Courte majorité selon les sondages

La Suisse vote sur l'initiative anti-burqa

  • PubliĂ© le 7 mars 2021 Ă  11:53
  • ActualisĂ© le 7 mars 2021 Ă  12:37
Des affiches de campagne en faveur de l'interdiction de la burqa et contre l'accord commercial avec l'Indonésie, le 1er mars 2021 à GenÚve

Les Suisses doivent décider ce dimanche d'adopter ou non l'interdiction de se dissimuler le visage, une mesure qui vise les rares femmes qui portent le niqab dans le pays alpin.

Les sondages donnent une courte majorité à cette intitiative, qui vient aprÚs des années de débat. Si le oui devait l'emporter, la Suisse rejoindrait la France, l'Autriche, la Bulgarie, la Belgique et le Danemark en bannissant le voile intégral.

Si le texte n'Ă©voque ni la burqa - une sorte de longue piĂšce de tissu qui couvre les femmes de la tĂȘte aux pieds et munie d'une fente grillagĂ©e Ă  hauteur des yeux - ni le niqab, qui couvre entiĂšrement le corps et le visage Ă  l'exception des yeux, tout le monde comprend qui est visĂ©.

Les slogans sur les affiches de campagne Îtent tout doute: "Stopper l'islamisme radical ou "Stopper l'extrémisme", et montrent des femmes en niqab.

Les affiches des opposants au oui exhortent, eux, à voter "non à une loi +anti-burqa+ islamophobe, absurde et inutile". Si le oui devait l'emporter, il sera alors interdit de se couvrir complÚtement le visage en public, mais des exceptions sont prévues pour les lieux de culte par exemple.

- Contre-proposition -

"En plus d'ĂȘtre inutile, ce texte est raciste et sexiste. Nous pensons qu'en 2021, en tant que fĂ©ministes, il n'est pas acceptable que la Constitution suisse ait un article qui prescrive ou interdise une tenue aux femmes quelle qu'elle soit", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Ines El Shikh, porte-parole du collectif de fĂ©ministes musulmanes "Les foulards violets".

Pour Mme El Shikh, le projet de loi crĂ©e l'illusion d'un problĂšme lĂ  oĂč il n'y en a pas et concerne quelques dizaines de femmes seulement. "La cible de l'initiative, ce ne sont pas les musulmans, nous ne remettons pas en cause leurs pratiques religieuses", affirme Ă  l'AFP Jean-Luc Addor, le porte-parole du oui et membre du parti de la droite populiste UDC. Pour lui, il s'agit de dĂ©fendre "les valeurs de notre civilisation".

Le camp du oui reste en tĂȘte mais son avance initialement confortable dans les sondages a fondu depuis janvier. Le gouvernement fĂ©dĂ©ral et le parlement s'opposent Ă  cette mesure en arguant que l'initiative s'attaque Ă  un problĂšme qui n'existe pas.

Leur contre-proposition - qui serait immĂ©diatement adoptĂ©e en cas d'Ă©chec du oui - obligerait les gens Ă  montrer leur visage Ă  partir du moment oĂč les autoritĂ©s l'exigent Ă  fin d'identification, aux frontiĂšres par exemple.

Des amendes allant jusqu'Ă  10.000 francs suisses (un peu plus de 9.000 euros) peuvent ĂȘtre infligĂ©es aux contrevenants. La trĂšs grande majoritĂ© des femmes qui portent le niqab sont des touristes. Il n'Ă©tait pas rare avant la pandĂ©mie de coronavirus de les apercevoir dans les boutiques de luxe du centre de GenĂšve en train d'y faire des emplettes.

- Huile de palme -

La population doit par ailleurs se prononcer sur deux autres sujets dont, pour la premiÚre fois, un accord commercial, en l'occurrence avec l'Indonésie.

Le plus grand pays musulman du monde est un immense marché trÚs prometteur, mais c'est l'huile de palme - à la réputation écologique sulfureuse - qui focalise le débat.

Signé en 2018 et approuvé par le parlement suisse en 2019, cet accord prévoit l'abolition des droits de douanes sur une grande partie des produits échangés avec l'Indonésie ainsi qu'un ensemble de rÚgles régissant les échanges de services, la propriété intellectuelle et les investissements.

Les opposants fustigent la dĂ©forestation, les violations des droits humains et de l'environnement mais aussi les critĂšres de certification de l'huile de palme eux-mĂȘmes, que contient l'accord. Un sondage en fĂ©vrier donnait un net avantage Ă  l'adoption du texte (Ă  52% contre 42%).

Le dernier référendum porte sur l'adoption d'une identité électronique approuvée par l'Etat fédéral qui permettrait de faciliter et sécuriser de nombreuses démarches en ligne. Elle serait octroyée sur une base volontaire auprÚs d'une entreprise agréée par l'Etat fédéal. Et c'est là que le bùt blesse pour les opposants qui s'inquiÚtent de livrer à des entreprises privées l'accÚs à des informations sensibles.

Les résultats sont attendus dans l'aprÚs-midi, les bureaux de vote fermant tous à 11H00 GMT. La grande majorité des Suisses votent à l'avance.

AFP

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