Etats-Unis

Le juge Kavanaugh fragilisé par de nouvelles accusations

  • PubliĂ© le 27 septembre 2018 Ă  07:23
  • ActualisĂ© le 27 septembre 2018 Ă  07:40
Le magistrat Brett Kavanaugh lors de sa rĂ©cente audition au SĂ©nat, oĂč il revient jeudi pour rĂ©pondre des accusations qui le visent

La candidature du juge Brett Kavanaugh Ă  la Cour suprĂȘme des Etats-Unis a Ă©tĂ© fragilisĂ©e mercredi par une nouvelle accusation d'abus sexuel remontant Ă  sa jeunesse et l'apparition d'une premiĂšre faille dans le soutien jusqu'ici indĂ©fectible de Donald Trump.

Julie Swetnick, une fonctionnaire fédérale, a accusé le magistrat d'avoir fait partie au début des années 80 d'un groupe de garçons qui tentaient de faire boire ou droguer des filles en vue d'abuser d'elles.

Dans une dĂ©claration sur l'honneur transmise au SĂ©nat, la quinquagĂ©naire a Ă©galement affirmĂ© avoir Ă©tĂ© elle-mĂȘme victime d'un viol collectif lors d'une fĂȘte oĂč Brett Kavanaugh Ă©tait "prĂ©sent" vers 1982.
"Je ne sais pas de qui il s'agit et ceci n'a jamais eu lieu", a immédiatement rétorqué Brett Kavanaugh, 53 ans, en dénonçant dans un bref communiqué une attaque "ridicule", venue de "la quatriÚme dimension".

Le président Trump, son plus féroce défenseur jusqu'ici, lui a apporté un soutien moins appuyé qu'avant lors d'une conférence de presse à New York.
D'un cÎté, il a dénoncé une "belle grosse arnaque" orchestrée par les démocrates pour faire dérailler la confirmation de son candidat et loué "un gentleman", un "génie extraordinaire".
De l'autre, il a assurĂ© qu'il pourrait "changer d'avis" aprĂšs avoir entendu le tĂ©moignage de sa premiĂšre accusatrice, Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans qui doit ĂȘtre auditionnĂ©e jeudi devant une commission sĂ©natoriale.
"Si je pensais qu'il était coupable de quoi que ce soit, oui je pourrais" lui retirer mon soutien, a déclaré le milliardaire républicain, en évoquant pour la premiÚre fois, l'hypothÚse d'avoir à lui trouver un remplaçant.

"Me violer"

Le magistrat conservateur semblait en bonne voie d'ĂȘtre confirmĂ© Ă  la Cour suprĂȘme, quand Christine Blasey Ford l'a accusĂ©, il y a une dizaine de jours, d'une agression lors d'une soirĂ©e arrosĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1980.
Selon ses dires, le jeune Kavanaugh, accompagné d'un ami nommé Mark Judge, l'avait isolée dans une chambre, plaquée sur un lit et avait tenté de la déshabiller. Profitant de leur ébriété, elle s'était enfuie.
"Je croyais qu'il allait me violer", devrait-elle déclarer jeudi sous serment, selon une copie des remarques préparées pour son audition. "Je ne suis pas ici aujourd'hui parce que je le veux. Je suis terrifiée. Je suis ici parce que j'estime qu'il est de mon devoir civique" de témoigner, devrait-elle aussi affirmer aux sénateurs.
"Je n'étais pas parfait à l'époque (...) mais je n'ai jamais rien fait quelque chose ressemblant de prÚs ou de loin à cela", devrait pour sa part dire le juge Kavanaugh, qui sera entendu aprÚs son accusatrice.

Les deux parties seront interrogĂ©es par les sĂ©nateurs ou une procureure spĂ©cialisĂ©e dans les affaires de violences sexuelles, recrutĂ©e par les Ă©lus rĂ©publicains. Les auditions seront retransmises en direct et devraient ĂȘtre suivies par des millions de personnes.
Depuis que Mme Blasey Ford est sortie de l'ombre, deux autres femmes lui ont emboßté le pas.

Une ancienne camarade du juge, Deborah Ramirez, 53 ans, l'a accusé dimanche d'avoir exhibé son sexe prÚs de son visage lors d'une soirée arrosée à l'université de Yale.
Mercredi, Julie Swetnick a livré une charge nettement plus lourde.

Viols collectifs

Dans sa dĂ©claration, elle explique avoir participĂ© Ă  une dizaine de fĂȘtes dans la rĂ©gion de Washington entre 1981 et 1983 oĂč se trouvaient aussi Brett Kavanaugh et Mark Judge.
"Je (les) ai vu boire de maniÚre excessive et avoir un comportement totalement inapproprié, notamment en devenant trÚs agressifs avec les filles", écrit-elle, en les accusant notamment d'avoir "caressé et peloté des filles sans leur consentement".
"Brett Kavanaugh et d'autres tentaient de soĂ»ler et de dĂ©sorienter les filles Ă  un point qu'elles pouvaient ĂȘtre violĂ©es en rĂ©union", assure-t-elle encore.
"En 1982, j'ai été victime d'un de ces viols collectifs", confie-t-elle, en expliquant avoir été incapable de se défendre probablement sous l'effet d'une drogue. "Mark Judge et Brett Kavanaugh étaient présents", affirme-t-elle sans donner plus de détails.
Les dĂ©mocrates ont immĂ©diatement exigĂ© que le prĂ©sident retire la candidature du juge Kavanaugh ou qu'il ordonne une enquĂȘte du FBI sur l'ensemble des allĂ©gations, ce qu'il a refusĂ© jusqu'ici.

Ils ont aussi demandé au Sénat de suspendre le processus de confirmation du juge.
Selon la Constitution, le SĂ©nat doit donner son feu vert pour toute nomination Ă  vie Ă  la Cour suprĂȘme, institution chargĂ©e de trancher les questions de sociĂ©tĂ© les plus Ă©pineuses, comme la rĂ©gulation des armes Ă  feu, le droit Ă  l'avortement ou le mariage homosexuel.

La majoritĂ© rĂ©publicaine a manifestĂ© ces derniers jours son empressement Ă  confirmer le magistrat avant les Ă©lections parlementaires du 6 novembre. L'arrivĂ©e d'un juge conservateur Ă  la Cour suprĂȘme y placerait les juges progressistes en minoritĂ© pour plusieurs annĂ©es.

© 2018 AFP

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