Elections

L'Allemagne entre dans une période d'incertitude

  • PubliĂ© le 27 septembre 2021 Ă  06:18
  • ActualisĂ© le 27 septembre 2021 Ă  06:42
La chanceliĂšre allemande Angela Merkel au siĂšge de l'Union conservatrice CDU, Ă  Berlin le 26 septembre 2021

L'Allemagne, pĂŽle de stabilitĂ© sous l'Ăšre Merkel, entre dans une phase beaucoup plus imprĂ©visible avec de difficiles tractations en vue pour former le prochain gouvernement suite aux lĂ©gislatives: tant les sociaux-dĂ©mocrates, vainqueurs d'une courte tĂȘte, que les conservateurs en revendiquent la direction.

DÚs lundi matin, les directions des différents partis susceptibles d'entrer dans une future coalition se réunissent à Berlin et devraient donner des indications sur les alliances qu'elles envisagent. Selon les derniÚres estimations, le centre-gauche du SPD et leur chef de file Olaf Scholz ont recueilli 25,8% des suffrages, devançant d'une encablure l'union conservatrice CDU-CSU d'Armin Laschet, qui accuse un score historiquement bas de 24,1%.
Jamais les conservateurs n'Ă©taient tombĂ©s sous le seuil de 30%. Il s'agit d'un cuisant revers pour le camp de la chanceliĂšre Angela Merkel au moment oĂč elle doit prendre sa retraite politique.

Au-delà, tout reste à faire dans le pays. Car en Allemagne ce ne sont pas les électeurs qui élisent directement le chef du gouvernement mais les députés, une fois constituée une majorité.

Cette derniÚre est cette fois particuliÚrement compliquée à constituer car elle doit réunir trois partis - du jamais-vu depuis les années 1950 - du fait d'un émiettement des suffrages. "La partie de poker commence", constate le magazine Der Spiegel. Car "aprÚs le vote, les questions essentielles restent ouvertes: qui sera chancelier? Quelle coalition va gouverner le pays à l'avenir", pointe-t-il.

Pour les sociaux-démocrates, les choses sont claires: "Ce qui est certain, c'est que de nombreux citoyens" ont voté SPD car "ils veulent un changement de gouvernement et aussi parce qu'ils veulent que le prochain chancelier s'appelle Olaf Scholz", a déclaré cet homme de 63 ans. Le hic: son rival de centre-droit, malgré un résultat "décevant", n'est pas disposé à rejoindre les bancs de l'opposition: "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour construire un gouvernement dirigé par l'Union" CDU-CSU, a assuré le candidat chrétien-démocrate.

- "Avant Noël" -

En Allemagne, les discussions pour former un nouvel exĂ©cutif relĂšvent des seuls partis politiques. A l'issue du prĂ©cĂ©dent scrutin de 2017, l'actuelle grande coalition n'avait pu ĂȘtre formĂ©e que plus de six mois plus tard, entraĂźnant une paralysie politique en Allemagne, notamment sur les questions europĂ©ennes. Toutefois, aussi bien le SPD que le centre-droit ont dit viser une conclusion avant NoĂ«l. Y parviendront-ils ? "L'Allemagne prendra la prĂ©sidence du G7 en 2022", a rappelĂ© M. Laschet, et c'est pourquoi un nouveau gouvernement doit "venir trĂšs rapidement".

Dans la configuration actuelle, plusieurs solutions sont possibles pour une majorité au Bundestag. Le SPD pourrait ainsi s'allier avec les Verts, arrivés troisiÚme du scrutin avec 14,6%, et les libéraux du FDP, un parti de droite qui a recueilli 11,5%. Alternativement, ce sont les conservateurs qui pourraient gouverner avec les Verts et le FDP.
Selon un sondage de Yougov publié dans la nuit de dimanche à lundi, une majorité des électeurs favorise la premiÚre option. Et 43% d'entre eux estiment qu'Olaf Scholz doit devenir le prochain chancelier de la premiÚre économie européenne.

- Faiseurs de roi -

Tous dépendra donc du bon vouloir de deux petits partis, qualifiés lundi par le quotidien Bild de "faiseurs de roi". Le chef du FDP Christian Lindner a d'ailleurs estimé dimanche qu'il serait "souhaitable" pour son parti et les écologistes "de discuter d'abord entre eux" avant de décider s'ils s'allient avec les conservateurs ou les sociaux-démocrates.

Pour le plus vieux parti d'Allemagne, les semaines à venir auront valeur de test. Pendant toute la campagne, les sociaux-démocrates ont mis un terme à leurs légendaires disputes entre ailes gauche et centriste pour soutenir sans faille leur chef de file, ministre des Finances actuel d'Angela Merkel.

Mais comment rĂ©agira-t-il si son nouveau "hĂ©ros Olaf" doit faire le deuil de la moitiĂ© de son programme pour amadouer la droite libĂ©rale?, s'interroge le quotidien SĂŒddeutsche Zeitung. Car le FDP n'acceptera jamais une augmentation de l'impĂŽt pour les plus fortunĂ©s, souhaitĂ©e par le SPD et les Verts.

Et au bout du compte, souligne le journal, la formation d'une coalition sera soumise au vote des membres du SPD. Or en 2018, ils avaient préféré nommer un duo d'inconnus de l'aile gauche du parti.

AFP

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