Jeux olympiques

Le CIO prévient l'Italie qu'elle risque l'exclusion

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2019 Ă  23:24
  • ActualisĂ© le 8 aoĂ»t 2019 Ă  05:04
L'Italien Giovanni Malago, président du CONI, en conférence de presse lors de la 134e session du CIO, le 24 juin 2019 à Lausanne

L'Italie peut-elle ĂȘtre exclue des Jeux olympiques ? La situation est encore loin d'ĂȘtre aussi grave mais le ComitĂ© international olympique a fermement mis en garde Rome face aux risques d'ingĂ©rence gouvernementale dans la gestion du ComitĂ© national olympique italien (CONI).

Dans un courrier révélé mardi par le quotidien Corriere de la Serra et dont l'AFP a obtenu une copie, le CIO a alerté le CONI sur un projet de loi qui remettrait en cause son indépendance et pourrait, dans le pire des cas, entraßner une exclusion de l'Italie des prochains Jeux olympiques de Tokyo à l'été 2020.

L'instance basĂ©e Ă  Lausanne y exprime "ses graves inquiĂ©tudes" face Ă  ce texte qui, s'il Ă©tait adoptĂ©, "affecterait clairement l'autonomie du CONI". "Appartenir au mouvement olympique exige d'ĂȘtre en conformitĂ© avec la charte olympique", rappelle le CIO qui estime donc que l'adoption de ce texte aboutirait Ă  rendre l'organisation "non-conforme aux principes de la Charte olympique". Mercredi soir, dans un communiquĂ©, le CIO a confirmĂ© avoir "identifiĂ© plusieurs problĂšmes qui pourraient clairement affecter l'autonomie" du CONI.

- "Décisions unilatérales" du gouvernement -

Dans sa lettre adressĂ©e Ă  Giovanni Malago, prĂ©sident du CONI, James Macleod, directeur des relations avec les ComitĂ©s nationaux olympiques (CNO), suggĂšre des amendements au projet de loi et souligne que le CONI ne devrait pas, comme le prĂ©voit le texte initial, "ĂȘtre rĂ©organisĂ© par des dĂ©cisions unilatĂ©rales du gouvernement".

Le CIO a Ă©galement proposĂ© dans un premier temps la tenue "cette semaine" Ă  Lausanne d'une rĂ©union avec le CONI afin "d'aider Ă  rĂ©gler la question". ContactĂ©e par l'AFP, une source italienne proche du dossier a estimĂ© que "la situation est compliquĂ©e". Selon la mĂȘme source, le principe de cette rĂ©union a Ă©tĂ© "approuvĂ©" mais le CIO qui a prĂ©cisĂ© avoir "rĂ©itĂ©rĂ©" sa proposition, a ajoutĂ© que la rĂ©union pourrait dĂ©sormais se tenir en septembre "avec le CONI et les autoritĂ©s gouvernementales compĂ©tentes".

Le CIO rappelle également dans son courrier au CONI le contenu de l'article 27.9 de la charte olympique qui prévoit qu'en cas de transgression de la charte, la commission exécutive du CIO peut prendre "toutes décisions appropriées pour la protection du Mouvement olympique dans le pays d'un CNO, notamment la suspension ou le retrait de la reconnaissance d'un tel CNO" si la constitution, la législation, ou d'autres réglementations en vigueur dans ce pays, ou tout acte d'un organisme gouvernemental ou de toute autre entité, ont pour effet "d'entraver l'activité du CNO".

Le parlement italien a adopté mardi soir, quelques heures aprÚs la publication de la lettre du CIO, une loi-cadre qui autorise le gouvernement à réformer l'organisation du sport au niveau olympique. Mais les parlementaires se sont défendus mercredi d'avoir voulu mettre en danger l'indépendance du CONI.

- "Respect de la charte" -

"Nous avons réussi à faire adopter un ordre du jour (un document juridiquement non contraignant, NDLR) qui engage le gouvernement à exercer ses prérogatives, dans le respect de la charte olympique", a déclaré le sénateur Claudio Barbaro, cité dans la presse. Le gouvernement italien dispose d'un an maximum pour approuver les décrets d'application concrets de cette loi-cadre.

"Maintenant, il y a la seconde partie du travail à faire (...) avec les décrets législatifs et d'application (...) Dans ce cadre nous allons clarifier les doutes qui naissent d'un malentendu, comme le démontre la lettre du fonctionnaire du CIO", a déclaré Giancarlo Giorgetti, secrétaire d'Etat chargé des sports et, surtout, bras droit de Matteo Salvini, chef de la Ligue et homme fort du gouvernement.

"Malheureusement, les problÚmes soulevés par le CIO n'ont pas été pris en considération et la loi a été adoptée", a encore déploré le CIO mercredi soir dans son communiqué.
Cette question de l'autonomie du CONI surgit moins de deux mois aprÚs la désignation fin juin de Milan-Cortina d'Ampezzo pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2026, aux dépens de Stockholm.

Si l'Italie Ă©tait suspendue pour ingĂ©rence gouvernementale, il s'agirait de la premiĂšre grande nation Ă  subir une telle sanction depuis l'Inde en 2012. Les sportifs indiens avaient dĂ©filĂ© lors de la cĂ©rĂ©monie d'ouverture des JO de Sotchi-2014 derriĂšre le drapeau olympique avant que la suspension ne soit levĂ©e avant mĂȘme la fin des JO d'hiver, comme le rappelle pour l'AFP l'universitaire lausannois Jean-Loup Chappelet.

Outre le Panama en 2007 et l'Irak en 2008, le Koweït a également vu en 2015 son CNO suspendu là encore pour "interférences politiques". Ses athlÚtes avaient de ce fait participé sous drapeau neutre aux JO de Rio-2016 avant la levée de la suspension en juillet dernier. Dans sa lettre au CONI, le CIO rappelle également que le principe "d'autonomie du sport" a été "formellement reconnu" par les Nations Unies dans une résolution d'octobre 2014.

AFP

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