Birmanie

L'armée montre ses muscles, au moins dix-neuf morts

  • PubliĂ© le 27 mars 2021 Ă  15:03
  • ActualisĂ© le 27 mars 2021 Ă  15:19
Le général Min Aung Hlaing, chef des forces armées de Birmanie, assiste à une parade miitaire à Naypyidaw, le 27 mars 2021 (capture d'écran via AFPTV d'images diffusées par Myawaddy TV)

Au moins dix-neuf personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es samedi dans la rĂ©pression de nouvelles manifestations pro-dĂ©mocratie en Birmanie, oĂč l'armĂ©e s'est livrĂ©e Ă  une dĂ©monstration de force, faisant dĂ©filer un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw.

L'Union européenne et la Grande-Bretagne ont condamné les "meurtres" commis par l'armée dans le pays, qui traverse une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été évincée du pouvoir par un coup d'Etat militaire le 1er février.

Les militants pro-dĂ©mocratie avaient appelĂ© Ă  une nouvelle sĂ©rie de manifestations samedi, jour oĂč l'armĂ©e organise tous les ans un gigantesque dĂ©filĂ© militaire devant le chef de l'armĂ©e dĂ©sormais chef de la junte au pouvoir, le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing. Dans l'aprĂšs-midi, alors que les manifestations se poursuivaient un peu partout dans le pays, l'AFP a pu vĂ©rifier qu'au moins 19 personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es, les mĂ©dias locaux faisant eux Ă©tat d'un bilan beaucoup plus lourd.

La violence a éclaté dans toute la région de Mandalay (centre) lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants, tuant au moins neuf personnes dans quatre villes différentes, dont un médecin à Wundwin et une adolescente de 14 ans à Meiktila, selon les secouristes sur le terrain. "Quatre hommes nous ont été amenés morts", a déclaré à l'AFP une secouriste de Mandalay, la deuxiÚme ville de Birmanie, alors qu'elle tentait désespérément de soigner des dizaines de blessés.

A Myingyan, un manifestant qui a vu un homme tué aprÚs avoir reçu une balle dans le cou, a déclaré que le nombre de morts augmentera probablement. "Aujourd'hui, c'est comme un jour de révolution pour nous", a-t-il dit.

Dans l'est du pays, dans l'État de Shan, les forces de sĂ©curitĂ© ont ouvert le feu sur un rassemblement d'Ă©tudiants Ă  Lashio. Un sauveteur a confirmĂ© qu'au moins trois manifestants Ă©taient morts - corroborant les informations des mĂ©dias locaux - mais son Ă©quipe n'a pas Ă©tĂ© en mesure de retirer les corps.
A Nyaung-U prÚs de Bagan, célÚbre site classé par l'UNESCO, un guide touristique a été tué par balles alors qu'il participait à une manifestation.

- "Je suis fier de mon fils" -

A Rangoun, la capitale Ă©conomique, des panaches de fumĂ©e se sont Ă©levĂ©s au-dessus de la ville, devenue un point chaud ces derniĂšres semaines. Un rassemblement nocturne devant un poste de police dans le sud de la ville - oĂč des manifestants ont appelĂ© Ă  la libĂ©ration de leurs amis - est devenu violent selon une habitante. Au moins six manifestants sont morts, dont un jeune homme de 20 ans selon des tĂ©moignages.

Un bĂ©bĂ© jouant dans la rue dans une ville du nord de Rangoun a Ă©tĂ© touchĂ© Ă  l'oeil par une balle en caoutchouc lorsque la police a ouvert le feu sur des manifestants Ă  proximitĂ©. Elle a Ă©tĂ© transportĂ©e Ă  l'hĂŽpital par ses parents. PrĂšs de la prison d'Insein, un rassemblement avant l'aube - oĂč les manifestants portaient des casques de vĂ©lo et Ă©taient protĂ©gĂ©s par des barricades de sacs de sable - a sombrĂ© dans le chaos lorsque les soldats ont commencĂ© Ă  tirer.

Au moins un d'entre eux a Ă©tĂ© tuĂ© - un policier de 21 ans, Chit Lin Thu, qui avait rejoint le mouvement anti-coup d'État. "Il a reçu une balle dans la tĂȘte et il est mort chez lui", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP son pĂšre Joseph. "Je suis extrĂȘmement triste pour lui, mais en mĂȘme temps, je suis fier de mon fils".

A Meiktila (centre), deux manifestants ont trouvé la mort, "un homme de 35 ans et une fille de 14 ans", a déclaré à l'AFP Thura Lwin OO, un secouriste. La brutalité de la répression a entraßné sur la scÚne internationale une série de condamnations et de sanctions touchant les avoirs de nombreux militaires puissants, dont leur chef, mais la pression diplomatique a eu jusqu'ici peu d'impact.

- "Déshonneur" -

"Cette 76e journée des forces armées restera gravée comme un jour de terreur et de déshonneur. Les meurtres de civils non armés, dont des enfants, sont des actes indéfendables", a annoncé l'ambassade de l'Union européenne à Rangoun sur Twitter et Facebook, tandis que l'ambassadeur de Grande-Bretagne a estimé dans un communiqué que "les meurtres extrajudiciaires en disent long sur les priorités de la junte militaire".

Aux premiĂšres heures du jour, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hĂ©licoptĂšres s'Ă©taient succĂ©dĂ© sur une immense esplanade de Naypyidaw oĂč Ă©tait rĂ©uni un parterre de gĂ©nĂ©raux et leurs invitĂ©s, parmi lesquels des dĂ©lĂ©gations russe et chinoise.

Le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing a de nouveau dĂ©fendu l'organisation du coup d'Etat en raison de la fraude Ă©lectorale prĂ©sumĂ©e lors des Ă©lections de novembre, remportĂ©es par le parti d'Aung San Suu Kyi, et a jurĂ© qu'un "transfert de responsabilitĂ© de l'État" se produirait aprĂšs des Ă©lections. "Le Tatmadaw (l'armĂ©e birmane, ndlr) recherche l'engagement de toute la nation", a-t-il dĂ©clarĂ© dans un discours, ajoutant que les actes de "terrorisme qui peuvent nuire Ă  la tranquillitĂ© et Ă  la sĂ©curitĂ© de l'Etat" sont inacceptables. Selon un groupe de dĂ©fense de prisonniers politiques, 320 personnes ont trouvĂ© la mort dans les troubles depuis le putsch, et plus de 3.000 ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es.

AFP

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