Coronavirus

La peur arrive aux confins de l'Amazonie

  • PubliĂ© le 20 mars 2020 Ă  11:04
  • ActualisĂ© le 20 mars 2020 Ă  11:18
Un garçonnet Ă  Carauari, une ville au coeur de la forĂȘt amazonienne, au BrĂ©sil, le 16 mars 2020

Au coeur de la forĂȘt amazonienne, Ă  une semaine de bateau de Manaus, Carauari est une des villes les plus reculĂ©es au monde, mais cet isolement ne l'immunise pas contre la panique mondiale autour du coronavirus.

Avec ses maisons multicolores sur pilotis, éparpillées autour des méandres d'eau marron du fleuve Jurua, affluent de l'Amazone prenant sa source au Pérou, cette localité de l'ouest du Brésil est à l'opposé des mégalopoles densément peuplées comme Rio de Janeiro ou Sao Paulo. Ses 29.000 habitants se répartissent sur un immense territoire de 26.000 km2, 17 fois plus grand que celui de Sao Paulo, la ville la plus peuplée du pays, pour une densité 7.000 fois moins forte.
Aucune route terrestre ne la relie au reste du monde.

Pour s'y rendre, il faut prendre un vol de trois heures depuis Manaus, capitale de l'Etat d'Amazonie, d'oĂč on peut Ă©galement voyager vers Carauari en bateau, un pĂ©riple de sept jours. Au dĂ©but, la pandĂ©mie de Covid-19 n'Ă©tait qu'un problĂšme lointain dont les habitants entendaient parler dans les mĂ©dias. Mais depuis l'annonce du premier cas Ă  Manaus, il y a une semaine, le vent de panique a commencĂ© Ă  souffler au fin fond de la forĂȘt, dans une zone dĂ©jĂ  traumatisĂ©e par des hĂ©catombes causĂ©es par des Ă©pidĂ©mies venues de l'extĂ©rieur.

- Isolement renforcé -

"Je suis nĂ©e ici, j'ai vĂ©cu Ă  Carauari toute ma vie. Je viens d'avoir 80 ans mais je n'avais jamais rien vu de tel", explique Ă  l'AFP Raimunda da Silva dos Santos, qui habite prĂšs du port fluvial. À prĂ©sent, comme dans le reste du monde, les habitants de Carauari sont obsĂ©dĂ©s par la prĂ©vention contre le Covid-19.
"On prie Dieu pour que l'épidémie n'arrive pas ici. On fait ce qu'on peut, on se lave souvent les mains, comme ils le disent à la télé", raconte José Barbosa das Gracas, 52 ans.

Les autoritĂ©s sanitaires locales craignent d'ĂȘtre dĂ©bordĂ©es, l'hĂŽpital de Carauari ne comptant que 50 lits. "Le fait que notre ville soit difficile d'accĂšs est un avantage pour le moment, parce que cela rĂ©duit les risques de contamination, mais ça veut dire aussi qu'on aura du mal Ă  Ă©vacuer des patients ailleurs si nĂ©cessaire", explique Manoel Brito, directeur de l'hĂŽpital.

Depuis mardi, tout passager arrivant par avion ou par bateau est examinĂ© avec soin par les services de santĂ© municipaux. Des restrictions plus sĂ©vĂšres pourraient ĂȘtre mises en place Ă  l'avenir, affectant l'approvisionnement de la ville, qui se retrouverait encore plus coupĂ©e du monde. Les habitants dĂ©pendent du transport fluvial pour obtenir des mĂ©dicaments, certains aliments et tout type de biens non produits sur place. "Ce sera compliquĂ© de survivre, on dĂ©pend de ces bateaux", dit Luciano da Silva, pĂȘcheur de 32 ans, en dĂ©chargeant son canot sur les rives du Jurua.

- Les indigÚnes vulnérables -

Le nouveau coronavirus est également une source de préoccupation pour les peuples indigÚnes d'Amazonie, qui ont déjà beaucoup souffert au contact du monde extérieur. Les maladies amenées par les colonisateurs européens ont décimé prÚs de 95% des autochtones d'Amérique. L'Etat d'Amazonie a décrété l'état d'urgence, interdisant notamment l'entrée de visiteurs venus de l'extérieur dans les territoires indigÚnes.

L'Assemblée des Peuples IndigÚnes du Brésil (APIB), qui avait organisé en janvier une grande rencontre de dizaines de caciques venus de toute l'Amazonie pour se mobiliser contre la politique environnementale du président Jair Bolsonaro, a été contrainte d'annuler plusieurs rassemblements. "La situation des indigÚnes est trÚs délicate, surtout pour les peuples isolés", déplore Maria Baré, 40 ans, leader communautaire du peuple Baré, qui s'est établi sur les rives du Rio Negro, un autre affluent de l'Amazone. "Qu'il s'agisse du Covid-19 ou de toute autre maladie à laquelle on n'a pas encore été exposé, c'est une menace pour notre santé et notre vie", conclut-elle.

AFP

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