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Le changement climatique menace l'"or vert" tunisien

  • PubliĂ© le 30 novembre 2015 Ă  16:00
Des femmes récoltent des olives dans le village de Mornag, prÚs de Tunis, le 6 novembre 2015

"Avant, il pleuvait réguliÚrement, la récolte était bonne.

Aujourd'hui, c'est complÚtement différent", se désole Amor Slama, un oléiculteur tunisien de 65 ans dont la famille possÚde quelque 125.000 pieds d'oliviers sur 230 hectares à Mornag, au sud de Tunis.
Exsangue économiquement, la Tunisie pourra compter cette année sur des exportations records d'huile d'olive, mais cet "or vert" est menacé par le dérÚglement climatique.
Dans ce petit pays d'Afrique du Nord, seules quelques centaines de kilomÚtres séparent les rivages fertiles de la Méditerranée des premiÚres dunes du Sahara, faisant de la Tunisie un pays au c?ur des enjeux climatiques actuels.
"Lorsque j'ai commencé à travailler dans l'oléiculture il y a 30 ans, je n'aurais jamais pensé qu'un jour je serais obligé d'arroser les arbres", témoigne M. Slama, qui raconte que le sol de ses champs est complÚtement grillé en été.
Il évoque aussi un autre problÚme, ces "pluies diluviennes en plein été qui charrient la terre et nuisent aux arbres".
A court terme, l'heure est pourtant aux réjouissances pour l'oléiculture tunisienne, un secteur qui assure environ 40% des revenus des exportations agricoles du pays et 5% de l'ensemble des exportations, selon des statistiques officielles.
Sur cette terre productrice d'huile d'olive depuis 3.000 ans, 2015 s'annonce comme une année record: avec 340.000 tonnes d'huile d'olive produites, dont 312.000 partent à l'export, la Tunisie se positionne comme le premier exportateur au monde - une premiÚre, s'est récemment félicité le gouvernement.
Les recettes, de prÚs d'un milliard d'euros, sont "sans précédent", souligne auprÚs de l'AFP un conseiller du ministre de l'Agriculture, Anis Rayani.
Une aubaine pour l'économie tunisienne, que l'instabilité consécutive à la révolution de 2011 a plongée en plein marasme. Alors que la croissance n'atteindra pas 1% en 2015, les revenus records du secteur oléicole vont permettre d'"éviter le pire", selon le ministÚre des Finances.
- 80 millions d'oliviers -
Pour autant, Amor Slama ne cache pas son profond pessimisme. "J'ai commencé à remarquer l'impact du changement climatique il y a plus de 20 ans, surtout celui de la hausse des températures sur la récolte: d'une année à l'autre, la production d'huile d'olive peut régresser de 300 à 30 tonnes", affirme-t-il.
Interrogé par l'AFP, un responsable du ministÚre de l'Agriculture, Chokri Bayoudh, note que, de tout temps, le succÚs des récoltes a été dicté par les aléas de la météo. "Mais avant, nous connaissions une sécheresse sévÚre une année sur cinq. Aujourd'hui, c'est en moyenne deux sur cinq", dit-il.
Ce dérÚglement climatique menace l'ensemble de l'industrie oléicole, qui représente l'activité principale de plus des deux tiers des agriculteurs (390.000 sur 560.000) et une source de revenus pour environ un million de Tunisiens.
A ce jour, si le pays compte 80 millions d'oliviers, 80% des oliveraies ne sont pas irriguĂ©es et vivent de l'eau de pluie. Elles se trouvent en grand nombre dans le centre et le sud, oĂč l'ariditĂ© du climat est la plus marquĂ©e.
D'ici 2030, la production de ces oliveraies pourrait diminuer de moitié, prévient une récente étude du ministÚre de l'Agriculture et de l'agence de coopération allemande.
Dans ces conditions, comment subsister sans se ruiner ? "Pour que les arbres aient de l'eau, nous avons déjà dû dépenser beaucoup d'argent: creuser un puits profond, construire des bassins pour emmagasiner l'eau de pluie..." remarque M. Slama. "Mais avec la sécheresse, l'eau du puits est devenue trop salée puis s'est tarie", poursuit-il en arpentant les terres craquelées d'un bassin de rétention totalement à sec.
Au ministÚre de l'Agriculture, on assure qu'on "ne restera pas les bras croisés". "Nous devons nous adapter et nous avons commencé à mettre en ?uvre un plan pour stabiliser la production dÚs les prochaines années", argue Chokri Bayoudh.
Les autoritĂ©s tunisiennes encouragent par ailleurs les agriculteurs Ă  planter des espĂšces locales d'oliviers plus rĂ©sistantes Ă  la sĂ©cheresse et entendent elles-mĂȘmes planter jusqu'Ă  cinq millions d'oliviers dans sept gouvernorats du nord du pays, oĂč la moyenne des prĂ©cipitations est plus Ă©levĂ©e.
Ce projet, d'un coût de 39,5 millions de dinars (18 millions d'euros), a été officiellement lancé début novembre et prendra fin en 2020.

Par Mounir SOUISSI - © 2015 AFP
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