Dramatique

La Terre a perdu 60% de ses animaux sauvages en 44 ans

  • PubliĂ© le 30 octobre 2018 Ă  10:35
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2018 Ă  13:28
Un Ă©lĂ©phant traverse une route Ă  Baragoan, dans l'État indien du Guwahati, le 9 aoĂ»t 2018

MammifÚres, oiseaux, poissons... sous la pression de l'homme, la Terre a vu ses populations de vertébrés sauvages décliner de 60% entre 1970 et 2014, annonce le Fonds mondial pour la nature (WWF) dans un bilan plus alarmant à chaque édition.

"PrĂ©server la nature ce n'est pas juste protĂ©ger les tigres, pandas, baleines, que nous chĂ©rissons", souligne le directeur du WWF, Marco Lambertini. "C'est bien plus vaste: il ne peut y avoir de futur sain et prospĂšre pour les hommes sur une planĂšte au climat dĂ©stabilisĂ©, aux ocĂ©ans Ă©puisĂ©s, au sol dĂ©gradĂ© et aux forĂȘts vidĂ©es, une planĂšte dĂ©pouillĂ©e de sa biodiversitĂ©".

Le déclin de la faune concerne tout le globe, avec des régions particuliÚrement affectées, comme les Tropiques, selon le 12e rapport "PlanÚte vivante", publié mardi avec la Société zoologique de Londres et basé sur le suivi de 16.700 populations (4.000 espÚces). Le 10e rapport faisait état de -52% entre 1970 et 2010. Rien ne semble freiner l'effondrement des effectifs, à -60% désormais.

La zone Caraïbe/Amérique du sud affiche un bilan "effrayant": -89% en 44 ans. Amérique du nord + Groënland s'en sortent un peu mieux, avec une faune à -23%. La vaste zone Europe, Afrique du nord et Moyen-Orient est à -31%. Explication premiÚre, la perte des habitats, avec l'agriculture intensive, l'extraction miniÚre, l'urbanisation... qui poussent à la déforestation, à l'épuisement ou à l'artificialisation des sols.

Au BrĂ©sil, qui vient d'Ă©lire un prĂ©sident dont le programme n'Ă©voque ni la dĂ©forestation ni le rĂ©chauffement, la forĂȘt amazonienne rĂ©trĂ©cit toujours plus, comme la savane du Cerrado, au profit du soja et de l'Ă©levage bovin. Mondialement, seuls 25% des sols sont exempts de l'empreinte de l'homme; en 2050 ce ne sera plus que 10%, selon les scientifiques de l'IPBES (le "Giec de la biodiversitĂ©"). S'ajoutent Ă  cela surpĂȘche, braconnage, pollutions, espĂšces invasives, maladies, dĂ©rĂšglement climatique...

- "Notre chance" -

"La disparition du capital naturel est un problĂšme Ă©thique, elle a aussi des consĂ©quences sur notre dĂ©veloppement, nos emplois, et on commence Ă  le voir", souligne le DG du WWF France Pascal Canfin. "On pĂȘche moins qu'il y a 20 ans car le stock diminue. Le rendement de certaines cultures commence Ă  baisser; en France celui du blĂ© stagne depuis les annĂ©es 2000," dit-il: "Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis". Les "services rendus par la nature" (eau, pollinisation, stabilitĂ© des sols, etc) ont Ă©tĂ© estimĂ©s par des Ă©conomistes Ă  125.000 milliards de dollars annuels, soit une fois et demi le PIB mondial.

Chaque année, le "jour du dépassement" avance, ce jour à partir duquel le monde a consommé toutes les ressources que la planÚte peut renouveler en un an. En 2018 c'était le 1er août. Et pourtant "l'avenir des espÚces semble ne pas retenir suffisamment l'attention des dirigeants", s'alarme le WWF pour qui il faut "relever le niveau d'alerte", provoquer un vaste mouvement comme ce fut le cas pour le climat. "Que tout le monde comprenne que le statu quo n'est pas une option".
Un combat d'autant plus gratifiant que les efforts peuvent payer vite, comme l'a montré le retour du tigre au Népal, du thon rouge de l'Atlantique ou du saumon de la Loire...

"Nous sommes la premiĂšre gĂ©nĂ©ration Ă  avoir une vision claire de la valeur de la nature et de notre impact sur elle. Nous pourrions aussi ĂȘtre la derniĂšre Ă  pouvoir inverser la tendance", prĂ©vient le WWF, qui appelle Ă  agir d'ici 2020, "un moment dĂ©cisif dans l'histoire", "une fenĂȘtre sans prĂ©cĂ©dent qui se refermera vite". Cette annĂ©e-lĂ  les Etats seront appelĂ©s Ă  renforcer leurs engagements pour rĂ©duire les gaz Ă  effet de serre, et aussi Ă  s'accorder pour protĂ©ger la nature lors d'une confĂ©rence spĂ©ciale Ă  PĂ©kin -- avec pour objectif "zĂ©ro perte nette de biodiversitĂ© en 2030", souhaite le WWF.

"Nous devons passer urgemment à une société neutre en CO2, renverser la perte de nature - via la finance verte, les énergies propres, une autre production agroalimentaire - restaurer suffisamment de sols et d'océan", liste Marco Lambertini. "Peu de personnes ont eu la chance de participer à de vraies transformations historiques. C'est notre chance".

- © 2018 AFP

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