Elections

Le Mali retourne aux urnes dimanche, "IBK" en pole position

  • PubliĂ© le 10 aoĂ»t 2018 Ă  09:37
  • ActualisĂ© le 10 aoĂ»t 2018 Ă  10:11
Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (gauche) et son adversaire pour le second tour de la présidentielle, Soumaïla Cissé (droite), le 29 juillet 2018.

Le Mali, toujours confronté à la menace jihadiste malgré cinq ans d'interventions militaires internationales, retourne aux urnes dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle avec un chef d'Etat sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, en position de force face à un candidat de l'opposition qui n'a pas su unifier le camp de l'alternance.


Le vainqueur, qui entrera en fonction début septembre, aura la lourde tùche de relancer l'accord de paix conclu en 2015 par le gouvernement et l'ex-rébellion à dominante touareg, dont l'application accumule les retards.

L'accord avait Ă©tĂ© signĂ© aprĂšs l'intervention de l'armĂ©e française qui, en 2013, avait repris le contrĂŽle du nord du Mali, oĂč les jihadistes avaient instaurĂ© la charia pendant un an.

Au chevet de cet immense pays du Sahel, la communautĂ© internationale s'impatiente et espĂšre que le prochain prĂ©sident saura enrayer la propagation des violences islamistes, qui se sont Ă©tendues du nord vers le centre et le sud du Mali, et le Burkina Faso et Niger voisins, se mĂȘlant souvent Ă  des conflits ethniques ayant encore fait plus de 10 morts cette semaine.

Avec l'opération "Barkhane", la France a déployé au Mali et dans trois autres pays du Sahel sa plus importante mission militaire à l'étranger, avec 4.500 hommes. Les Nations unies disposent quant à elles dans le pays de leur plus important contingent de soldats de la paix, avec 14.000 Casques bleus. S'y ajoutent des membres de la force antijihadiste du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad).

Pendant un entre-deux tours au climat pesant, l'opposition a accusé le pouvoir d'avoir profité de l'insécurité dans le Nord et le Centre pour manipuler le vote au premier tour, le 29 juillet."Pour diverses raisons", prÚs de 250.000 électeurs n'ont pas été en mesure de voter dans ces deux régions, a reconnu le gouvernement. Mais les accusations de fraudes, notamment de "bourrages d'urnes", ont été balayées par la Cour constitutionnelle, qui a officiellement crédité M. Keïta de 41,70% des suffrages, contre 17,78% pour Soumaïla Cissé.

La mission d'observation de l'Union européenne a réclamé davantage de "transparence", ainsi que la garantie que tous les électeurs auront accÚs dimanche aux bureaux de vote. Ce qui a valu un rare rappel à l'ordre du ministÚre malien des Affaires étrangÚres, qui a demandé à l'UE de ne pas "entraver le processus électoral".

- "Revanche" de 2013 -

Dans ce qui s'apparente Ă  la revanche de 2013, M. KeĂŻta, dit "IBK", qui brigue Ă  73 ans un second mandat, sera donc une nouvelle fois dĂ©fiĂ© par SoumaĂŻla CissĂ©, un ancien ministre des Finances de 68 ans.Convaincu d'ĂȘtre "sur orbite", le chef de l'Etat mise avant tout sur son bilan, pourtant jugĂ© en demi-teinte. Outre la propagation des violences, le pays, cĂ©lĂ©brĂ© pour son rayonnement culturel avec ses citĂ©s lĂ©gendaire comme Tombouctou et ses musiciens de renommĂ©e mondiale, s'est appauvri.

Le revenu par habitant a reculĂ© depuis 2014, selon la Banque mondiale, et quelque 47% des 18 millions de Maliens vivent sous le seuil de pauvretĂ©, mĂȘme si le Mali est redevenu en 2017-18 le premier producteur de coton africain et qu'il enregistre un taux de croissance supĂ©rieur Ă  5% depuis plusieurs annĂ©es.

Le camp du président défendra vendredi lors d'un dernier meeting à Bamako son programme: "Consolider les acquis, amplifier les réussites et corriger les manques".Soumaïla Cissé semble pour sa part à la peine. Alors qu'il avait réussi à rassembler la plupart des opposants pour dénoncer le "hold-up électoral" du premier tour, ce "front démocratique" ne s'est pas mué en soutien à sa candidature.
De maniÚre significative, les candidats arrivés aux 3e et 4e places, Aliou Diallo et Cheick Modibo Diarra (15% à eux deux) ont refusé de donner des consignes de vote.

Pour l'analyste politique Souleymane Drabo, "la question est de savoir s'il y aura un plĂ©biscite pour IBK, comme en 2013", oĂč il l'avait emportĂ© avec plus de 77% des voix. Il estime que les autres opposants ont dĂ©jĂ  actĂ© sa victoire et tournĂ© leurs regards vers la prochaine Ă©chĂ©ance, les lĂ©gislatives prĂ©vues en novembre.

AFP

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