Six victimes

Le Liban Ă  cran au lendemain de violents affrontements

  • PubliĂ© le 15 octobre 2021 Ă  12:42
  • ActualisĂ© le 15 octobre 2021 Ă  13:51
Un homme armé tire dans les rues de Beyrouth, le 14 ocotbre 2021 au Liban

Le Liban se prépare à inhumer vendredi les victimes des plus violents affrontements depuis des années dans le pays, dans une atmosphÚre tendue au lendemain de heurts qui ont secoué le centre de Beyrouth et ravivé le spectre de la guerre civile.

Cinq des six victimes relĂšvent des deux partis chiites, le Hezbollah pro-iranien et son alliĂ© le mouvement Amal, qui avaient organisĂ© jeudi une manifestation devant le Palais de Justice de Beyrouth pour exiger le remplacement du juge chargĂ© de l'enquĂȘte sur l'explosion au port de la capitale l'an dernier.

Les formations chiites accusent le parti chrétien des Forces Libanaises d'avoir déployé des francs-tireurs sur les toits des immeubles environnants et d'avoir visé leurs partisans qui s'approchaient des quartiers chrétiens jouxtant le secteur.

Les Forces Libanaises ont dĂ©menti et rĂ©clamĂ© une enquĂȘte officielle, accusant le Hezbollah d'avoir "envahi" les quartiers chrĂ©tiens en marge de la manifestation. Vendredi, le journal Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a publiĂ© en premiĂšre page un portrait du chef de la formation chrĂ©tienne, Samir Geagea, en uniforme nazi, avec une moustache Ă  la Hitler, et Ă©crit en manchette: "pas de doute".

"Samir Geagea, tu étais le premier à savoir ce qui s'est passé hier (..) parce que tu as planifié, préparé et exécuté un grand crime", a accusé le journal. Le parti chrétien est le plus farouche détracteur de la formation pro-iranienne.

La tension restait vive vendredi, décrété jour de deuil national, malgré le déploiement en force de l'armée libanaise dans les quartiers qui ont été le théùtre des affrontements, selon des correspondants de l'AFP.

Jeudi, des centaines de miliciens d'Amal et du Hezbollah s'étaient déployés dans les rues du secteur de Tayouné, proche du Palais de Justice, prÚs de l'ancienne ligne de démarcation au cours de la guerre civile (1975-1990) entre les quartiers musulmans et chrétiens.

Les circonstances exactes des violences qui se sont produites dans ce secteur restent confuses. L'armĂ©e a fait Ă©tat "d'Ă©changes de tirs" "au moment oĂč les manifestants Ă©taient en route pour protester devant le Palais de Justice". Le ministre de l'IntĂ©rieur Bassam Mawlawi a affirmĂ© que des "francs-tireurs" avaient tirĂ© sur les manifestants.

Le déluge de feu qui s'est abattu sur ce secteur a terrorisé les habitants, ravivant le spectre de la guerre civile qu'ils croyaient avoir oubliée. Mariam Daher, une mÚre de famille de 44 ans, s'est dit "terrifiée" par l'idée d'un retour à la guerre civile. "Je ne peux plus revivre cette expérience. Je veux partir et protéger mes enfants", a-t-elle déclaré.

Moscou a appelĂ© vendredi les acteurs de la crise Ă  "faire preuve de retenue". La France a pour sa part appelĂ© jeudi Ă  "l'apaisement" et les Etats-Unis Ă  la "dĂ©sescalade", les deux pays insistant sur "l'indĂ©pendance de la justice". Le porte-parole de l'ONU, StĂ©phane Dujarric, a appelĂ© Ă  "cesser les actes provocateurs" et plaidĂ© pour une "enquĂȘte impartiale" sur l'explosion au port.

- Crise gouvernementale -

Deux des victimes sont des membres du puissant Hezbollah et trois faisaient partie du mouvement Amal. Une mÚre de cinq enfants, tuée par une balle perdue alors qu'elle se trouvait chez elle, a été comptabilisée par le Hezbollah au nombre de ses "martyrs". Leurs funérailles sont prévues dans l'aprÚs-midi.

Selon le ministĂšre de la SantĂ©, 32 personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es. Ces violences viennent accroĂźtre la tension politique dans le pays, oĂč le Hezbollah et ses alliĂ©s exigent le dĂ©part du juge Tareq Bitar qui, malgrĂ© les fortes pressions, veut poursuivre plusieurs responsables dans le cadre de son enquĂȘte sur l'explosion au port de Beyrouth du 4 aoĂ»t 2020 (plus de 200 morts).

Mais les responsables politiques refusent d'ĂȘtre interrogĂ©s mĂȘme si les autoritĂ©s ont reconnu que les Ă©normes quantitĂ©s de nitrate d'ammonium qui ont explosĂ© avaient Ă©tĂ© stockĂ©es au port pendant des annĂ©es sans prĂ©caution.

La manifestation s'est produite aprÚs que la Cour de cassation a rejeté des plaintes de députés et ex-ministres à l'encontre de M. Bitar, lui permettant de reprendre ses investigations.

L'affaire a provoqué la crise la plus grave pour le gouvernement de Najib Mikati depuis sa formation le mois dernier. Une réunion du cabinet mardi a failli imploser en raison de la demande des ministres relevant des partis chiites de remplacer le juge. Le gouvernement ne s'est plus réuni depuis, Amal et le Hezbollah exigeant qu'il tranche sur cette affaire et les autres membres du cabinet défendant la séparation des pouvoirs.

AFP

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