Le premier flic de France a un nouveau visage: Eric Morvan, ex-numĂ©ro deux du cabinet de Bernard Cazeneuve, succĂšde Ă Jean-Marc Falcone Ă la tĂȘte de la direction gĂ©nĂ©rale de la police nationale (DGPN), sur fond de menace terroriste persistante et de malaise policier.
La nomination à ce poste stratégique de M. Morvan, qui occupait les fonctions de préfet des Pyrénées-Atlantiques depuis septembre 2016, constitue tout sauf une surprise puisque son nom circulait avec insistance depuis plusieurs semaines.
Sa promotion Ă la tĂȘte des quelque 150.000 fonctionnaires de la police nationale s'intĂšgre dans un vaste mouvement de renouvellement de la hiĂ©rarchie policiĂšre, prĂ©vu de longue date mais qui prend un nouveau relief avec la mise en oeuvre dĂ©cidĂ© par Emmanuel Macron d'un "spoil system" Ă la tĂȘte des grandes administrations, visant Ă s'assurer de disposer de personnalitĂ©s loyales pour appliquer son projet.
Avant lui, Laurent Nuñez avait succédé à Patrick Calvar comme directeur général de la sécurité intérieure (DGSI).
Pur produit de la "préfectorale", Eric Morvan, 60 ans, passé par la préfecture de police de Paris, fut le directeur adjoint du cabinet de Bernard Cazeneuve à Beauvau d'avril 2014 à septembre 2016.
C'est Ă cette Ă©poque qu'il travaille avec le DGPN sortant, Jean-Marc Falcone, dont les trois annĂ©es "hors norme" Ă la tĂȘte de l'institution policiĂšre sont marquĂ©es par une sĂ©rie d'attentats jihadistes sans prĂ©cĂ©dent dont plusieurs ont visĂ© spĂ©cifiquement des policiers comme le 13 juin 2016 Ă Magnanville (Yvelines).
L'une de ces attaques, le 14 juillet 2016 à Nice, entraßnera une vive polémique sur les conditions de sécurisation de la Promenade des Anglais qui obligera M. Falcone à monter en premiÚre ligne pour défendre la police nationale.
Jean-Marc Falcone sera Ă nouveau sous le feu des projecteurs lors de l'inĂ©dit mouvement de grogne des policiers de l'automne 2016. L'une des images fortes de cette mobilisation est restĂ©e la manifestation devant le siĂšge de la police Ă Evry oĂč, sous une bordĂ©e de huĂ©es et de slogans hostiles, la voiture du DGPN a difficilement fendu une foule de policiers en colĂšre.
- "Police de sécurité du quotidien" -
Outre la lutte contre le terrorisme, la mission de Jean-Marc Falcone à la DGPN restera marquée par l'adoption d'un protocole de valorisation des carriÚres, des compétences et des métiers, présenté comme "historique" en avril 2016 et d'un plan "sécurité publique" avec la promesse de moyens nouveaux pour la police.
Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a salué dans un communiqué, son "action admirable, dans des circonstances souvent difficiles".
Il a également fixé la feuille de route de son successeur qui "devra engager plusieurs réformes d'importance", notamment la mise en place d'"une police de sécurité du quotidien", la recherche d'une "meilleure complémentarité avec les autres acteurs de la sécurité" et la poursuite des efforts pour améliorer les moyens matériels et les équipements de la police .
Il devra aussi "ĂȘtre force de proposition" en vue de la rĂ©forme de la procĂ©dure pĂ©nale.
Le DGPN est "un acteur puissant dans une maison fragmentée", analyse l'universitaire Jacques de Maillard, directeur adjoint du centre de recherche sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).
L'un de ses principaux chantiers "sera de rendre opérationnelles les réformes, notamment la police de sécurité du quotidien", analyse le chercheur.
Sur fond de malaise policier persistant, il "devra mettre en place une doctrine améliorant les relations de la police avec la population et le faire sans braquer les policiers et leurs représentants", relÚve Jacques de Maillard.
"Le tout avec des moyens relativement limités", complÚte l'universitaire, selon qui la question des moyens, sur fond de réduction des déficits, va devenir "centrale".
AFP
