"L'affaire suscite un vif débat"

La manifestation pro palestinienne de samedi entre interdiction, recours et débat politique

  • PubliĂ© le 14 mai 2021 Ă  13:52
  • ActualisĂ© le 14 mai 2021 Ă  20:04
Manifestation pro palestinienne le 9 décembre 2017 à Paris

Les organisateurs de la manifestation en soutien au peuple palestinien prévue samedi à Paris espÚrent vendredi obtenir de la justice l'annulation de son interdiction, requise par le gouvernement et qui suscite un vif débat politique.

Pour contester l'arrĂȘtĂ© d'interdiction "injuste et abusif" pris jeudi soir par le prĂ©fet de police de Paris, les avocats de l'Association des Palestiniens en Ile-de-France ont dĂ©posĂ© un recours en rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© auprĂšs du tribunal administratif, ont-ils indiquĂ© Ă  l'AFP.

Celui-ci devrait l'examiner dans l'aprÚs-midi, ont précisé à l'AFP Me Sefen Guez Guez, Me Dominique Cochain et Me Ouadie Elhamamouchi, qui espÚrent une décision dans la journée. "La France est la seule démocratie à interdire une telle manifestation!", souligne Me Guez Guez, en dénonçant une atteinte à la liberté d'expression" totalement "disproportionnée". Il déplore également le caractÚre "politique" de cette décision "prise à la demande du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin".

Pour motiver son arrĂȘtĂ© d'interdiction, le prĂ©fet de police de Paris, Didier Lallement, a pointĂ© "un risque sĂ©rieux" de "troubles graves Ă  l'ordre public", ainsi que d'"exactions contre des synagogues et intĂ©rĂȘts israĂ©liens". Et mis en avant, comme M. Darmanin, le prĂ©cĂ©dent de 2014, lorsqu'une manifestation pro palestinienne Ă  Paris avait dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en heurts.

"Depuis 2014, il y a eu plein de manifestations de défense de la cause palestinienne qui se sont déroulées sans aucun problÚme", répond Me Guez Guez.
L'Association des Palestiniens en Ile-de-France avait "condamné cette interdiction" jeudi soir auprÚs de l'AFP par la voix de l'un de ses responsables, Walid Atallah, qui a dénoncé la "complicité de la France avec l'Etat d'Israël".

"La France garantit les libertĂ©s d'expression et de manifester, et la Palestine ne doit pas ĂȘtre une exception", a-t-il soulignĂ©. "Un peuple reçoit des bombes sur la tĂȘte, des dizaines de civils sont tuĂ©s, et on n'aurait pas le droit de dire qu'on n'est pas d'accord?"

- "Provocation" -

La manifestation était au départ prévue pour commémorer la Nakba, l'exode de centaines de milliers de Palestiniens à la création d'Israël en 1948. Avant que la flambée de violence en Israël et dans la bande de Gaza de ces derniers jours ne vienne dessiner la perspective d'un rassemblement important. Les organisateurs comptaient notamment y dénoncer la position de la France, jugée trop favorable à Israël, et lui demander de "condamner plus fermement les bombardements qui tuent des civils à Gaza", selon M. Atallah.

Gérald Darmanin a demandé jeudi aux préfets de suivre de prÚs les rassemblements prévus dans d'autres villes de France, de ne pas hésiter à les interdire si nécessaire, et d'assurer la protection des lieux fréquentés par la communauté juive.

L'affaire suscite un vif dĂ©bat dans la classe politique entre soutiens de la demande du gouvernement - dans la majoritĂ©, Ă  droite et Ă  l'extrĂȘme droite - et ceux qui dĂ©noncent une interdiction "inacceptable", menĂ©s par La France insoumise (LFI).

L'ancien Premier ministre, Manuel Valls, qui a apportĂ© cette semaine son soutien Ă  IsraĂ«l, a approuvĂ© une "dĂ©cision grave mais justifiĂ©e", estimant qu'"une partie de la gauche ou l'extrĂȘme gauche prend prĂ©texte de ce conflit pour justifier l'antisĂ©mitisme". Le dĂ©putĂ© LREM de Paris Sylvain Maillard a estimĂ© l'interdiction "dure", "grave", "mais nĂ©cessaire pour prĂ©server l'ordre public".

L'interdiction a également été approuvée du cÎté des Républicains et du Rassemblement national. "Il est hors de question d'importer sur notre sol" le conflit israélo-palestinien, a abondé vendredi sur BFMTV le numéro deux de LR, Guillaume Peltier. "Il vaut mieux qu'il n'y ait pas de manifestations", notamment pour éviter des "provocations antisémites", a abondé sur CNews le porte-parole du RN, Sébastien Chenu.

"Monsieur Darmanin suscite des risques de violences, c'est une provocation de sa part", a estimé de son cÎté sur France 2 le député LFI de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, ajoutant: "C'est un conflit géopolitique, le problÚme, c'est un peuple colonisé qui a sa capitale occupée contre toutes les résolutions de l'ONU".

Les affrontements entre le Hamas et Israël avaient fait vendredi matin plus de 100 morts à Gaza, enclave palestinienne sous blocus israélien contrÎlée par le Hamas, et huit cÎté israélien, et ne montrait aucun signe d'apaisement.

AFP

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