Coup d'Etat au Mali

L'Afrique de l'Ouest se penche sur une situation "grave"

  • PubliĂ© le 20 aoĂ»t 2020 Ă  18:10
  • ActualisĂ© le 20 aoĂ»t 2020 Ă  18:14
Des militaires maliens dans les rues de Bamako le 19 août 2020

Les dirigeants de la Communauté économique des Etats d?Afrique de l?Ouest (Cédéao) se penchaient jeudi sur la situation au Mali, jugée "grave", trois jours aprÚs le coup d'Etat qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, toujours aux mains des militaires putschistes.

"Nous avons devant nous une situation grave dont les conséquences sécuritaires sur notre région et sur le Mali sont évidentes", a déclaré le président en exercice de la Cédéao, le nigérien Mahamadou Issoufou, dans son discours d'ouverture de ce sommet virtuel, dont l'AFP a obtenu une copie. "Cette situation nous interpelle. Elle nous montre le chemin qui reste à parcourir pour la mise en place d'institutions démocratiques fortes dans notre espace" sahelien, a déclaré M. Issoufou.

Le président du Niger voisin du Mali, a rappelé qu'en 2012, un coup d'Etat à Bamako "avait permis aux organisations terroristes et criminelles d'occuper pendant plusieurs semaines les 2/3 du territoire malien". Il a demandé à ses pairs d'"examiner les différentes mesures (...) dans la perspective d'un retour rapide à l'ordre constitutionnel". La Cédéao a d'ores et déjà condamné le coup d'Etat ayant renversé mardi le président Keïta et suspendu le Mali de ses rangs, comme l'Union africaine (UA).

Le prĂ©sident KeĂŻta, dit IBK, Ă©lu en 2013 puis réélu en 2018 pour cinq ans, faisait face depuis des mois Ă  une contestation sans prĂ©cĂ©dent depuis le coup d'Etat de 2012. Il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par des militaires putschsites avec son Premier ministre Boubou CissĂ© et d'autres responsables civils et militaires qui Ă©taient toujours dĂ©tenus jeudi Ă  la mi-journĂ©e.

IBK a Ă©tĂ© contraint d'annoncer sa dĂ©mission et la dissolution de l'AssemblĂ©e nationale et du gouvernement dans la nuit de mardi Ă  mercredi. Les militaires, pour la plupart des hauts gradĂ©s, ont annoncĂ© dans la foulĂ©e que le pays Ă©tait dorĂ©navant dirigĂ© par un ComitĂ© national pour le salut du peuple (CNSP), avec Ă  sa tĂȘte un colonel, Assimi GoĂŻta, et a promis d'organiser des Ă©lections dans un "dĂ©lai raisonnable".

A Bamako, des soldats étaient postés jeudi devant la cité administrative, qui abrite la plupart des ministÚres, a constaté un correspondant de l'AFP. Mais les habitants, qui ont généralement bien accueilli le changement de régime, vaquaient normalement à leurs occupations, notamment sur les marchés ouverts.

La Cédéao a échoué a résoudre crise qui opposait depuis les législatives contestées de mars-avril IBK à une coalition hétéroclite d'opposants politiques, de religieux et de membres de la société civile. Elle avait prÎné la mise en place d'un gouvernement d'union nationale mais fait du départ forcé du président Keïta une "ligne rouge" à ne pas franchir.

La coalition d'opposition, baptisĂ©e "Mouvement du 5 juin", s'est fĂ©licitĂ©e mercredi du putsch, estimant qu'il avait "parachevĂ©" son combat contre le prĂ©sident KeĂŻta, et s'est dite prĂȘte Ă  Ă©laborer avec la junte une transition politique.

- "FĂȘter la victoire du peuple" -

Elle compte organiser vendredi de grands rassemblements pour "fĂȘter la victoire du peuple malien". A l'instar de l'ONU, de la France ou des Etats-Unis, l'ONG Amnesty international a appelĂ© jeudi les auteurs du coup d'Etat Ă  la libĂ©ration immĂ©diate des personnalitĂ©s arrĂȘtĂ©es. Elle a Ă©galement rĂ©clamĂ© une enquĂȘte sur la mort de quatre personnes lors des Ă©vĂ©nements de mardi, alors que la junte a affirmĂ© que son intervention n'avait fait aucune victime.

"Nous avons recensé quatre morts le 18 août au soir et 15 blessés. Toutes les victimes ont été touchées par balles", a déclaré Samira Daoud, directrice pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale d'Amnesty. Le nouvel homme fort du Mali, un officier d'une quarantaine d'années issu des meilleures écoles militaires du pays, dirigeait jusqu'à présent les forces spéciales dans le centre du pays, une région en proie depuis 2015 une multitude d'attaques jihadistes qui ont causé de lourdes pertes civiles et au sein de l'armée malienne.

Ces attaques, mĂȘlĂ©es Ă  des violences intercommunautaires, ont dĂ©bordĂ© sur les pays voisins, Niger et Burkina Fasso. Le colonel GoĂŻta a justifiĂ© mercredi l'intervention des militaires par la "crise socio-politique, sĂ©curitaire" que traverse le pays. "Nous n'avons plus le droit Ă  l'erreur", a-t-il dit aprĂšs avoir rencontrĂ© demandĂ© aux responsables des administrations de continuer Ă  assurer les services de l'Etat.

La communauté internationale a unanimement condamné le Coup d'Etat, bien que les mutins aient assuré qu'ils allaient respecter "tous les accords passés" et que les forces de l'ONU, françaises et ouest-africaines présentes au Mali demeuraient leurs "partenaires". La junte a aussi indiqué qu'elle restait "attachée au processus d'Alger", l'accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés du nord du pays.

AFP

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