Politique américaine

L'aptitude de Trump Ă  gouverner de nouveau mise en doute

  • PubliĂ© le 22 septembre 2018 Ă  06:15
  • ActualisĂ© le 22 septembre 2018 Ă  06:40
Rod Rosenstein, le numéro 2 de la Justice, à Washington,  le 18 septembre 2018

Donald Trump faisait face vendredi à une nouvelle polémique explosive sur sa capacité à gouverner, un haut responsable de l'administration ayant évoqué en 2017 la possibilité de le mettre à l'écart du pouvoir, selon des informations du New York Times que ce dernier dément fermement.

Au coeur de ces nouvelles rĂ©vĂ©lations: Rod Rosenstein, numĂ©ro deux du ministĂšre de la Justice qui supervise l'enquĂȘte du procureur spĂ©cial Robert Mueller sur les soupçons de collusion entre l'Ă©quipe de campagne de Donald Trump en 2016 et le Kremlin.

Le New York Times s'appuie sur plusieurs sources, notamment des notes prises par des agents du FBI. Or l'un des auteurs de ces compte-rendus, Andrew McCabe, ex-directeur par intérim du FBI, n'a pas démenti leur contenu vendredi. "Il ignore comment un journaliste peut avoir obtenu ces notes", a simplement écrit son avocat, Michael R. Bromwich.
Selon le Washington Post, M. McCabe explique dans ses notes qu'en mai 2017, un Rod Rosenstein trÚs inquiet aprÚs le limogeage choc du chef du FBI, James Comey, par le président américain, a suggéré devant témoins qu'il faudrait enregistrer Donald Trump à son insu pour rendre compte du "chaos" régnant à la Maison Blanche.
Il aurait alors discuté d'une mise à l'écart de M. Trump, en activant une procédure encore jamais utilisée aux Etats-Unis, prévue par le 25e amendement de la Constitution en cas d'inaptitude du président à gouverner.
L'article du New York Times prend un Ă©cho particulier aprĂšs plusieurs publications rĂ©centes qui dĂ©crivent une Maison Blanche dysfonctionnelle, oĂč de hauts responsables vont jusqu'Ă  contourner les ordres prĂ©sidentiels: le livre du journaliste d'investigation Bob Woodward et la tribune d'un haut responsable anonyme de l'administration Trump.

Ce dernier texte, publiĂ© par le mĂȘme New York Times, affirmait Ă©galement que certains membres du cabinet avaient briĂšvement envisagĂ© d'Ă©carter Donald Trump de la prĂ©sidence peu aprĂšs son arrivĂ©e Ă  la Maison Blanche, en janvier 2017.

Plaisanterie?

Rod Rosenstein a catégoriquement nié vendredi estimer que Donald Trump n'était pas en mesure d'exercer ses fonctions.
"Je veux ĂȘtre clair sur ce point: sur la base de mes Ă©changes personnels avec le prĂ©sident, il n'existe aucun fondement pour invoquer le 25e amendement de la Constitution", a-t-il Ă©crit.
"L'article du New York Times est inexact et incorrect", a-t-il ajouté, dénonçant des "sources anonymes qui sont évidemment partiales contre le ministÚre".
"Je n'ai jamais envisagé ou autorisé un enregistrement du président", a-t-il martelé dans un nouveau communiqué publié dans la soirée.
"Aucune des propositions de M. Rosenstein n'a apparemment abouti", souligne le New York Times. Mais "il a dit à M. McCabe qu'il pourrait parvenir à convaincre" le ministre de la Justice, Jeff Sessions ainsi que John Kelly, alors ministre de la Sécurité intérieure, de se joindre à ses efforts.
Le ministÚre de la Justice a laissé entendre qu'une plaisanterie de M. Rosenstein avait en fait été mal comprise, en publiant le témoignage, sous couvert d'anonymat, d'un ex-haut responsable qui se trouvait "dans la salle" lorsqu'il a évoqué le sujet.

"Son commentaire était sarcastique et n'a jamais été débattu avec une quelconque intention d'enregistrer une conversation avec le président", dit-il.
L'avocat d'Andrew McCabe, Michael R. Bromwich, explique lui que son client a bien mis sur papier la teneur de ses rencontres avec de hauts responsables du gouvernement Trump. Il les a toutes livrées au procureur Mueller il y a "plus d'un an". Une autre copie de ces notes était encore conservée au FBI en janvier 2018.

"Saper" la présidence

Ces rĂ©vĂ©lations vont en tout cas dans le sens du scĂ©nario, martelĂ© sans relĂąche par Donald Trump, de forces Ă  l'oeuvre contre lui au sein mĂȘme de son administration.
Son fils, Donald Junior, a d'ailleurs rapidement ironisé sur Twitter: "Personne n'est choqué que ces gars fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour saper" la présidence Trump.
De quoi inquiĂ©ter les dĂ©mocrates et autres dĂ©fenseurs de l'enquĂȘte du procureur Mueller que Donald Trump n'a de cesse d'attaquer en dĂ©nonçant une "chasse aux sorciĂšres".
Puisque le ministre de la Justice, Jeff Sessions, s'est récusé dans l'affaire russe, Rod Rosenstein est le seul rempart censé protéger la bonne marche des investigations.

Le chef de l'opposition dĂ©mocrate au SĂ©nat, Chuck Schumer, a d'ailleurs rapidement averti vendredi: "cet article ne doit pas ĂȘtre pris comme prĂ©texte pour servir l'objectif vil de limoger" Rod Rosenstein "afin de nommer un responsable qui autorisera le prĂ©sident Ă  s'immiscer dans l'enquĂȘte du procureur spĂ©cial".

© 2018 AFP

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