Il serait l'un des plus gros de la planĂšte

Le Bangladesh veut rassembler les Rohingyas dans un camp géant

  • PubliĂ© le 5 octobre 2017 Ă  17:33
  • ActualisĂ© le 5 octobre 2017 Ă  17:44
Des réfugiés rohingyas à Teknaf, au Bangladesh, en route vers un camp de réfugiés, le 5 octobre 2017

Le Bangladesh a annoncé jeudi vouloir rassembler les 900.000 Rohingyas sur son sol dans un seul gigantesque camp de réfugiés, ce qui en ferait l'un des plus gros de la planÚte.


Depuis fin août, le Bangladesh est submergé par l'exode sans précédent des musulmans rohingyas de Birmanie voisine. Cette marée humaine a provoqué l'une des plus graves crises humanitaires de ce début de XXIe siÚcle en Asie. Plus d'un demi-million de Rohingyas, minorité marginalisée dans l'ouest de la Birmanie, sont passés au Bangladesh voisin depuis le 25 août.

Prise de court par cet afflux, Dacca a dû revoir jeudi à la hausse son plan annoncé le mois dernier de créer un camp de réfugiés pour 400.000 personnes dans le district de Cox's Bazar (sud). Les autorités ont rajouté 400 hectares supplémentaires aux 800 hectares de terres déjà allouées à ce projet, dans le but d'y rassembler les réfugiés disséminés dans la région.

"Ce qui vivent dans des endroits Ă©parpillĂ©s (...) seront amenĂ©s au mĂȘme endroit", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Mofazzal Hossain Chowdhury Maya, ministre de gestion des catastrophes et de l'aide humanitaire. "Lentement, ils viendront tous" dans ce nouveau camp, qui s'appellera Kutupalong Extension, a-t-il ajoutĂ©.

En l'absence de place dans la mer de tente des camps surpeuplés, les nouveaux arrivants dressent des abris de bambous et de bùches dans pas moins de 23 campements improvisés qui constellent la frontiÚre birmane.

Ce projet de mĂ©ga-camp de rĂ©fugiĂ©s inquiĂšte des mĂ©decins et ONG. Rassembler tous les rĂ©fugiĂ©s en un mĂȘme endroit bondĂ© aggraverait les risques d'Ă©pidĂ©mies, comme le cholĂ©ra, craignent-ils. Pour l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), figure de proue des agences de l'ONU sur place, la situation humanitaire dans le sud du Bangladesh "se dĂ©grade progressivement en une catastrophe aux proportions bibliques".

- Guerre de l'information -

Les Rohingyas fuient une campagne de répression de l'armée birmane, considérée par l'ONU comme une épuration ethnique, consécutive à des attaques de la jeune rébellion rohingya le 25 août dernier. Les différentes parties s'accusent l'une l'autre de violences, dont font écho les récits de viols, de maisons brûlées, de massacres apportés par les réfugiés.

Le chef de l'armĂ©e birmane a entretenu jeudi la guerre de l'information qui a cours dans ce conflit. Dans un message sur sa page Facebook, le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing a accusĂ© les rebelles rohingyas de mettre eux-mĂȘmes le feu Ă  des maisons de villageois rohingyas dans l'État birman du Rakhine (ouest), afin d'entretenir l'exode massif de cette population apatride vers le Bangladesh.

L'incendie Ă©voquĂ© ne concerne qu'un seul village, Mi Chaung Zay, mais l'incident est montĂ© en Ă©pingle par l'armĂ©e, accusĂ©e elle-mĂȘme d'incendier des villages pour inciter les Rohingyas au dĂ©part. Selon Amnesty International, les militaires birmans pratiquent "la politique de la terre brĂ»lĂ©e".

Sous le feu des critiques, la Birmanie dĂ©nonce un parti pris pro-rohingya de la communautĂ© internationale et fait bloc derriĂšre sa dirigeante Aung San Suu Kyi, qui est Ă  la tĂȘte du premier gouvernement civil depuis des dĂ©cennies mais doit composer avec la trĂšs puissante armĂ©e.

Les violences semblent ĂȘtre descendues d'un cran au Rakhine, rĂ©gion verrouillĂ©e par les forces de sĂ©curitĂ© et difficilement accessible aux mĂ©dias et observateurs internationaux. Mais les pĂ©nuries de denrĂ©es alimentaires et les tensions avec la communautĂ© bouddhiste continuent de nourrir la cohorte de Rohingyas vers le Bangladesh.

AprÚs une brÚve accalmie, quelque 4 à 5.000 Rohingyas franchissent quotidiennement la frontiÚre ces jours-ci et 10.000 attendraient à proximité pour tenter un passage. Les Rohingyas, plus grande population apatride au monde, sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste.

Victimes de discriminations, ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accÚs ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hÎpitaux.


AFP

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