Le Conseil constitutionnel va devoir se pencher sur un point de l'enquĂȘte pour trafic d'influence qui vaut une mise en examen Ă Nicolas Sarkozy, ce qui devrait retarder cette procĂ©dure dans laquelle l'ancien chef de l'Etat n'a pas Ă©puisĂ© les recours.
Saisie par l'un des mis en cause, le haut magistrat à la retraite Gilbert Azibert, la Cour de cassation a décidé mardi de transmettre aux Sages de la rue de Montpensier une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), qui porte sur la protection du secret du délibéré d'un juge.
Le 7 mai, la cour d'appel de Paris avait validĂ© l'essentiel de la procĂ©dure et notamment des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques trĂšs contestĂ©es par la dĂ©fense, sur lesquelles repose ce dossier qui menace Nicolas Sarkozy d'un renvoi en correctionnelle, alors qu'il ambitionne de revenir Ă l'ĂlysĂ©e en 2017. Son avocat historique Thierry Herzog et Gilbert Azibert sont aussi mis en examen.
Les Ă©coutes de Nicolas Sarkozy avaient Ă©tĂ© ordonnĂ©es dans une autre enquĂȘte, portant sur le financement de sa campagne prĂ©sidentielle de 2007.
L'ancien chef de l'Ătat est soupçonnĂ© d'avoir tentĂ©, fin 2013 dĂ©but 2014, d'obtenir auprĂšs de Gilbert Azibert, alors en poste Ă la Cour de cassation, des informations couvertes par le secret dans l'affaire Liliane Bettencourt, dans laquelle il contestait la saisie de ses agendas aprĂšs avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© d'un non-lieu.
Les juges soupçonnent aussi le magistrat d'avoir tenté d'influencer ses collÚgues pour rendre une décision favorable à Nicolas Sarkozy, en échange d'une promesse d'intervention de l'ex-président pour qu'il obtienne un poste de prestige à Monaco. Enfin, l'actuel patron du parti Les Républicains, qui utilisait un téléphone d'emprunt, est soupçonné d'avoir eu connaissance de son placement sur écoutes.
Nicolas Sarkozy, qui conteste vigoureusement toute infraction, est mis en examen dans ce dossier depuis le 1er juillet 2014 pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actifs.
- "Ironie cruelle" -
AprĂšs la dĂ©cision de la cour d'appel validant la procĂ©dure, les trois mis en cause ont dĂ©posĂ© un pourvoi en cassation. Gilbert Azibert y avait ajoutĂ© la QPC, qui porte sur la protection du secret du dĂ©libĂ©rĂ© lorsqu'il est visĂ© dans une enquĂȘte.
Les juges d'instruction Patricia Simon et Claire ThĂ©paut ont en effet saisi, lors d'une perquisition Ă la Cour de cassation, l'avis du conseiller rapporteur de la chambre qui siĂ©geait sur la saisie des agendas et le projet d'arrĂȘt, par voie informatique. Elles soupçonnent Gilbert Azibert d'avoir eu accĂšs Ă cet avis, couvert par le secret, et d'en avoir communiquĂ© des Ă©lĂ©ments Ă Me Herzog, qui les aurait lui-mĂȘme transmis Ă Nicolas Sarkozy.
Lors de l'audience sur la QPC, l'avocat gĂ©nĂ©ral, François Cordier, avait relevĂ© mercredi dernier l'"ironie cruelle" et la "meurtrissure" de devoir examiner cette demande dĂ©posĂ©e par un magistrat lui-mĂȘme soupçonnĂ© d'avoir tentĂ© de percer le secret du dĂ©libĂ©rĂ©.
Mais il avait souligné le caractÚre "indéniablement" sérieux de la question, car "aucune limite n'a été fixée" et "aucun contrÎle n'est prévu" pour de telles saisies. Or, "le secret des délibérations participe à l'indépendance des juges".
L'avocate de M. Azibert, Claire Waquet, a dit espérer que le Conseil constitutionnel consacre le secret du délibéré "par une protection adaptée".
La dĂ©cision des Sages pourrait aboutir Ă l'annulation de ces saisies dans l'enquĂȘte. L'Ă©tude de la QPC devrait en tout cas retarder l'examen par la Cour de cassation des pourvois dĂ©posĂ©s MM. Sarkozy, Herzog et Azibert.
La Conseil constitutionnel a un délai de trois mois pour se prononcer et dire si la loi protÚge suffisamment ce secret du délibéré. En tant qu'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy est membre de droit du Conseil constitutionnel mais il n'y siÚge plus depuis janvier 2013, précise le site internet de l'institution.
Par Angus MACKINNON - © 2015 AFP
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