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Le biathlon perd sa tĂȘte et entre en crise

  • PubliĂ© le 12 avril 2018 Ă  19:07
  • ActualisĂ© le 12 avril 2018 Ă  20:35
Le président de la Fédération internationale de biathlon, le Norvégien Anders Besseberg,
lors d'une allocution à l'ouverture des Mondiaux de biathlon, le 8 février 2017 à Hochfilzen

Moins de 24 heures aprÚs les premiÚres révélations sur la dissimulation présumée de cas de dopage de sportifs russes par certains de ses dirigeants, la fédération internationale de biathlon (IBU) a fait le ménage à son sommet.


Par un communiquĂ© diffusĂ© jeudi sur son site, elle prend acte de la dĂ©cision de son prĂ©sident, Anders Besseberg, "d'abandonner ses fonctions le temps de l'enquĂȘte". Une circonvolution qui ne trompe guĂšre: soupçonnĂ© par l'Agence mondiale antidopage (AMA) d'avoir perçu plusieurs centaines de milliers d'euros pour protĂ©ger les intĂ©rĂȘts russes, le NorvĂ©gien de 72 ans, plus ancien prĂ©sident de fĂ©dĂ©ration internationale en poste, a peu de chances de revenir aux affaires.

Pour le remplacer, l'IBU n'a pas choisi la voie rĂ©glementaire et a "acceptĂ© la dĂ©cision du premier vice-prĂ©sident Viktor Maygurov de renoncer Ă  son droit statutaire de devenir prĂ©sident." Dans les conditions actuelles, nommer un Russe Ă  l'intĂ©rim de Besseberg aurait en effet Ă©tĂ© un choix douteux. Le vice-prĂ©sident en charge des finances, l'Autrichien Klaus Leitner s'acquitera donc des "tĂąches opĂ©rationnelles relevant du prĂ©sident pendant la durĂ©e de l'enquĂȘte." ParallĂšlement, l'IBU a confirmĂ© la "suspension provisoire" de sa secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale, l'Allemande Nicole Resch.

Dans ses rĂ©vĂ©lations publiĂ©es mercredi, le quotidien français le Monde expliquait que, selon le tĂ©moignage auprĂšs de l'AMA de Grigory Rodchenkov --l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou devenu le lanceur d'alerte Ă  l'origine de la disgrĂące internationale du sport russe--, Anders Besseberg et Nicole Resch Ă©taient les deux pivots des intĂ©rĂȘts russes Ă  l'IBU. Le premier par son "soutien inaltĂ©rable aux intĂ©rĂȘts russes", la seconde par sa "gestion suspecte des obligations du passeport biologique".

Le patron de l'IBU aurait ainsi soutenu ardemment la candidature russe Ă  l'organisation des Championnats du monde 2021, alors mĂȘme que le CIO et l'AMA recommandaient vigoureusement de n'accorder aucun grand Ă©vĂ©nement Ă  des pays dĂ©clarĂ©s non conformes au code mondial antidopage, ce qui Ă©tait le cas de la Russie.

- AprÚs l'athlétisme -

D'aprÚs le journal norvégien Verdens Gang (VG), citant des sources anonymes, Besseberg est soupçonné d'avoir dissimulé 65 cas de dopage russes depuis 2011, impliquant notamment 17 des 22 Russes ayant participé aux épreuves de Coupe du monde cet hiver. Ces soupçons, consignés fin 2017 par l'AMA dans un rapport de 16 pages transmis aux autorités, avaient débouché sur des perquisitions au siÚge de l'IBU, à Salzbourg (Autriche) et en NorvÚge, mardi.

"Je ne suis pas corrompu", s'est dĂ©fendu Besseberg auprĂšs de la chaĂźne norvĂ©gienne TV2. "Je n'ai jamais ne serait-ce qu'essayĂ© de manipuler ou de cacher des tests de dopage positifs, qu'il s'agisse de Russes ou d'autres", a ajoutĂ© le septuagĂ©naire qui avait fait savoir il y a quelques semaines qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat Ă  la tĂȘte de la fĂ©dĂ©ration.
Paradoxalement, alors qu'il était donné sur le départ en 2010 et 2014, il avait à chaque fois décidé de rempiler, notamment pour faire échec à la candidature du Russe Aleksandr

Tikhonov, accusé d'avoir pris fait et cause pour des biathlÚtes russes convaincus de dopage.

Ce scandale en germe évoque évidemment celui qui a frappé l'athlétisme et continue d'avoir des répercussions prÚs de trois ans aprÚs les premiÚres révélations. Le Sénégalais Lamine Diack, patron de l'athlétisme mondial entre 1999 et 2015, a été mis en examen en France pour corruption active et passive pour avoir négocié avec la Russie la protection d'athlÚtes dopés.

Depuis, le rapport du juriste canadien Richard McLaren, missionné par l'AMA, a aussi mis au jour un systÚme de dopage institutionnalisé en Russie, entre 2011 et 2015, touchant tous les sports, avec des résultats falsifiés au laboratoire antidopage de Moscou, et un systÚme de trucage des échantillons aux jeux Olympiques de Sotchi, en Russie en 2014. Cette nouvelle affaire dans le biathlon n'arrangera pas les affaires de la Russie, dont l'autorité antidopage, la Rusada, reste suspendue par l'AMA, alors que la Coupe du monde de football commencera en juin au pays de Vladimir Poutine.

AFP

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