Cinq jours aprÚs l'élection

Le Honduras toujours sans président, les manifestations se multiplient

  • PubliĂ© le 1 dĂ©cembre 2017 Ă  22:32
  • ActualisĂ© le 1 dĂ©cembre 2017 Ă  22:51
Des partisans de l'opposition affrontent des soldats et des policiers antiémeutes alors que le pays attend les résultats définitifs de l'élection présidentielle, le 30 novembre 2017 à Tegucigalpa

Cinq jours aprÚs l'élection présidentielle, le Honduras n'avait toujours pas de vainqueur vendredi, l'autorité électorale ayant annoncé un recompte de certains procÚs-verbaux litigieux, tandis que les manifestations contre une "fraude" supposée se multiplient.


A l'inverse de la tendance initiale, le chef de l'Etat sortant, le conservateur Juan Orlando Hernandez, Ă©tait en tĂȘte avec 42,92% des voix contre 41,42% pour son rival de gauche Salvador Nasralla, star de la tĂ©lĂ©vision et novice en politique, selon des rĂ©sultats partiels portant sur 94,31% des suffrages publiĂ©s par le Tribunal suprĂȘme Ă©lectoral (TSE).
Le président du TSE, David Matamoros, a annoncé qu'une fois le dépouillement terminé, l'autorité électorale commencerait une phase "spéciale" de recomptage de certains procÚs-verbaux litigieux, en présence de représentants des partis. Il n'était pas encore clair si les observateurs internationaux pourraient y assister.
"Nous ne ferons plus d'annonce (de résultats) jusqu'à la fin du processus" de vérification, a-t-il ajouté sur Twitter.
Seule date butoir pour le TSE, l'obligation de proclamer un vainqueur au plus tard un mois aprÚs les élections du 26 novembre.
"Nous attendons le résultat au plus tard ce soir", a assuré vendredi le président Hernandez, du Parti national (droite).
De son cÎté, le candidat arrivé en troisiÚme position, le libéral Luis Zelaya (14,75%), a affirmé que Nasralla avait remporté les élections et l'a félicité.
Pendant ce temps, les sympathisants de Salvador Nasralla, de l'Alliance de l'opposition contre la dictature, qui estime s'ĂȘtre fait voler sa victoire, sont descendus dans la rue mercredi soir et jeudi, Ă  l'appel de l'opposant.
"On l'entend, on le sent, Nasralla président", "JOH dehors" - en référence aux initiales du chef de l'Etat sortant -, scandaient des centaines de manifestants à proximité du Tribunal électoral, incendiant des barricades et jetant des pierres sur les forces de l'ordre, qui ont répondu par des gaz lacrymogÚnes. D'autres incidents ont éclaté à travers le pays.
Au moins deux membres des forces de l'ordre et une dizaine de manifestants ont été blessés au cours des affrontements, dont certains par balles. Des saccages de commerces ont été signalés.


- Manifestants cagoulés -


Vendredi matin, quelques manifestants cagoulés, qui faisaient face aux forces de l'ordre, commençaient à occuper des artÚres de la capitale et à incendier des barricades, a constaté l'AFP.
Le prĂ©sident Juan Orlando Hernandez cherche Ă  se faire réélire, mais sa candidature est contestĂ©e par l'opposition car elle se fonde sur un dĂ©cision controversĂ©e de la Cour suprĂȘme l'autorisant Ă  briguer un second mandat malgrĂ© l'interdiction de la Constitution.
"Si l'élection a été entachée d'une fraude évidente et que l'autoritarisme du président se renforce, cela va discréditer le processus (électoral) et il peut y avoir des protestations", a prévenu l'analyste Victor Meza.
Les premiers chiffres diffusés dans la nuit de dimanche à lundi créditaient de cinq points d'avance le candidat de l'Alliance de l'opposition contre la dictature sur le président. Depuis, l'écart s'est resserré au fil du dépouillement avant que l'ordre ne s'inverse entre mercredi et jeudi.
Mercredi, le systÚme informatique du TSE a subi une interruption de cinq heures et plusieurs autres incidents ponctuels, alimentant les soupçons.
Le dirigeant de l'opposition Juan Barahona a appelé à protester dans chaque quartier. "Jour et nuit, nous allons descendre dans la rue car c'est la seule façon de revenir sur ce vol de la présidence", a-t-il déclaré.
L'eurodĂ©putĂ©e portugaise Marisa Matias, responsable de la mission des observateurs de l'Union europĂ©enne (UE), a condamnĂ© les violences et appelĂ© "au calme et Ă  attendre que les rĂ©sultats puissent ĂȘtre vĂ©rifiĂ©s par tous les acteurs" du processus Ă©lectoral.
La représentation des Nations unies à Tegucigalpa a appelé les manifestants à exercer leur droit à la liberté d'expression "de maniÚre appropriée" et les policiers à "remplir leurs fonctions dans le respect des droits de l'homme".

Par Joris FIORITI - © 2017 AFP

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