En raison de "risques de troubles Ă  l'ordre public"

Le gouvernement fait interdire la manifestation pro palestinienne de samedi Ă  Paris

  • PubliĂ© le 14 mai 2021 Ă  00:46
  • ActualisĂ© le 14 mai 2021 Ă  05:00
Le préfet de police  Didier Lallement lors d'un déplacement dans un poste de police à La Courneuve le 5 juillet  2020

La manifestation en soutien au peuple palestinien prévue samedi à Paris a été interdite jeudi à la demande du gouvernement en raison de "risques de troubles à l'ordre public", une décision dénoncée par les organisateurs et la France Insoumise comme une provocation et une atteinte à la démocratie.

Le prĂ©fet de police de Paris, Didier Lallement, a pris en fin de journĂ©e un arrĂȘtĂ© d'interdiction de la marche, prĂ©vue samedi Ă  15H00 de BarbĂšs Ă  la place de la Bastille (nord-est parisien) et organisĂ©e par "l'Association des Palestiniens en Ile-de-France". Et ce "conformĂ©ment" Ă  la demande que lui avait adressĂ©e dans la journĂ©e le ministre de l'IntĂ©rieur, GĂ©rald Darmanin.

Pour motiver son arrĂȘtĂ©, le prĂ©fet indique notamment qu'il "existe un risque sĂ©rieux que les affrontements entre palestiniens et forces de l'ordre israĂ©liennes ne se transportent sur le territoire national", occasionnant "des troubles graves Ă  l'ordre public". Il pointe le "trĂšs grand risque" d'"exactions contre des synagogues et intĂ©rĂȘts israĂ©liens" comme celles observĂ©es "cette semaine" dans des "pays voisins comme l'Allemagne". "Une forte mobilisation est attendue, rassemblant des soutiens hĂ©tĂ©rogĂšnes", dont possiblement "de nombreux Ă©lĂ©ments Ă  risque cherchant Ă  provoquer des affrontements avec les forces de l'ordre", ajoute-t-il.

Il rappelle qu'en juillet 2014 plusieurs manifestations, organisĂ©es notamment Ă  Paris, pour dĂ©noncer l'offensive israĂ©lienne dans la bande de Gaza, avaient Ă©tĂ© le "théùtre d'heurts violents". Dans un tĂ©lĂ©gramme envoyĂ© Ă  l'ensemble des prĂ©fets et consultĂ© par l'AFP, GĂ©rald Darmanin a lui aussi rappelĂ© "le prĂ©cĂ©dent du 19 juillet 2014 Ă  Paris", oĂč le rassemblement avait dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en violences. Il a demandĂ© aux prĂ©fets de suivre de prĂšs les rassemblements prĂ©vus dans diffĂ©rentes villes (Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Rennes, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse...). Il les enjoint notamment d'"anticiper les risques de dĂ©bordement" et de "ne pas hĂ©siter" Ă  "interdire" les manifestations si leurs dĂ©clarations sont "hors dĂ©lai", reprĂ©sentent un risque de "troubles Ă  l'ordre public" ou ne "respectent pas les rĂšgles de l'Ă©tat d'urgence sanitaire".

Et les a Ă©galement appelĂ©s Ă  assurer la "protection des lieux de culte, Ă©coles, centres culturels et commerces de la communautĂ© juive". L'interdiction de la manifestation parisienne a reçu le soutien Ă  droite du dĂ©putĂ© LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, et du maire de Nice, Christian Estrosi, qui a demandĂ© au prĂ©fet des Alpes-maritimes de faire de mĂȘme dans son dĂ©partement.

- "Complicité avec Israël" -

L'organisatrice de la manifestation, l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, a "condamnĂ© cette interdiction" jeudi soir par la voix de l'un de ses responsables, Walid Atallah. "En interdisant cette manifestation, la France montre sa complicitĂ© avec l'Etat d'IsraĂ«l, qui veut interdire toute manifestation de soutien aux droits des Palestiniens, qui subissent l'occupation, la colonisation et les bombardements", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP.

L'association va contester cette interdiction en déposant vendredi "un recours en référé-liberté au tribunal administratif", a-t-il ajouté. Elle avait déposé la demande de manifestation à la préfecture de Paris au nom d'un collectif d'une trentaine d'associations, au départ pour commémorer la Nakba ("catastrophe" en arabe), l'exode de centaines de milliers de Palestiniens à la création d'Israël en 1948. "Et puis les évÚnements de cette semaine en Palestine sont venus se greffer... On défile pacifiquement, on a fait divers rassemblements ces derniers temps qui se sont toujours passés sans problÚmes", regrette-t-il, estimant cette interdiction "faite pour attiser les tensions, comme en 2014".

La perspective d'interdiction de la manifestation avait Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e dans la journĂ©e Ă  gauche par plusieurs responsables de la France Insoumise (LFI). "La France, seul pays au monde oĂč sont interdites toutes les manifestations de soutien aux Palestiniens et de protestation contre le gouvernement d'extrĂȘme droite israĂ©lien !", a dĂ©noncĂ© sur Twitter le chef du parti, Jean-Luc MĂ©lenchon, ajoutant: "C'est Ă©videmment dans le seul but de provoquer des incidents et pouvoir stigmatiser cette cause".

"Tout ça sent la provoc de Darmanin", a renchĂ©ri le dĂ©putĂ© LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. "Pourquoi (y avait-il eu) des troubles en 2014? Car justement la manif Ă©tait interdite. Depuis il y en a eu d’autres en solidaritĂ© avec la Palestine sans heurts".

Lors de la manifestation du 19 juillet 2014 à Paris, des milliers de manifestants avaient bravé l'interdiction de manifester à BarbÚs. Le rassemblement avait dégénéré rapidement, laissant place à des heures d'émeutes urbaines. Mais "il y avait eu bien d'autres rassemblements, qui avaient été trÚs pacifiques", a rappelé M. Atallah.

Les affrontements entre le Hamas et Israël avaient fait jeudi plus de 100 morts à Gaza, enclave palestinienne sous blocus israélien contrÎlée par le Hamas, et 7 cÎté israélien, et ne montrait aucun signe d'apaisement.

AFP

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