Environnement

L'Allemagne veut dépenser au moins 100 milliards pour le climat d'ici 2030

  • PubliĂ© le 20 septembre 2019 Ă  17:07
  • ActualisĂ© le 20 septembre 2019 Ă  18:33
Des militants écologistes bloquent le trafic automobile sur le pont Jannowitz à Berlin le 20 septembre 2019

Les partis de la fragile coalition gouvernementale d'Angela Merkel ont bouclé à l'arraché vendredi une stratégie pour le climat représentant au moins 100 milliards d'euros d'investissements d'ici 2030, sous la pression de manifestations massives dans toute l'Allemagne.

Cette somme sera investie "pour la protection du climat et la transition énergétique", selon le texte final d'un accord décroché aprÚs plus de 18 heures d'ùpres négociations entre les conservateurs de la chanceliÚre et les sociaux-démocrates.

Le gouvernement compte dépenser 54 milliards d'euros pour les quatre premiÚres années du plan, d'ici 2023, a précisé à la presse le ministre des Finances Olaf Scholz.

L'enjeu consiste à prendre des mesures pour inciter les Allemands à réduire les émissions polluantes, et permettre au pays, aujourd'hui en retard, d'atteindre ses objectifs de réduction d'émissions polluantes.
Le texte, qui prĂ©voit par exemple 86 milliards d'euros d'investissements rĂ©partis entre le gouvernement et la Deutsche Bahn pour la seule rĂ©novation du rail, doit encore ĂȘtre adoptĂ© en conseil des ministres.

L'annonce intervient alors que des dizaines de milliers de manifestants, 100.000 selon les organisateurs, s'étaient rassemblés à Berlin à l'emblématique Porte de Brandebourg, en ce jour d'un mouvement mondial de grÚve pour la défense du climat.
Sur leurs pancartes figuraient des slogans comme "quand vous aurez fait vos devoirs, nous ferons les nÎtres!", "il n'y a pas de planÚte B" ou encore "Merci Greta", l'égérie suédoise à l'origine du mouvement FridaysforFuture.

- Pression -

La mobilisation devrait ĂȘtre particuliĂšrement bien suivie en Allemagne, oĂč les Ă©cologistes ont le vent en poupe et enchaĂźnent les succĂšs Ă©lectoraux. Au total, des manifestations doivent avoir lieu dans 575 villes allemandes, "du jamais vu", a estimĂ© la porte-parole allemande du mouvement FridaysforFuture, Luisa Neubauer dans un tweet.

Cette derniÚre a déjà rejeté le plan présenté par le gouvernement, lui reprochant son manque d'ambition. Le co-président des Verts Robert Habeck a quant à lui reproché une stratégie à ses yeux "confuse".
Les partis se sont particuliĂšrement disputĂ©s sur son financement, rendu extrĂȘmement compliquĂ© par le fait que le gouvernement refuse de contracter de nouvelles dettes, conformĂ©ment Ă  sa politique d'orthodoxie budgĂ©taire du "Schwarze Null".

La difficultĂ© consistait Ă  avoir un prix suffisamment Ă©levĂ© de l'essence, diesel ou gaz pour inciter les consommateurs Ă  opter pour les solutions les moins polluantes, mais en mĂȘme temps ne pas provoquer de levĂ©e de bouclier de l'opinion, Ă  l'exemple du mouvement des gilets jaunes en France.

ConcrÚtement, la stratégie du gouvernement comprend une panoplie de mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l'énergie, le bùtiment, l'agriculture, l'industrie et les transports.

Cela va de la promotion des transports publics et des trains, à l'augmentation du prix des voyages en avion en Allemagne, ou à diverses subventions pour le développement des voitures électriques ou pour des chauffages individuels efficaces et propres.

- Gouvernement fragile -

ParallÚlement, il s'agit de mettre un coup d'accélérateur sur le développement d'énergies propres (solaire, éolien ou biomasse), dont la part dans la production d'électricité dans le pays doit monter à 65% en 2030 contre 40% actuellement.
La pression pesant sur le gouvernement Merkel est grande: il doit rĂ©pondre aux attentes de la mobilisation initiĂ©e par les jeunes de FutureforFridays. Un accord Ă©tait indispensable Ă  la survie de la coalition elle-mĂȘme, trĂšs fragile depuis sa difficile constitution l'an dernier.

Le ministre social-démocrate des Finances Olaf Scholz avait directement lié la poursuite de la coalition, trÚs impopulaire en Allemagne, à l'élaboration d'un "grand projet climatique".
L'Allemagne a certes décidé en début d'année d'abandonner le charbon d'ici 2038, mais il lui reste à programmer la fermeture de ses mines et centrales. Un chantier d'autant plus délicat qu'elle doit parallÚlement achever d'ici 2022 sa sortie du nucléaire, décidée en 2011 aprÚs la catastrophe de Fukushima.

Et sa puissante industrie automobile a longtemps privilégié les véhicules essence ou diesel avant de prendre sur le tard le virage de l'électrique.
Résultat: le pays qui s'était engagé à réduire les émissions de CO2 de 40% comparé à 1990, n'aura atteint qu'un tiers. En 2030, il vise une réduction de 55%.

AFP

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