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L'Allemagne furieuse contre Erdogan

  • PubliĂ© le 9 juin 2016 Ă  16:33
Le prĂ©sident du Bundestag Norbert Lammert (g) aux cĂŽtĂ© du dĂ©putĂ© GrĂŒnen Özcan Mutlu lors du vote reconnaissant le gĂ©nocide armĂ©nien, le 9 juin 2016

La brouille germano-turque autour de la reconnaissance du génocide arménien s'est encore exacerbée jeudi, des responsables allemands s?emportant contre le chef de l?Etat turc et ses propos sur le sang "corrompu" d'élus d'origine turque.


Et selon le quotidien turc Hurriyet, un groupe d'avocats turcs se présentant comme l'Association du Combat pour la Justice a déposé une plainte visant à faire inculper les onze élus allemands aux racines turques pour "insulte à l'identité turque et à l'Etat turc".
Le président du Bundestag allemand, Norbert Lammert, a vivement critiqué jeudi en séance le président Recep Tayyip Erdogan qui a accusé ces derniers jours ces députés de soutenir le terrorisme et proposé de tester leur sang.
"Qu'un président démocratiquement élu puisse, au XXIe siÚcle, associer ses critiques à l'encontre d'élus démocratiquement élus du Bundestag allemand avec des doutes sur leurs origines turques, décrive leur sang comme corrompu, je n'aurais pas cru ça possible", a déclaré Norbert Lammert devant la chambre basse du Parlement qui revenait sur le vote d'une résolution le 2 juin reconnaissant le génocide arménien.
- 'La leçon qu'ils méritent'-
"Le soupçon (exprimĂ© par M. Erdogan) que des membres de ce Parlement puissent ĂȘtre le porte-voix de terroristes, je le conteste formellement", a-t-il ajoutĂ©, alors que ces Ă©lus ont aussi reçu des menaces de mort.
M. Erdogan a d'abord estimĂ© le week-end dernier qu'il fallait "analyser dans un laboratoire le sang des dĂ©putĂ©s allemands d'origine turque" accusĂ©s d'ĂȘtre "les bras prolongĂ©s des terroristes", en allusion aux rebelles kurdes.
Mercredi soir, il a évoqué cette fois leur "sang corrompu" et la nécessité de leur donner "la leçon qu'ils méritent" pour avoir accusé "leur propre pays de génocide".
"Dans notre culture, dire que quelqu'un a un sang corrompu, c'est une rĂ©fĂ©rence Ă  son caractĂšre. Cela dĂ©signe quelqu'un qui fait du mal Ă  son propre peuple", a expliquĂ© M. Erdogan, avant de s'envoler pour les Etats-Unis oĂč il doit assister aux obsĂšques de Mohamed Ali.
Ces turbulences compliquent des relations déjà tendues avec Ankara, notamment sur l'application d'un accord controversé entre l'Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a considérablement réduit l'afflux de migrants en Europe.
- Conséquences -
De son cÎté le président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz a souligné dans une lettre à M. Erdogan que ses attaques pouvaient "endommager durablement les relations" de la Turquie avec ses partenaires.
L'un des dĂ©putĂ©s allemands concernĂ©, le Vert Cem Özdemir a pour sa part jugĂ© que le plus grave n'Ă©tait pas le traitement qui lui Ă©tait rĂ©servĂ© mais la rĂ©pression des Ă©lus turcs dans leur pays.
"Si on met de cÎté les menaces de mort et les insultes, nous autres parlementaires allemands ne sommes pas incarcérés et on ne lÚve pas notre immunité pour avoir tout simplement exprimé ce que nous pensions, contrairement à nos confrÚres en Turquie", a-t-il dit dans l?hebdomadaire arménien en Turquie, Agos.
En début de semaine, le porte-parole de la chanceliÚre Angela Merkel, Steffen Seibert, avait déjà jugé "incompréhensibles" les propos de M. Erdogan.
"Le Bundestag a pris une décision souveraine qu'il convient de respecter", a affirmé M. Seibert, en rappelant aussi que Mme Merkel, lors d'une consultation préalable au sein de son groupe parlementaire CDU, avait voté en faveur de la résolution sur le génocide arménien.
Nombre d'historiens et plus de vingt pays, dont la France, l'Italie et la Russie, ont reconnu qu'il y avait eu un génocide des Arméniens. Mais la Turquie affirme qu'il s'agissait d'une guerre civile, doublée d'une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

Par Rebecca FRASQUET - © 2016 AFP
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