Avant l'investiture d'Erdogan

La Turquie limoge 18 000 fonctionnaires

  • PubliĂ© le 8 juillet 2018 Ă  14:03
  • ActualisĂ© le 8 juillet 2018 Ă  14:54
Le président turc Recep Tayyip Erdogan passe en revue la garde d'honneur à son arrivée au Parlement, le 7 juillet 2018 à Ankara

Plus de 18 000 fonctionnaires ont été limogés en Turquie parmi lesquels de nombreux membres des forces de l'ordre, mais aussi des enseignants et universitaires, avant l'investiture lundi du président Recep Tayyip Erdogan et une probable levée de l'état d'urgence en vigueur depuis deux ans aprÚs le coup d'Etat manqué.

Au total, 18.632 personnes, dont plus de 9.000 fonctionnaires de police et 6.000 membres des forces armées, ont vu leur nom dans le décret-loi publié dimanche dans le Journal officiel. Par ailleurs, environ 1.000 employés du ministÚre de la Justice et 650 du ministÚre de l'Education ont également été renvoyés.

Ce décret-loi est présenté comme le dernier pris sous l'état d'urgence instauré au lendemain du putsch manqué de juillet 2016 et sans cesse renouvelé depuis. La derniÚre période se termine officiellement le 19 juillet. Ces purges sont vivement critiquées par les ONG de défense des droits de l'Homme et l'opposition, qui y voient une tentative de faire taire toute voix critique.

Le gouvernement défend de son cÎté ces mesures les jugeant nécessaires pour lutter contre la "menace terroriste" au sein des structures publiques. Les médias turcs affirment que ce régime d'exception sera levé lundi aprÚs la prestation de serment du président Erdogan réélu le 24 juin pour un nouveau mandat, et dont la levée de l'état d'urgence était l'une des promesses de campagne.

Lundi marquera Ă©galement l'entrĂ©e en vigueur d'un systĂšme prĂ©sidentiel en vertu d'une rĂ©vision constitutionnelle adoptĂ©e par rĂ©fĂ©rendum en avril 2017. Sous ce nouveau systĂšme, l'ensemble des pouvoirs exĂ©cutifs reviennent au prĂ©sident, qui pourra notamment promulguer des dĂ©crets prĂ©sidentiels. "Le nouveau gouvernement sera annoncĂ© lundi, le cabinet commencera Ă  travailler et l'Ă©tat d'urgence va ĂȘtre levĂ©", a dĂ©clarĂ© la semaine derniĂšre le Premier ministre sortant Binali Yildirim.

Mandats d'arrĂȘt

Selon l'ONG Human Rights Joint Platform (Ihop), 112.679 personnes avaient été limogées au 20 mars 2018, dont plus de 8.000 dans les forces armées, environ 33.000 parmi le personnel du ministÚre de l'Education et 31.000 au sein du ministÚre de l'Intérieur, dont 22.600 au sein de la Direction générale de la Sûreté.

Des milliers d'autres ont été suspendues. Les autorités turques ont accusé le prédicateur musulman Fethullah Gulen basé aux Etats-Unis d'avoir orchestré le coup d'Etat et ont procédé à des limogeages de personnes accusées de liens présumés avec lui.Le gouvernement qualifie le mouvement d'"organisation terroriste Fethullah" ce que le prédicateur nie en insistant sur le caractÚre pacifique de l'organisation.

Selon le gouvernement, 77.000 des personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es pour des liens prĂ©sumĂ©s avec Gulen et la rĂ©pression ne semble pas faiblir avec des mandats d'arrĂȘt Ă©mis vendredi contre 346 membres des forces armĂ©es soupçonnĂ©s de liens avec les instigateurs prĂ©sumĂ©s du putsch manquĂ©.

Journaux fermés

Des milliers de personnes ont Ă©tĂ© Ă©galement suspendues, renvoyĂ©es ou arrĂȘtĂ©es pour liens prĂ©sumĂ©s avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mĂšne une rĂ©bellion sanglante contre la Turquie depuis 1984. Le PKK est considĂ©rĂ© comme une organisation terroriste par Ankara, mais aussi par l'UE et les Etats-Unis.

Par ailleurs, 12 associations, 3 journaux et une chaßne de télévision ont été fermés par décret dimanche.

Parmi les journaux sanctionnés figurent le quotidien en langue kurde Welat édité dans la province de Diyarbakir (sud-est) ainsi que le journal prokurde Ozgurlukcu Demokrasi dont les locaux à Istanbul avaient été perquisitionnés par la police en mars.

- © 2018 AFP

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