Naufrage en Tanzanie

Le bilan s'alourdit, un survivant extrait de l'épave

  • PubliĂ© le 22 septembre 2018 Ă  15:29
  • ActualisĂ© le 22 septembre 2018 Ă  16:31
La coque renversée du ferry MV Nyerere naufragé dans le lac Victoria, 21 september 2018.

Plus de cent soixante-dix morts. Le bilan du naufrage du ferry MV Nyerere dans le sud du lac Victoria, en Tanzanie, ne cessait de s'alourdir samedi au troisiĂšme jour des opĂ©rations de recherches, mĂȘme si, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, un survivant a Ă©tĂ© extrait de l'Ă©pave.

AprĂšs s'ĂȘtre interrompues pendant la nuit, "les opĂ©rations ont repris tĂŽt ce matin" autour de la coque qui affleurait encore Ă  quelques dizaines de mĂštres Ă  peine de l'Ăźle d'Ukara, la destination finale du ferry, a annoncĂ© la tĂ©lĂ©vision publique TBC One.
Surchargé de passagers et de marchandises, le MV Nyerere a chaviré jeudi aprÚs-midi.
"Nous déplorons maintenant plus de 170 morts", a déclaré à l'AFP Joseph Mkundi, député de la circonscription d'Ukerewe, dont dépend l'ßle d'Ukara.

Les témoins et les survivants ont donné deux versions de la catastrophe, mais la surcharge du navire semble d'ores et déjà en cause: le nombre de victimes - plus de 170 - additionné au nombre de rescapés - 41 - surpasse largement la capacité du bateau, évaluée à environ 100 passagers.
Selon certains, des passagers se sont déplacés vers l'avant du navire à l'approche du débarcadÚre, un mouvement qui semble avoir déséquilibré le bateau. Selon d'autres, le capitaine, distrait par son téléphone portable, a raté la man?uvre d'approche du débarcadÚre et, souhaitant se rattraper, a effectué une man?uvre brutale qui a fait chavirer le ferry.
Une quinzaine de nouveaux cadavres ont Ă©tĂ© repĂȘchĂ©s samedi matin Ă  l'aube et l'espoir de voir Ă©voluer le nombre de rescapĂ©s est dĂ©sormais quasiment nul.
Par le passé, les naufrages dans cette région des Grands Lacs ont le plus souvent été imputés à des embarcations surchargées, et les bilans élevés au fait que la plupart des passagers ne savent pas nager.
Samedi à la mi-journée, contre toute attente, l'ingénieur du ferry a été extrait vivant de l'épave, aprÚs avoir survécu pendant prÚs de deux jours dans un compartiment du navire encore rempli d'air, a indiqué le député Mkundi. Il a été immédiatement acheminé vers un centre de santé.

'Négligence'

Evoquant une "nĂ©gligence", le prĂ©sident tanzanien John Magufuli a ordonnĂ© vendredi soir que "toutes les personnes impliquĂ©es dans la gestion du ferry" soient arrĂȘtĂ©es. "Les responsables seront absolument punis", a-t-il promis.
Alors que la capacité du navire est de quelque 100 passagers, des témoins ont rapporté à la télévision publique qu'environ le double d'entre eux se trouvaient à bord du ferry, mais les autorités n'ont pas confirmé ce nombre. Les registres des passagers sont le plus souvent lacunaires sur les navires sillonnant le plus grand lac d'Afrique.

Le ferry MV Nyerere assurait la liaison entre l'Ăźle d'Ukara et celle, situĂ©e juste en face, d'Ukerewe, qui abrite la localitĂ© de Bugolora, oĂč les habitants d'Ukara viennent rĂ©guliĂšrement s'approvisionner.
A travers la Tanzanie, les drapeaux étaient en berne samedi, le président John Magufuli ayant décrété vendredi un deuil national de quatre jours pour rendre hommage aux victimes de la catastrophe.
AprÚs le pape François vendredi, le secrétaire-général de l'ONU Antonio Guterres a présenté ses condoléances "aux familles des victimes, au gouvernement et au peuple de la république unie de Tanzanie".
Au sein de la population tanzanienne, la tristesse faisait progressivement place Ă  la colĂšre et l'indignation, que les promesses de mesures du prĂ©sident Magufuli ne pouvaient calmer. Car si la navigation peut ĂȘtre difficile sur le plus grand lac d'Afrique, oĂč elle se fait souvent sur des navires vĂ©tustes, les autoritĂ©s sont souvent peu regardantes sur la sĂ©curitĂ©.

"Au premier jour, alors qu'il y avait encore l'espoir de retrouver des survivants, les opérations de sauvetage ont été suspendues pendant la soirée, à cause de l'obscurité (car) nos secours maritimes ne sont pas équipés pour travailler de nuit", s'est par ailleurs indigné Felician Tarimo, jeune étudiant de Moshi (nord).
Et d'ironiser: "Comme si nos gouvernants s'attendaient Ă  ce que les accidents aient lieu seulement le jour..."
En 1996, quelque 800 personnes, selon la Croix-Rouge, avaient trouvé la mort dans le naufrage du ferry Bukoba, surchargé de passagers, à quelques milles marins au large de Mwanza.

© 2018 AFP

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