"Le gendarme de Abobo", un film avec la star africaine Michel Gohou, le "Louis de FunÚs africain" bat les records d'entrées pour une production ivoirienne et devrait faire carriÚre sur les écrans africains, voire français.
Avec un peu moins de 2 millions d'habitants, pour la plupart pauvres, Abobo, un des grands quartiers populaires d'Abidjan, n'a rien Ă voir avec Saint-Tropez, station balnĂ©aire huppĂ©e de la Cote d'Azur, oĂč l'adjudant Cruchot, alias Louis de FunĂšs, sĂ©vissait dans le "Gendarme Ă Saint Tropez", film emblĂ©matique français des annĂ©es 1960 qui eut cinq suites sur 20 ans.
Ici l'adjudant n'obtient pas une promotion en étant nommé à Saint-Tropez mais se fait sanctionner aprÚs avoir tenté de racketter le chauffeur d'un ministre qui le fait muter à Abobo... "Il y a des clins d'oeil au film français avec le concept du gendarme" mais ce n'est pas un remake, souligne Anton Vassil, réalisateur-prodcteur du film.
"Le pire gratteur (l'acteur Gohou) de la CÎte d?Ivoire et le plus grand emmerdeur de France (Ray Reboul) vont faire la loi dans le quartier le plus sensible d'Abidjan", résume le synopsis.
- Françafrique, crise ivoirienne et insécurité -
Le film est portĂ© par Gohou, "gĂ©nie comique", "De FunĂšs africain" selon Anton Vassil. "J'aime les films oĂč on me laisse libre de crĂ©er entre les lignes", explique Gohou, qui assure devoir beaucoup Ă Abobo.
Dans la vraie vie, victime dans sa jeunesse d'une maladie grave qui a failli le tuer et l'a laissé bossu et petit, Gohou a débarqué de l'intérieur du pays il y a 35 ans à Abobo, sans le sou. Il y a fait des petits boulots, notamment celui de blanchisseur, avant de réussir dans le show-business.
"Abobo m'a accueilli (...) m'a tout donné. Et au niveau de l'inspiration, ici, il n'y pas un jour sans qu'on voie une scÚne (cocasse)", raconte l'acteur qui n'y vit plus mais y a investi. "Avant on disait +Abobo-la-Guerre+, +Abobo-Bagdad+, ce sont des noms cyniques et parlants, mais ça se lave (change).(...) on va amener des touristes. Revenez dans deux ans, vous allez trouver une autre commune", espÚre Gohou.
Dans le film, le gendarme est en contact avec la réalité d'Abobo: les "brouteurs" (arnaqueurs sur internet), les "microbes" (délinquants mineurs), l'insécurité, la pauvreté, les bidonvilles, les routes non bitumées...
"(Les microbes) c'est un flĂ©au mais avec le temps, on va contenir ça. Ils ont besoin d'ĂȘtre encouragĂ©s, encadrĂ©s. Chacun un petit mĂ©tier, et il vont abandonner les couteaux et ciseaux avec lesquels ils agressent", dit Gohou.
Le film aborde avec humour de nombreux sujets sensibles: corruption, terrorisme, religion, relations hommes-femmes, crise ivoirienne ou...Françafrique. "On intervient que sur ordre de Bolloré ou Orange", (réciproquement homme d'affaires et opérateur téléphonique français), et lance un militaire français dans le film, déclenchant l'hilarité des spectateurs qui rigolent aussi quand un gendarme remplace avant la visite de ses supérieurs le portrait de l'ancien président
Laurent Gbagbo par celui de l'actuel Alassane Ouattara. La crise politique ivoirienne a fait 3000 morts en 2010-2011. "Aux temps forts déjà de la crise, on riait de ce qu'on vivait. C'est du passé", affirme Gohou.
- Une réussite africaine -
Le succÚs est au rendez-vous. "J'ai bien aimé le film, le coté comique, captivant, donnant une leçon à la nation ivoirienne (...) Ca parle de tout, de la situation de nos policiers, de la vie de couple quand on a une femme portée sur le matériel", affirme une spectatrice Mélanie Dieng. "Ca fait plaisir de voir un film ivoirien avec nos acteurs ivoiriens".
DiffusĂ© sur les quatre Ă©crans que compte Abidjan, le film fait salle comble. Avec prĂšs de 15.000 entrĂ©es, il est dĂ©sormais le film ivoirien ayant eu le plus de spectateurs, mĂȘme s'il ne peut aspirer aux recettes des blockbusters amĂ©ricains.
"Le budget est un secret mais nous avons fait ce film sans aucune aide", explique le Français Anton Vassil, qui espĂšre ĂȘtre distribuĂ© en Afrique et en France avant le passage Ă la tĂ©lĂ©vision. "La demande appelle la demande. Il ne faut pas que le monde entier ne devienne une copie amĂ©ricaine. Chaque pays a des valeurs, des traditions. Ce film est 'nationiste'. Quand les gens voient ce film, ils sont fiers d'ĂȘtre ivoiriens",dit-il, espĂ©rant que ce film en appellera d'autres.
Michel Gohou ajoute: "On n'a pas le centiÚme d'un film américain mais le potentiel humain est là . Il faut arriver à produire, pour dire aux bailleurs que nous avons cette possibilité de réussir. Le cinéma africain est en train de se repositionner".
Infatigable, malgré un agenda surchargé entre shows comiques et tournages, Gohou, 60 ans, ne se lasse pas: "Pendant qu'on est capable, il faut courir. C'est ce que je fais et je vais courir jusqu'à ce que la derniÚre boule de force soit épuisée. C'est le métier que j'ai choisi".
AFP


