusieurs spĂ©cimens s'alimentent sur la mĂȘme plante, celle-ci pĂ©riclite.
- Friand de raisins -
Cet insecte à l'abdomen mesurant 25 mm de longueur par 15 mm de largeur se nourrit sur plus de 70 espÚces de plantes ornementales, d'arbres fruitiers, à coques et d'exploitations forestiÚres. Il a une appétence particuliÚre pour les vignes.
Les scientifiques ont constaté des essaims de dizaines, voire de centaines, d'individus sur un seul cep.
Des vignobles de Pennsylvanie et du Maryland ont perdu la moitié de leur production, entre la mort des plantes et le rendement moindre de celles ayant survécu à la curée.
"Nous avons perdu un millier de pieds de vigne", raconte à l'AFP Michael Fiore, propriétaire d'un vignoble du Maryland, au nord-est de Washington, envahi en 2022.
"Elles ont sucé toute l'énergie, elles sont comme des vampires", s'effare-t-il, confiant s'attendre à perdre encore la moitié de sa récolte cette année. "2022 était mauvais, 2023 l'est tout autant".
"Cela va prendre du temps de reconstituer les vignes", confie-t-il.
La flore est aussi affectĂ©e par les dĂ©jections de l'insecte, un miellat provoquant une moisissure appelĂ©e fumagine et qui, quand il recouvre les feuilles, empĂȘche la photosynthĂšse.
Plusieurs Etats ont missionné des scientifiques pour tenter de trouver un moyen d'éradication, une véritable course contre la montre car des modélisations prévoient son arrivée sur la cÎte Ouest vers 2027-2030.
D'immenses vignobles réputés se trouvent en Californie, sans parler de ses amandiers, ou encore des vergers de l'Oregon, plus au nord. Le Canada s'inquiÚte aussi.
L'industrie viticole californienne génÚre 170,5 milliards de dollars pour l'économie américaine et emploie 1,1 million de personnes, selon le Wine Institute, son organisme de représentation.
Le ministÚre américain de l'Agriculture a dévoilé en juin une stratégie à cinq ans pour étudier et combattre la lycorma.
"Nous n'arrivons pas à comprendre" son comportement, regrette Matthew Travis, chargé de la lutte contre les "SLF" --"spotted lanternflies", en anglais-- au ministÚre. "C'est un véritable défi pour nous".
"Nous ignorons encore beaucoup de choses, notamment concernant les changements de population d'une année sur l'autre et leur répartition", souligne-t-il, indiquant que des visites d'étude ont été menées en Asie "mais ils n'ont jamais vu les gros phénomÚnes que nous subissons".
Cela complique l'estimation des conséquences financiÚres sur le long terme.
Sur le terrain, des habitants organisent des patrouilles pour les tuer -- peu mobiles, elles sont assez faciles à écraser du pied mais leur taille rend la chose assez peu ragoûtante.
Le comté de Westchester, prÚs de New York, utilise des chiens renifleurs pour les oeufs et de puissants aspirateurs façon "SOS FantÎmes" pour les nymphes et les adultes.
Certains empoisonnent la sÚve de l'ailante glanduleux, un arbre invasif également originaire d'Asie trÚs apprécié de la lycorma, qui n'a pas de réel prédateur sur le continent américain.
AFP





