Covid-19

"La seule chose qui m'angoisse, c'est le silence", confesse un vieux Romain

  • PubliĂ© le 19 mars 2020 Ă  14:47
  • ActualisĂ© le 19 mars 2020 Ă  14:57
Les rues désertes de Rome, ici la Via del Corso, prÚs du Palais Chigi, le 16 mars 2020

AccoudĂ© Ă  sa fenĂȘtre, Roberto regarde Ă  droite puis Ă  gauche, mais sa petite rue au c?ur de Rome, oĂč se pressent habituellement touristes et habitants de ce quartier antique, reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide.

Depuis la décision drastique du gouvernement de confiner les Italiens chez eux, Roberto Fichera, un fringant octogénaire à l'abondante chevelure blanche, ne sort de chez lui que pour l'essentiel: "les courses, et un saut de temps en temps à la pharmacie pour mes médicaments".

Alors que l'Italie est un pays de sĂ©niors, le plus vieux d'Europe selon les statistiques, et que peu d'entre eux vivent en maisons de retraites, la question de leur isolement se pose avec acuitĂ©. Heureusement pour Roberto, le quartier de Monti oĂč il vit, entre le ColisĂ©e et la gare centrale de Termini, est bien pourvu en commerces et il peut tout faire Ă  pied, "une bĂ©nĂ©diction" pour lui qui vit seul et n'a pas le permis de conduire.

"Je fais la queue comme tout le monde en respectant la distance de sĂ©curitĂ©, mais souvent on me laisse passer devant vu mon grand Ăąge, et je l'accepte volontiers, pour une fois qu'ĂȘtre vieux a un avantage", lance-t-il en riant aux Ă©clats. Pour le moment, il supporte bien ce confinement forcĂ© : "Je suis casanier et j'aime bien m'occuper chez moi, donc j'ai commencĂ© par faire un grand mĂ©nage de printemps, qui m'a occupĂ© plusieurs jours".

"Evidemment, j'ai dû renoncer à certaines choses, comme une expédition avec un ami chez Ikea pour m'acheter une nouvelle table, mais je survivrai!", plaisante ce jeune homme de 84 ans. Il faut le pousser dans ses retranchements pour qu'il consente à reconnaßtre que cette situation extraordinaire a bouleversé son quotidien. "La seule chose qui m'angoisse, c'est le silence!" admet-il.

"On n'entend pas un bruit, pas une voiture, les rues sont vides... Quand on sort marcher et qu'on entend des pas derriĂšre soi, on a presque peur et on se retourne inquiet", dit-il."On entend mĂȘme les oiseaux chanter, en plein centre, vous vous rendez compte?", s'exclame-t-il incrĂ©dule.

- "Bons petits plats" -

La nuit, il dort comme un loir : couché vers 01H00 du matin, il se lÚve vers 09H00, et tous les matins il s'ausculte, car les anciens, plus fragiles, sont la cible privilégiée du coronavirus: les morts italiens ont un ùge moyen de prÚs de 80 ans. "Pas de fiÚvre, pas de toux... tout va bien!", se rassure-t-il.

De l'autre cĂŽtĂ© du Tibre, dans le quartier de Trastevere, Carla Basagni, artiste peintre et poĂ©tesse Ă  ses heures, passe elle aussi beaucoup de temps Ă  sa fenĂȘtre via della Lungaretta, la rue principale reliant l'arrĂȘt du tramway Ă  la place de Santa Maria in Trastevere et sa majestueuse fontaine.

D'habitude, c'est un flux continu de touristes, musiciens de rue et vendeurs Ă  la sauvette. Aujourd'hui c'est le dĂ©sert. Alors Carla, longue silhouette fragile aux grand yeux rĂȘveurs, se rĂ©fugie dans la lecture. "Les librairies sont fermĂ©es donc je ne peux pas m'acheter de livres, mais j'ai eu une idĂ©e : je relis les livres qui m'ont ouvert l'esprit et le coeur. Il suffit de les chercher et ils rĂ©apparaissent comme par enchantement sur mes Ă©tagĂšres", raconte-t-elle. "Et encore une fois ils m'aident Ă  me souvenir que le temps est de notre cĂŽtĂ©, il faut juste savoir ĂȘtre patient!", dit-elle.

En attendant, Carla, qui vit seule elle aussi, se dĂ©mĂšne comme elle peut pour rester en forme: "Je fais des exercices chez moi. Je bois de l'eau au moins cinq fois par jour, et trĂšs peu de vin, mĂȘme si j'aime beaucoup ça!".

"Du coup, j'ajoute parfois dans mon eau un peu d'Aperol (alcool italien servant notamment Ă  la confection des fameux spritz, ndlr) pour lui donner une belle couleur rouge", avoue-t-elle avec un air mutin.

"Je me fais aussi des bons petits plats", ajoute cette épicurienne, qui se change aussi les idées en écrivant des poésies "qui sont comme des berceuses, celles que les enfants préfÚrent aux histoires d'adultes, sinon ils restent dans leur chambre...".

AFP

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